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    Asie-Pacifique

    Peine de mort au Japon : trois nouvelles exécutions et un débat toujours aussi clivant

    media Une chambre de pendaison à Tokyo. REUTERS/Justice Ministry

    Mardi 27 mars, dans son rapport annuel sur la peine de mort, Amnesty International se félicitait qu’aucun prisonnier n’ait été exécuté au Japon pendant l’année 2011 (une première depuis 19 ans). Il n’en sera pas de même pour l’année 2012 : Yasuaki Uwabe, Tomoyuki Furusawa et Yasutoshi Matsuda ont été pendus ce jeudi 29 mars 2012.

    Les trois hommes âgés de 48, 44 et 46 ans avaient tous été condamnés pour plusieurs meurtres. « J'ai rempli mon devoir en tant que ministre de la Justice, comme le stipule la loi », a indiqué le ministre Toshio Ogawa.

    Une longue tradition

    Comme le note sur son site internet la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le Japon a une longue pratique de la peine de mort. Mais de fait, aujourd’hui comme hier, tous les ministres japonais de la Justice ayant eu à signer ces fameuses autorisations (sans lesquelles aucune exécution n’est possible) se sont sentis obligés de justifier leur acte.

    Yasuaki Uwabe, Tomoyuki Furusawa et Yasutoshi Matsuda ont été exécutés par pendaison. La méthode a été adoptée lors de l’ère Meiji (1868), lorsque le Japon s’est ouvert au monde occidental. Et la peine de mort étant toujours inscrite dans la nouvelle version du code pénal, issu de l’occupation américaine, les exécutions se sont succédé jusqu’à aujourd’hui, mis à part un bref moratoire de fait pendant un peu plus de trois ans.

    Les quatre ministres de la Justice qui se sont succédé de novembre 1989 à mars 1993 ont en effet refusé de signer les arrêts – l’un d’entre eux, Megumi Sato, expliquant que ces exécutions étaient contraires à sa foi bouddhiste.

    L’attentat du métro de Tokyo

    C’est d’ailleurs pendant cette période que le mouvement abolitionniste est monté en puissance, mais l’attentat de 1995 au gaz sarin dans le métro (12 morts, plus de 5 500 blessés) a traumatisé durablement la population.

    Treize membres de la secte Aum, dont son fondateur Shoko Asahara, ont été condamnés à mort (aucune exécution n’a eu lieu jusqu’ici). « Les gens sont devenus très anxieux à la suite de cet événement et les positions vis-à-vis de la criminalité se sont durcies », explique Kazuko Ito, le secrétaire de l’ONG japonaise Human Rights Now. « Si vous tuez quelqu’un, vous méritez de mourir, c’est la façon de voir de bien des citoyens ».

    Jeudi 28 mars 2012, c’est pourtant sur ces citoyens que l’actuel ministre de la justice s’est appuyé pour expliquer les trois pendaisons, parlant d’une pratique « soutenue par le peuple japonais ».

    De fait, tous les quatre ou cinq ans, le gouvernement commande un sondage sur le sujet : à en croire celui de 2010, plus de 85% des personnes interrogées seraient favorables à la peine de mort. Mais ces sondages font l’objet de critiques pour leurs questions jugées tendancieuses ; un sondage privé de l’agence de presse japonaise Kyodo News datant lui aussi de 2010 arrive à un chiffre plus proche de 76%, ce qui reste conséquent.

    « La Faucheuse »

    Si la majorité des Japonais sont aujourd’hui favorables à la peine de mort, la façon dont chacun des ministres de la Justice se positionne alimente le débat : en 2008, Kunio Hatoyama avait ainsi été surnommé « le sinistre faucheur » pour 13 exécutions autorisées en à peine un an (même si son prédécesseur n’avait pas été en reste, avec 10 pendaisons en 11 mois).

    Quant à Keiko Chiba, opposante de longue date à la peine de mort, elle avait assisté en 2010 aux deux exécutions qu’elle avait autorisées en tant que ministre (ce n’est pas la tradition), et permis aux journalistes de visiter la « chambre d’exécution » pour provoquer un débat public.

    Certains voudraient que ce débat porte aussi sur les conditions de vie des condamnés à mort, en isolement total pendant parfois des dizaines d’années. Selon Amnesty International, le Japon, qui a signé en 1979 le Pacte international sur les droits civils et politiques, n’en respecte pas les dispositions sur le traitement des condamnés à mort.

    Dans son rapport daté de septembre 2009, l’ONG affirme que les condamnés ne sont pas autorisés à parler entre eux, ne sont pas autorisés à se déplacer dans leur cellule, et doivent rester assis. Et on ne les prévient de leur exécution qu’une vingtaine de minutes avant. L’attente peut les rendre fous, note Amnesty.

    Cent trente-deux personnes restent dans les couloirs de la mort au Japon.

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