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    « Le problème de la Chine est d’abord un problème moral (…) Ce régime n’a pas de principes et a peur de la vérité »

    media L’avocat Pu Zhiqiang signataire de la « Charte 08 » RFI/Stéphane Lagarde

    Un physique d’acteur, une voix de stentor, Pu Zhiqiang devait forcement finir sur les planches. Avocat et ennemi idéologique du régime comme tant d’autres, Pu Zhiqiang a passé les trois premiers jours de la semaine dans un hôtel sous surveillance policière. Les enquêteurs lui reprochent notamment d’avoir aidé « les forces antichinoises » en confiant sa joie aux journalistes étrangers suite à l’attribution du prix Nobel de la paix à un Chinois de Chine populaire. Cette garde à vue molletonnée amuse ce ténor du barreau qui est désormais suivi par des agents lorsqu’il rencontre ses clients. Signataire de la « Charte 08 », Pu Zhiqiang a organisé ses bureaux sur deux étages avec un collectif de confrères dans un immeuble de Pékin. Volontiers provocateur, il n’hésite pas à tirer à boulets rouges sur le gouvernement.

    RFI : Vous avez participé au mouvement de la place Tiananmen en 1989 et c’est à ce moment là que vous avez rencontré le Prix Nobel de la paix ?

    Pu Zhiqiang : « Oui j’ai commencé mes études d’histoire à l’université de Nankin en 1982. Quatre ans plus tard, j’ai décroché ma licence et j’ai été nommé professeur d’école de la province de Hebei pendant deux ans. Je me suis ensuite lancé dans un master d’histoire de la loi à l’université de sciences politiques de Chine. La première fois que j’ai vu Liu Xiaobo, c’était effectivement en 1989. Le 15 mai précisément. Je m’en souviens encore car c’était le premier jour de la visite de Gorbatchev en Chine. On faisait la grève de la faim sur la place Tiananmen. J’avais entendu parler de lui plusieurs années auparavant. Le nom de Liu Xiaobo était connu parce qu’il doutait de certains idéaux de Li Zehou, un intellectuel réputé et admiré par beaucoup de gens à l’époque. Il s’est fait remarqué par sa différence auprès des autres étudiants. Après la répression, le gouvernement a tout fait pour faire oublier ce qui s’est passé et il faut bien reconnaître qu’il a plutôt bien réussi. Si Liu Xiaobo existe encore malgré la censure aujourd’hui c’est grâce à l’internet. On peut donc dire que sur le plan de l’information la situation s’est donc un peu améliorée ».

    L’avocat Pu Zhiqiang signataire de la « Charte 08 » RFI/Stéphane Lagarde

    RFI : Quelles sont les conséquences de ce nouvel accès à l’information ?

    Pu Zhiqiang : « D’abord la peur a reculé. Il y a dix ans, la plupart des gens étaient stressés lorsqu’ils rencontraient un journaliste étranger pour évoquer un sujet sensible. Aujourd’hui, de plus en plus de gens osent parler. On a vu ça notamment avec des jeunes nés après 1980 dont le célèbre blogueur Han Han. Ce qu’ils écrivent ces jeunes, leurs critiques, leurs attentes ont même dépassé ce qu’on pouvait espérer. D’un autre côté, le gouvernement a lui aussi évolué. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Hu Jintao et de son Premier ministre Wen Jiabao, la répression des opposants n’est plus aussi systématique. La « Chartre 08 » (-ndlr : texte appelant à une ouverture démocratique publié en 2008-) a été un moment important pour la cause des libertés. Liu Xiaobo a résisté pendant plus de vingt ans et il est le seul qui a été condamné en raison de la Charte. Tous les autres signataires, comme moi, ne sont pas en prison. Ce texte n’aurait d’ailleurs jamais pu sortir dans les années 1990. Et puis les Chinois expriment de plus en plus leur désaccord, de plus en plus ils utilisent des méthodes non violentes pour pousser les autorités au changement ».

    RFI : Cela veut-il dire qu’il faut attendre une plus grande ouverture de la prochaine mandature en 2012 ?

    Pu Zhiqiang : « Quand je dis que les choses se sont un peu améliorées, je ne suis pas non plus foncièrement optimiste. Le problème de la Chine est d’abord un problème moral. Nos responsables disent les choses mais font exactement l’inverse une fois qu’ils ont le dos tourné. La Constitution n’est pas appliquée. Ils peuvent tout à fait violer la loi, mépriser la vérité et s’en moquer éperdument. Ce sont les fonctionnaires qui ont le moins de crédibilité politique dans ce pays. Prenez les porte-parole du ministère des Affaires étrangères par exemple. Ils ne font pas ce qu’ils pensent. Dans la journée, ils parlent comme de vrais gentilshommes, défendent le pays comme des héros, mais le soir quand ils sont rentrés, c’est tout le contraire. Ils dînent avec leurs proches et ils critiquent le gouvernement encore plus que nous. Ce sont des gens très intelligents, mais ce sont aussi des fonctionnaires qui ne reconnaissent jamais aucune vérité si elle ne leur est pas favorable. Hu Jintao et Wen Jiabao peuvent faire de très beaux discours, cela n’empêche pas le gouvernement de faire de mauvaises choses. Moi, je m’en fiche de ce qu’ils disent, je regarde ce qu’ils font ! Que la Chine soit devenue la deuxième puissance économique du monde, pour nous cela veut dire surtout que le gouvernement chinois est de plus en plus riche. L’injustice sociale et la corruption n’ont pas disparu, loin de là. Le contrôle de l’information, la répression des opposants sont d’une certaine manière liés au développement économique du pays ».

