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    Asie-Pacifique

    Inde: Dharavi, le bidonville qui vaut des millions

    media Dharavi, l'un des plus grands bidonvilles d'Asie, porté à l'écran dans Slumdog Millionnaire, compterait environ 750 000 habitants. Et accueille une pépinière d'usines informelles en plein coeur de la capitale économique indienne. RFI/Chandra Shekar

    Vu de haut, Dharavi n’est qu’un interminable alignement anarchique de petites maisons aux toits en tôle. Mais à hauteur d’homme, les ruelles étroites de ce bidonville regorgent d’une activité débordante et inépuisable : depuis la confection textile ou de poterie en passant par le recyclage du plastique de Bombay, le décor vivant du film Slumdog Millionnaire est une gigantesque usine informelle, qui génère une activité d’environ 500 millions d’euros par an. Mais ce modèle unique pourrait bientôt prendre fin, rattrapé par l’expansion d’une ville en manque d’espace, et un plan de réaménagement pharaonique.

    Le petit Suresh se faufile dans une allée étroite bordée d’énormes sacs, met le pied sur l’échelle d’acier, et disparait dans l’encadrement d’une porte quasiment invisible. Quelques minutes après, il bondit de nouveau, alourdi par une large caisse débordante de déchets en plastique. Il descend, en équilibre instable, puis repart à grande allure.

    Après un zigzag d’expert, il lâche son chargement sur une balance: « 20 kg », annonce Shakil Sheikh, le responsable du tri. Suresh, lui, est déjà reparti dans sa danse. Ce garçon frêle n’a que 15 ans, et il est venu avec son frère il y a deux mois de l’Etat pauvre du Bihar, à l’autre bout de l’Inde, pour travailler dans ce bidonville de Dharavi. Il savait, lâche-t-il timidement, que l’ « on peut y gagner beaucoup d‘argent ».

    Il travaille donc toute la journée, à l’instar des centaines d’autres adultes, comme porteur de plastique, et gagne environ 300 roupies par jour (4,5 euros). Mais il n’est qu’un maillon d’une longue chaîne fructueuse, qui offre une deuxième vie au plastique rejeté par l’agglomération tentaculaire de Bombay et ses 20 millions d’habitants.

    L’un des plus grands bidonvilles d’Asie

    « Le plastique est récupéré dans toute la ville, ou racheté à des décharges par ensembles de 500 kilos, et transporté ici, explique Shakil. On le pèse, puis commence le tri à la main, par couleur et qualité. Ensuite, on le réduit en petits morceaux, on le lave et on le fond pour le transformer en palettes. Et à partir de ces palettes, on peut modeler des chaises en plastique, créer des poignées de parapluie, des pièces de voitures... tout ce que vous voulez », assure-t-il.

    Comme Shakil, des dizaines de milliers d’Indiens font battre le coeur de Dharavi, l’un des plus grands bidonvilles d’Asie et unique en Inde, car composé d’environ 15 000 micro-entreprises qui refondent tous les plastiques, transforment les canettes d’aluminium en lingots brillants, ressuscite bidons de peinture ou matériel médical, et créent également des jeans, des vestes en cuir ou des poteries. En tout, les slumdogs de Dharavi génèreraient une activité informelle estimée à plus de 500 millions d’euros par an.

    Mais cette incroyable cité économique est en train d’être rongée par les appétits de Bombay. Dharavi, fondé au début du 20è siècle en périphérie de la ville, se trouve aujourd’hui au coeur du nouveau centre d’affaires de la capitale économique indienne. Le Bandra Kurla Complex, situé à moins d’un kilomètre de là, accueille à présent les plus grands hôtels, les consulats de France et des Etats-Unis, et la nouvelle bourse aux diamants. Les deux hectares sur lesquels sont installés, sans réels titres de propriété, ces 750 000 personnes, valent donc de l’or.

    Reloger gratuitement les habitants dans des immeubles

    Depuis 2002, le gouvernement fédéral a décidé de rénover tout le bidonville, et de mettre à profit ce terrain. Ceci a débouché sur un plan ambitieux, qui prévoit de raser toutes les petites maisons insalubres, et de reloger, gratuitement, leurs habitants dans des immeubles, grâce à la vente d’une partie du terrain libéré (voir encadré).

    Si l’idée plait beaucoup, son application soulève des doutes : comment réussir à recréer une telle économie informelle dans des tours ? Mais surtout, ce plan n’inclut que les propriétaires des maisons de Dharavi, soit environ 350 000 personnes, ce qui représente moins de la moitié de l’ensemble des habitants, travailleurs et simples locataires de micro-espaces qui ont trouvé refuge et emploi dans cette ville miniature.

    Le projet, retouché il y a dix jours, pourrait démarrer dans les mois à venir. Si cela arrive, ce seront certainement des centaines de milliers de personnes qui se retrouveront sans logement, avec le risque d’empirer un problème que l’on cherchait à régler.

    Le plan de relogement se heurte à une corruption chronique

    « Il faut arrêter d’idéaliser la vie dans un bidonville; ces habitants n’ont pas d’accès convenable à des toilettes ou à l’eau courante. On ne peut pas tolérer cette situation sans risquer une révolution ». C’est avec ces mots radicaux que l’architecte Mukesh Mehta défend son plan de relogement des habitants de Dharavi.

    Un relogement gratuit, d’abord, financé par la vente d’un espace libéré en plaçant tout le monde dans des immeubles. Ensuite, les entrepreneurs se sont engagés à entretenir les tours pendant 15 ans, pour éviter qu’elles se transforment en « bidonville vertical ». Et surtout, Mukesh Mehta a imaginé un large système de redistribution : l’arrivée de classes moyennes dans les immeubles vendus permettrait de financer la construction d’écoles et d’hôpitaux de qualité pour tout le monde.

    Certains le prennent pour un rêveur, mais son plan minutieux a bien été approuvé par les autorités locales, et sa faisabilité est étudiée à Harvard. Son application est freinée, confie-t-il, par des politiciens qu’il refuse de corrompre. Mais Mukesh Mehta continue à se battre, car « si ce modèle est un succès ici, il peut être répliqué et changer la vie d’un milliard de personnes qui vivent dans des bidonvilles dans le monde ».

     

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