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    Asie-Pacifique

    «A chaque fois que la loi n’est pas respectée, désormais des intellectuels réagissent»

    media Xie Chaoping. Stéphane LAGARDE

    A l’occasion du 5ème plénum du XVIIème Congrès du Parti communiste Chinois qui se déroule du 15 au 18 octobre 2010, le site de RFI ouvre ses pages aux acteurs de la société civile. Quelles sont les attentes des intellectuels quant à cette réunion qui doit tracer les grandes lignes de l’après Hu Jintao en 2012 ? Quels sont les espoirs et les inquiétudes concernant les droits de l’homme et les libertés individuelles en Chine ?
    Ce lundi 11 octobre, la parole est à l’ancien procureur, journaliste d’investigation et écrivain populaire, Xie Chaoping.

    RFI : Des bloggeurs, des journalistes, mais aussi des universitaires se sont mobilisés pour vous défendre, est-ce le signe que les intellectuels reprennent confiance ?

    Marie HOLZMAN, présidente de l'association Solidarité Chine 11/10/2010 Écouter

    Xie Chaoping : « C’est effectivement une force et surtout la marque d’un progrès de la justice en Chine. Nous ne sommes pas satisfaits bien sûr de la situation présente, mais les choses s’améliorent petit à petit. Ces nombreux soutiens vont renforcer ce développement. Ce qu'ils  ont demandé au gouvernement, ici, à travers mon cas, c'est de faire plus attention à la liberté d’expression et de publication dans ce pays. A chaque fois que la loi n’est pas respectée, il y a désormais des journalistes, des écrivains et des professeurs qui réagissent. Je pense notamment à mon confrère Qiu Zhiming. Lorsque la police a émis un mandat d’arrêt contre lui alors qu’il n’avait pas commis de crime, une grande partie des médias se sont révoltés. Deux jours après, la police a dû présenter ses excuses. Mon avocat Zhou Ze a eu pas mal de cas semblables, et à chaque fois ou presque il y a eu une forte mobilisation sur l’internet notamment. »

    RFI :Les autorités de Weinan continuent à vous en vouloir, pensez-vous qu’elles puissent à nouveau vous arrêter ?

    XC : « Je ne pense pas, car je sais que leur accusation ne repose sur rien. En Chine, il y a c’est vrai, une différence entre la loi et son application. Mais, quand on n’a pas de preuve c’est plus difficile de faire condamner quelqu’un. Evidement, je ne peux pas être sûr à 100 % de ne pas retourner en prison. Cette affaire a déjà fait tellement de bruit que je ne crois pas qu’ils prendront ce risque. J’ai été procureur pendant seize ans. J’ai travaillé pendant cinq ans au Jiancha Ribao (le quotidien de la justice). Avant ça, j’ai travaillé au bureau de lutte contre la corruption dans le Sichuan, et je suis membre de l’Association des écrivains de Chine. Tout cela forcément me rend plus difficilement attaquable, comparé aux paysans que je défends dans mon livre. »

    RFI : Vous avez été accusé «d’activité commerciale illégale» en publiant votre ouvrage. Que vous reproche-t-on exactement ?

    XC : « Pendant l’interrogatoire, j’ai appris qu’ils ont surveillé tout le processus de la création du livre, mon travail au moment de l’enquête et de l’écriture, mais aussi l’édition puis la publication. Des agents m’ont suivi ainsi que mon éditeur. Ils n’y sont d’ailleurs pas allés de main morte lors de mon interpellation. J’ai gardé des bleus au bras gauche pendant une vingtaine de jours. Moi je les ai prévenus : si c’est une arrestation illégale, c’est vous qui serez responsable. Ils m’ont répondu que la décision avait été prise par les responsables du gouvernement au niveau de la ville. J’ai alors compris que ces accusations venaient de certains hauts dirigeants de la ville. Il leur fallait justifier la confiscation de tous les ouvrages et mon interpellation. Or selon la loi chinoise, si le processus d’impression n’est pas légal, la commercialisation et la diffusion d’une publication deviennent automatiquement illégales. »

    Xie Chaoping Stéphane LAGARDE

    « Le problème pour eux, c’est que j’ai travaillé pendant plusieurs dizaines d’années dans le milieu de la justice et donc je connais la loi. Pour être accusé de commercialisation illégale, il faut quatre éléments et aucun ne peut être retenu contre moi. La question c’est donc pourquoi ils s’attaquent à moi ? Dans mon livre il y a deux choses qu’ils jugent sûrement trop piquantes à leur goût. D’abord je parle de la terre et deuxièmement des subventions liées aux migrations. Un document du gouvernement central précise que trois cent mille hectares de terrain devaient être utilisés pour la réinstallation de cent cinquante mille déplacés. Mais finalement une petite partie seulement de ces terrains a été attribuée à la moitié d’entre eux. Qu’ont-ils fait du reste des terres ? Où est passé l’argent de la vente ou de la location ? Le gouvernement central a également distribué des subventions importantes pour l’installation de ces immigrants, mais une grosse partie de ces fonds ont été détournés. Voilà pourquoi ils ont réagi avec force. » .