    RFI : Avec les avancées économiques, les Chinois sont pourtant mieux informés sur ce qui se fait ailleurs.

    Pu Zhiqiang : « Si on regarde l’histoire, on s’aperçoit qu’à la fin de la dynastie des Qing, il y a eu cette même idée chez nos dirigeants : "On garde notre culture comme socle, mais on s’ouvre à l’étranger pour toutes les choses qui peuvent nous faire progresser ". Notre gouvernement fait la même chose, sauf qu’il ne retient de l’étranger que ce qui lui est favorable. Les fonctionnaires d’aujourd’hui ne sont pas ceux du 19e siècle. La morale publique a disparu. Même parmi les communistes, certains n’hésitent pas à dire qu’ils soutireront jusqu’au dernier sou du Parti. Ils ont sacrifié l’environnement, les droits de l’homme et le bien-être des citoyens sur l’autel du développement. La croissance économique est parallèle à la répression des opinions divergentes, elle donne de la légitimité au gouvernement pour réfuter d’un revers de la main les critiques ou toute intervention étrangère. La seule chose qui compte pour nos gouvernants c’est la stabilité du pays et le maintien de leur propre pouvoir ».

    RFI : N’y a-t-il pas des esprits plus ouverts au sein du gouvernement ?

    Pu Zhiqiang : « Nos fonctionnaires sont des gens éduqués et très calculateurs. Pourquoi les personnes intelligentes dans le système et hors du système ne peuvent pas trouver un terrain d’entente ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ils savent très bien que nos intentions sont bonnes, ils savent très bien comme nous ce que la Chine doit faire pour se réserver un meilleur avenir. Mais ils ne veulent pas changer. A nous en revanche, ils nous demandent d’abandonner nos principes comme préalable à toute discussion. C’est pour cela qu’on est devenu des ennemis du gouvernement et du peuple ».

    RFI : Qu’attendez-vous de la rencontre des délégués du Parti demain à Pékin ?

    Pu Zhiqiang : « Cela fait longtemps que je n’attends plus rien de ce genre de réunion. Les membres du Parti sont des gens qui n’ont pas de principes. Ce n’est pas l’économie qui apporte la démocratie, c’est la politique mais encore faut-il qu’elle ait des principes. Or quand nos dirigeants disent 1, ce peut être 2, 3, 4 ou rien du tout. Evidemment que demain la Chine sera plus ouverte, mais pour avoir un environnement plus civil, plus d’égalité, plus de justice dans ce pays, je pense que nous avons encore un long chemin devant nous. Ce n’est pas une simple question d’hypocrisie, la société chinoise est très complexe. Moi je ne dis pas que tous les policiers sont mauvais et tous les militants des droits de l’homme sont mes copains. On a des points de vue parfois différents. Mais eux ce n’est pas une histoire de point de vue. La vie est courte et ils courent tous après la réussite. Seule compte leur carrière ! Si la Chine devient démocratique du jour au lendemain, vous verrez que certains des dirigeants actuels seront plus démocrates que nous. Il ne faut pas oublier qu’au sein du gouvernement chinois, la force principale est constituée de gens de ma génération. Tous ces gens-là auraient très bien pu être à nos côtés place Tiananmen. Certains y étaient d’ailleurs, mais le destin nous a séparés. Nos idéaux ont aussi été les leurs pour une partie d’entre eux, mais ils pensent désormais autrement ».

    RFI : Comment expliquez-vous alors que vous ne soyez pas tous en prison ?

    Pu Zhiqiang : « Pourquoi peut-on continuer à exister hors du système ? Je crois que c’est justement parce qu’ils n’ont ni principe, ni efficacité. Pourquoi ils ont condamné mon client Tan Zuoren (écrivain écologiste qui a notamment dénoncé les « écoles-tofu » lors du tremblement de terre du Sichuan prenant au piège des milliers d’enfants et leurs enseignants) à cinq ans de prison ? Et nous ils nous laissent dehors ? Tan Zuoren a été condamné pour avoir critiqué la répression du mouvement du 4-juin-1989 à Tiananmen par un tribunal du Sichuan alors que dans le même temps, à Pékin, les dirigeants font tout pour effacer la mémoire de cet évènement. D’un côté ça n’a jamais existé, de l’autre c’est un crime de lèse-majesté. Dans ce pays, chaque chef de village, chaque chef de district, chaque maire, chaque gouverneur parle dans son coin. Pourquoi une affaire de corruption dans une province se retrouve dans les médias étrangers et même de plus en plus dans les médias chinois ? C’est tout simplement parce qu’un ennemi du maire ou du gouverneur impliqué voulait mettre son adversaire dans l’embarras.

    Vous constaterez aussi que le journal Weekend du Sud dont le siège se trouve à Canton ne parle que très rarement des scandales à Canton, mais il ne se prive pas de dénoncer les affaires de corruption à Pékin. C’est une justice à la tête du client. Un paysan critique le chef du village et il se retrouve au commissariat. Un étudiant se moque du maire sur internet et la police vient lui rendre visite. Moi je critique tous les jours le président, et le Premier ministre et ils ne me font rien. Nous avons critiqué le gouvernement pendant vingt ans, mais qu’est-ce que ça nous a rapporté ? Cela prouve simplement que ceux qui nous gouvernent sont sans principes. Alors évidemment, cette injustice provoque de la colère et du ressentiment. Le gouvernement le sait bien, c’est pour cela qu’il interdit à des gens comme Liu Xiaobo de parler. Le fait même que des gens comme lui existent leur fait peur car ce régime a peur de la vérité ».

    Propos recueillis par Stéphane Lagarde, traduit par Liu Huayin
     

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