GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 14 Juin
Vendredi 15 Juin
Samedi 16 Juin
Dimanche 17 Juin
Aujourd'hui
Mardi 19 Juin
Mercredi 20 Juin
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Asie-Pacifique

    Interview exclusive de Gulbuddin Hekmatyar, le leader du Hezb-e islami en Afghanistan

    media

    Gulbuddin Hekmatyar est le leader du Hezb-e islami, deuxième groupe insurgé actif en Afghanistan après les talibans. Ancien seigneur de guerre, éphémère Premier ministre durant les années 90, il est aujourd'hui placé sur la « liste noire » des Nations unies et considéré comme terroriste par les Etats-Unis depuis 2003. Il serait aujourd'hui au Pakistan. Il a répondu sur un DVD aux questions envoyées par courrier électronique.

    RFI : Vous avez envoyé une délégation en mars dernier à Kaboul présenter un plan de paix. Pourquoi pensez-vous qu'il est temps de négocier ?

    Gulbuddin Hekmatyar :
    Barack Obama et des leaders européens évoquent un possible retrait de leurs troupes d'Afghanistan. Ils reconnaissent qu'il n'y a pas de solution militaire aux problèmes afghans et qu'ils ne peuvent pas gagner par les armes contre l'opposition.
    Nous leur avons proposé un plan pour mettre fin au conflit et faciliter le retrait des armées étrangères. Elles doivent avoir quitté l'Afghanistan dans un an. Nous organiserons ensuite des élections générales, libres et indépendantes. Le but de ce plan est de mettre fin au conflit de façon pacifique et d'éviter les erreurs commises lors du départ des Russes. Il est indispensable que toutes les factions, tous les groupes afghans acceptent d'arrêter cette guerre.

    RFI : Quand pensez-vous pouvoir parvenir à un accord ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Un calendrier de départ des forces étrangères, acceptable par tous, devrait être établi. Il faudra ensuite débattre de la façon dont elles se retireront. Mais le gouvernement de Kaboul n'a pas l'autorité nécessaire, les troupes d'occupation ne la lui donnent pas. Les Afghans n'ont pas confiance en lui et les moudjahidines voient qu'il n'accède à aucune de leurs conditions. Il n'y a aucune réaction, ce gouvernement est muet et inutile.

    RFI : La présence des troupes étrangères est-elle le principal obstacle à l'arrêt des combats ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Oui, seul le départ des forces d'occupation entraînera l'arrêt des combats. Les pays voisins de l'Afghanistan - l'Iran, le Pakistan, l'Inde et la Russie, doivent également cesser d'interférer. Il faut donner une chance aux Afghans de choisir leur propre gouvernement et d'élire leur leader.

    RFI : Quel rôle voyez-vous pour vous-même en cas d'accord ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Aujourd'hui, mon pays est occupé et des dizaines, des centaines d'Afghans innocents sont tués chaque jour alors qu'ils ne veulent que la liberté, l'indépendance et l'arrêt immédiat de la guerre. Je ne veux aucun poste important pour moi-même ou le Hezb-e islami. Par le passé, lors d'autres plans de paix, je n'ai jamais rien réclamé. Seuls les Afghans doivent décider des places occupées par les différents partis politiques.

    RFI : Accepteriez-vous de faire partie du gouvernement d'Hamid Karzaï ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Tant que des forces internationales occuperont le pays, je refuserai de faire partie de n'importe quel gouvernement de pantins. Tant qu'il y aura ne serait-ce qu'un soldat étranger en Afghanistan, je ne quitterai pas le pays, je ne rendrai pas les armes et je continuerai le combat.

    RFI : Certains leaders tadjiks et hazâras considèrent que la volonté du président Hamid Karzaï de négocier avec l'insurrection constitue une erreur fatale. Estimez-vous qu'un accord avec les insurgés pourrait provoquer une guerre civile ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Cette supposition ne repose sur rien. Elle émane des gens qui ne veulent pas de la réconciliation et d'un pays uni. Ils tentent de provoquer une guerre ethnique. Le problème est que les Pachtounes sont sous-représentés dans le gouvernement actuel et les forces de sécurité afghanes. Mais nous ne sommes jamais battus pour défendre une ethnie et nous ne le ferons pas.

    RFI : Que se passerait-il si vous parvenez à un accord avec Karzaï et que les talibans, eux, refusent toute négociation ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Si le Hezb-e islami accepte une solution négociée, tous les résistants et les moudjahidines l'accepteront aussi. Aucun groupe ne pourrait continuer à lutter contre le gouvernement.

    RFI : Avez-vous tenté de parvenir à un accord avec les talibans pour négocier simultanément avec Karzaï ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Oui, nous avons contacté d'autres groupes de moudjahidines et nous entretiendrons ces contacts. Les moudjahidines devraient parler d'une seule voix. Nous devons nous unir dans le combat mais aussi dans les négociations et sur les moyens de parvenir à former un nouveau gouvernement.

    RFI : Qu'attendez-vous des élections législatives du 18 septembre ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Le Hezb-e islami ne participe pas à ces élections supervisées par les étrangers. Nous les rejetons totalement.

