PAKISTAN - 
Article publié le : vendredi 23 décembre 2011 à 00:35 - Dernière modification le : vendredi 23 décembre 2011 à 17:18

Au Pakistan, la tension entre le pouvoir civil et militaire est à son comble

Le Premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani.
Le Premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani.
Reuters

Par RFI

Le Premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani a sonné la charge contre l'armée, l'accusant sans détour de vouloir renverser le président et son gouvernement. Retour sur les raisons de cette escalade verbale.

Accuser directement l'armée de vouloir renverser le gouvernement en place est assez inhabituel pour Gilani. C'est un homme réputé modéré et qui détient le record de longévité au sein d'un gouvernement pakistanais : trois ans et sept mois.

Mais son attaque illustre le fossé qui sépare un gouvernement très impopulaire, car il est considéré comme inefficace et corrompu par la population, et une armée que les partenaires d'Islamabad accusent d'entretenir des liens avec les groupes islamistes.

Les relations entre le pouvoir et l'armée se sont fortement dégradées suite au scandale du « memogate ». Cette affaire a éclaté en mai dernier, juste après le raid américain qui a tué le chef d'al-Qaïda, Oussama ben Laden au nord du Pakistan. Ce raid clandestin a été humiliant et discréditant pour l'armée pakistanaise. Depuis, les militaires accusent le pouvoir civil d'avoir demandé à Washington de l'aide pour empêcher un coup d'Etat.

Cela représente une accusation grave dans un pays attaché à sa souveraineté et très anti-américain. La pression sur le gouvernement pourrait s'accentuer, si la Cour suprême décide d'enquêter sur le « memogate ». Une audience sur cette affaire est prévue ce vendredi 23 décembre 2011.

Bavure au Pakistan : les Etats-Unis s'excusent... un peu

« Une série d'erreurs », « un déficit de confiance ». Voilà les termes employés par le gouvernement américain et l'Otan pour expliquer la bavure qui a coûté la vie à 24 soldats pakistanais, le mois dernier. Ce sont là les conclusions de l'enquête menée conjointement par le Pentagone et l'Alliance atlantique.

Avec notre correspondant à Washington, Raphaël Reynes

Lorsque, le 16 novembre dernier, une patrouille aérienne de l'Isaf ouvre le feu sur des troupes au sol, elle pense le faire en état de « légitime défense », et contre des talibans.

C'est en tout cas ce qu'affirme le rapport d'enquête rendu public jeudi 22 décembre. Selon le document, les appareils de la force internationale en Afghanistan ont essuyé ce jour-là d'intenses tirs d'armes lourdes et de mortier. Et lorsque l'Isaf interroge les autorités pakistanaises, elle commet une première erreur. Elle place les faits à plus de 13 kilomètres de l'endroit où ils se sont réellement passés. Du coup, les Pakistanais affirment n'avoir aucune troupe dans cette zone. C'est ce qui va déclencher la riposte des avions de l'Alliance atlantique.

Mea culpa des autorités américaines et de l'Otan, qui souhaite tout de même partager les torts. D'abord parce que le Pakistan avait « oublié » d'informer l'Isaf qu'un nouveau poste frontière avait été installé à cet endroit précis. Et puis il y a cette interrogation qui demeure : pourquoi les soldats de l'Otan ont-ils essuyé des tirs ? « Malheureusement, nous n'avons pas la réponse à cette question », regrette l'Alliance atlantique. « Les Pakistanais n'ont pas participé à l'enquête. »

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