    RFI : Que devient votre éditeur et votre livre va-t-il sortir en Chine ?

    XC : « Mon éditeur a été libéré sous caution, deux jours après ma sortie. Quant aux ouvrages, on attend encore la décision de justice. Pour le moment, ils ont pris plus de 15 000 exemplaires mais je vais tout faire pour les récupérer. Si d’autres éditeurs veulent le distribuer, nous sommes ouverts. Car c’est un livre qui parle pour le peuple et qui dénonce la corruption chez certains de nos fonctionnaires. Si ce livre peut contribuer à faire progresser la société, je pense que nous devons le publier. »

    RFI : Le Parti se réuni en plénum à la fin de la semaine, qu’elle est la place de la société civile ? Les intellectuels sont-ils écoutés au gouvernement ?

    XC : « Certaines personnalités parmi les plus connues au sein des journalistes, des écrivains notamment, sont écoutées par les hauts dirigeants. Cela dit, c’est plus en raison de leur popularité justement que pour un véritable changement de statut. Je connais par exemple des experts de la justice qui ont vu certaines de leurs propositions reprises par le gouvernement. On est donc plutôt en bonne voie même s’il reste beaucoup de chemin à faire. Les intellectuels ont été très longtemps méprisés, on a donc fait des progrès sur ce plan. Encore un exemple : mon ami l’écrivain Ren Yanfang passe son temps à défendre les droits des plus démunis dans son pays natal. Il a ainsi aidé des paysans expropriés illégalement par les autorités à retrouver leurs terres. Ce ne sont pas des sujets qui font la une, mais c’est ainsi qu’on va de l’avant. »

    « J’aime mon pays, je soutiens le gouvernement ce qui ne m’empêche pas de m’opposer à certaines de ses décisions. Moi, j’ai 55 ans, je suis né peu après la naissance de la nouvelle Chine, et j’ai donc pu mesurer les progrès dans le domaine de la justice et des libertés. Il y a encore quelques années, si j’acceptais de rencontrer un journaliste étranger comme nous le faisons aujourd’hui, j’aurais été immédiatement arrêté à la sortie du café. C’est un changement lent, mais c’est quand même un changement et j’espère que d’autres partagent mon optimisme et feront le même constat. »

    Propos recueillis par Stéphane Lagarde, traduction Liu Huayin

     

    Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

    Un écrivain contestataire

    Il doit sa libération à la mobilisation de l’opinion publique. Xie Chaoping a retrouvé sa femme et sa maison à Pékin le 17 septembre dernier après avoir passé près d’un mois en détention pour la publication de « la Grande migration ».

    Cet ancien procureur originaire du Sichuan a travaillé longtemps au journal Jiancha Ribao (le quotidien de la justice). Dans son dernier ouvrage, il montre que la province chinoise du Shanxi n’est pas seulement réputée pour la beauté de Xi’an et son armée de soldats en terre cuite, mais également pour les détournements de fonds publics qui ont suivi la construction de l’immense barrage de Sanmenxia, construit en 1957 avec l’aide des ingénieurs soviétiques.

    Plus de 600 000 paysans et habitants de la région ont été contraints de quitter leurs terres noyées sous les eaux du réservoir. Les primes de réinstallation qui devaient leur être reversées ont terminé dans les poches des fonctionnaires corrompus du bureau de l’immigration de la ville de Weinan.

    Pendant sa détention, le journaliste était soumis à des interrogatoires quotidiens parfois jusque tard dans la nuit, et devait exécuter des tâches contraintes cinq heures par jour. Le bureau de Sécurité publique de Weinan chercherait toujours des preuves contre lui même si la justice ne l'avait totalement blanchi faute de preuves justement. Ce cas est aussi le signe d’un regain de mobilisation des intellectuels.

    Une soixantaine d’universitaires ont signé une pétition pour demander au Comité central du Parti communiste d’ordonner sa libération. « Je ne regretterai jamais d’avoir écrit ce livre », a-t-il expliqué en sortant de prison.

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