    RFI : Quelles sont vos liens avec les dirigeants des autres mouvements insurgés, le mollah Omar et Sirajuddin Haqqani, ainsi qu'avec al-Qaïda ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Nous n'avons aucun contact et aucun accord avec ces gens.

    RFI : Comment s'assurer que l'Afghanistan ne redevienne pas un sanctuaire pour al-Qaïda en cas de départ des forces étrangères ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Tout le monde sait qu'al-Qaïda n'a plus aucune base ni aucun combattant en Afghanistan. Même le gouvernement de Kaboul estime qu'il n'y a pas plus de 100 membres d' al-Qaïda dans toute la région. Comment justifier que pour tuer ces 100 personnes, il faille 150 000 soldats équipés d'armes de dernière technologie ?
    En échange du départ des forces étrangères, les moudjahidines sont prêts à garantir que les Afghans ne créeront aucun problème aux autres pays et ne menaceront ni les Etats-Unis ni les pays européens.

    RFI : Quelles sont vos relations avec les membres du Hezb-e islami qui font partie du gouvernement ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Il n'y a qu'un seul Hezb-e islami. Les rares qui sont entrés au gouvernement ne représentent pas le Hezb-e islami. Nous ne permettons pas à nos membres de rejoindre un gouvernement de pantins, contrôlé par les étrangers.

    RFI : Quelles sont vos relations avec le gouvernement et les services secrets militaires pakistanais (ISI) ?

    Gulbuddin Hekmatyar : La politique d'Islamabad à l'égard de l'Afghanistan a changé lorsque le gouvernement de Najibullah s'est effondré (en avril 1992, ndlr). Ils ont choisi de s'aligner sur les positions de la Maison Blanche. Depuis, je n'ai aucun contact avec le gouvernement pakistanais et ses services. Les Pakistanais, aidés par la CIA, ont arrêté beaucoup de membres du Hezb-e islami, y compris des membres de ma famille, dont mon frère et mon beau-fils. Ils ont été menottés et livrés aux Américains. Si Islamabad n'aidait pas les Américains, ils ne pourraient pas occuper Kaboul aujourd'hui.

    RFI : Des documents rendus publics par le site internet Wikileaks ont révélé l'organisation de réunions entre des talibans actifs en Afghanistan et des membres de l'ISI. Avez-vous connaissance de telles réunions ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Il faut être réaliste. Les talibans ne peuvent plus faire confiance au Pakistan. Les Pakistanais soutiennent les Américains dans leur lutte contre les talibans. Lors de la chute de leur régime en Afghanistan, plus de 700 membres dirigeants ont été arrêtés avec l'aide des Pakistanais et remis à la CIA et au FBI. Est-il réellement possible que les talibans aient oublié et soient prêts à leur faire de nouveau confiance ?

    RFI : Plusieurs combats ont eu lieu ces derniers mois entre talibans et membres du Hezb-e islami dans les provinces de Baghlan et du Wardak. Comment les expliquez-vous?

    Gulbuddin Hekmatyar : Le mouvement taliban est constitué de différents groupes. Certains sont sincères, nous n'avons aucun problème avec eux. D'autres ont rejoint les talibans en étant influencés par les services secrets américains. Ce sont ces groupes qui avaient initié des combats contre le Hezb-e islami dans le passé et qui veulent aujourd'hui relancer des luttes fratricides. Ce sont aussi eux qui ont lancé une fatwa l'an dernier pour nous combattre. Même si la plupart des dirigeants talibans ont réfuté cette fatwa, elle a provoqué des combats à Baghlan et en Kapisa. En ce qui nous concerne, nous ne voulons nous battre contre aucun groupe afghan, sauf en cas de légitime défense.

    RFI : Comment jugez-vous l'action de l'armée française dans la province de Kapisa et à Saroubi ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Depuis l'invasion russe, la Kapisa et Sarobi ont toujours été des places fortes du Hezb-e islami. L'armée française y est en mauvaise posture. Ses soldats sont continuellement attaqués et le rythme des attaques augmente chaque jour. Ils ne peuvent pas espérer enregistrer des succès contre les moudjahidines. Ils sont fatigués et démoralisés. Ils n'ont aucune idée de contre qui, pourquoi et comment ils se battent. Pourquoi vont-ils combattre dans des villages où il n'y a que des fermiers avec des pelles et des faux ? Pourquoi cassent-ils les portes et entrent dans les maisons la nuit ? Pourquoi tuent-ils et arrêtent-ils des villageois ? Quelle religion les autorise à commettre ces actes sauvages et inhumains ?

    RFI : Quel est le rôle du Hezb-e islami dans l'embuscade d'Uzbin du 18 août 2008 qui a coûté la vie à dix soldats français ?

    Gulbuddin Hekmatyar : Les troupes françaises voulaient arrêter un commandant réputé du Hezb-e islami. Elles se sont heurtées à une résistance qu'elles n'avaient pas anticipée. Uzbin est l'un des fronts les plus durs du Hezb-e islami. Les Russes y ont aussi subi beaucoup d'attaques et de pertes.

    Propos recueillis par Luc Mathieu
     

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.