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    Asie-Pacifique

    Afghanistan : l'hydre talibane frappe toujours

    media Une réunion de gouverneurs des provinces semblait être la cible de l'attentat, ce mardi 28 juin. REUTERS/Stringer

    Neuf kamikazes talibans ont attaqué dans la nuit de mardi 28 à mercredi 29 juin 2011 l'hôtel Intercontinental de Kaboul. Les combats se sont soldés par la mort de 21 personnes : dix civils, deux policiers et les assaillants. Une action d'éclat, qui montre que les talibans sont capables de frapper des cibles symboliques, à l'intérieur même de la capitale afghane, dans une zone théoriquement bien protégée.

    Les talibans, qui ont revendiqué immédiatement l’attaque, affirment que leurs combattants ont tué cinquante clients de l’hôtel, dont des étrangers et des responsables afghans. Les insurgés ont l’habitude d’exagérer les bilans de leurs attentats.

    L'attentat semblait viser une réunion de gouverneurs de provinces, qui devaient participer à une conférence sur la transition. La première étape de ce long processus, au cours duquel l'Otan va transférer progressivement aux Afghans la responsabilité de leur sécurité, commencera en juillet, dans sept zones du pays.

    L'insurrection des talibans s'intensifie, au moment où Washington annonce le début du retrait des troupes étrangères d'Afghanistan, retrait qui doit en principe s'achever fin 2014. En attendant, les Américains continuent la guerre, pour affaiblir les talibans, et intensifient en parallèle la formation de l'armée afghane. Celle-ci est loin d'être prête à assurer la sécurité dans le pays sans l'aide étrangère : les Afghans ont dû par exemple demander l'intervention d'un hélicoptère de l'Otan, pendant l'attaque de l'hôtel Intercontinental.

    Déstabiliser le régime de Karzaï

    Quant au retrait des troupes étrangères de l'Afghanistan, il est plus que probable que le gouvernement de Kaboul demandera aux Etats-Unis de laisser sur place une force résiduelle, avec des militaires capables d'entraîner les forces afghanes de sécurité, mais aussi d'intervenir ponctuellement en cas de besoin.

    Une situation similaire se profile en Irak, pays que les Américains quitteront en principe en décembre 2011. Le retrait est annoncé comme « total », mais on parle de plus en plus d'une possible présence résiduelle des militaires américains après cette date.

    L'attaque de Kaboul vise à déstabiliser le régime du président Karzaï, mais les talibans n'ont aucune chance de s'imposer dans les principales villes du pays, tenues par les forces afghanes, appuyées par l'Otan. Par contre, ils sont très présents dans les zones rurales ; ils tiennent pratiquement le sud de l'Afghanistan, et progressent à l'est. Les talibans « dominent administrativement le pays », affirme le géostratège Gérard Chaliand (invité de RFI le 29 juin). L'administration Karzaï n'est pas capable d'assumer ses responsabilités dans certaines régions, et dans le vide du pouvoir ainsi créé les talibans s'empressent de remplacer l'Etat déficient.

    La faute à la corruption

    Dans l'atmosphère générale de corruption qui mine le pays, le dernier scandale en date, qui a éclaboussé encore une fois le régime, est celui de la Kabul Bank - la plus importante banque privée afghane, détenue en partie par des proches du pouvoir dont un frère du président Karzaï et un frère du vice-président Mohammed Qasim Fahim. Plusieurs des actionnaires de la banque se sont accordés des prêts de 900 millions de dollars, qu'ils n'ont jamais remboursés. Le gouverneur de la Banque centrale afghane, Abdul Qadir Fitrat, qui avait eu le courage de citer les noms des principaux coupables devant le Parlement, s'est réfugié lundi aux Etats-Unis, se disant menacé de mort.

    Par ailleurs, le Parlement afghan est paralysé par l’interminable contestation des résultats des élections législatives du 18 septembre dernier – un scrutin marqué par des fraudes massives. Il y a quelques jours, un tribunal spécial créé par le président Karzaï a invalidé l’élection de 62 députés, déclarés vainqueurs par la Commission électorale indépendante. Commission qui refuse de reconnaître la légitimité du tribunal spécial, et accuse le président afghan de vouloir modifier à son avantage des résultats électoraux qui lui sont défavorables.

    La paralysie parlementaire risque de faire traîner l’adoption de réformes et le règlement de l’affaire de la Kabul Bank. Or, le FMI conditionne l’attribution d’un programme d’assistance financière à l’Afghanistan à un accord avec Kaboul, pour résoudre cette crise.

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