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Article publié le : lundi 11 juin 2012 à 20:24 - Dernière modification le : mardi 12 juin 2012 à 06:34

En Chine, les habitants de Wuhan confinés chez eux en raison d’un épais «brouillard» jaune

La grande mégalopole industrielle de Wuhan s'est retrouvée brusquement plongée dans un épais nuage jaunâtre. Les habitants se sont rués vers des masques  filtrants. Le 11 juin 2012.
La grande mégalopole industrielle de Wuhan s'est retrouvée brusquement plongée dans un épais nuage jaunâtre. Les habitants se sont rués vers des masques filtrants. Le 11 juin 2012.
Reuters/Stringer

Par Stéphane Lagarde

En Chine, les autorités de Wuhan continuent de rejeter ce lundi soir la thèse d’une pollution industrielle ayant envahie la mégalopole du centre du pays. Depuis ce lundi matin 11 juin, une épaisse brume jaune enveloppe la capitale de la province du Hubei et ses 9 millions d’habitants. Suivant le principe de précaution, le consulat de France à Wuhan affirme que ce brouillard « pourrait résulter d’une pollution (…) à base de chlore » et recommande de rester confiné dans les habitations.

Un concours de « Zorros ». Comme les Pékinois en novembre dernier, les Wukanais ne manquent pas d’humour pour décrire l’atmosphère dans laquelle ils baignent depuis ce matin. Des visages couverts par des foulards, d’autres portant un masque en papier ont envahi les réseaux sociaux.

Les pharmacies proposant ce genre d’articles ont d’ailleurs été dévalisées depuis l’arrivée de cet épais brouillard jaune qui a effacé les arbres, les immeubles et les rues alentours.

« Le paysage comme un Instagram »*

Une majorité des plus de 9 millions d’habitants de cette mégalopole du centre de la Chine sont donc restés confinés à la maison. « Je suis ici depuis deux ans et je n’avais jamais vu ça », explique Victor Gaume. « On a ouvert les volets ce matin et on a tout de suite vu cette épaisse fumée jaune qui donnait un aspect Instagram au paysage, un peu comme les photos sur l’Iphone », poursuit ce professeur de français qui a demandé à ses élèves de ne pas venir à l’école aujourd’hui. « On a les yeux qui piquent, l’air est terrible, ça donne mal à la tête », constate également Kristen jointe par téléphone. Plus tôt dans la journée, cette journaliste blogueuse de Singapour rapportait sur son compte Twitter les craintes des habitants renforcées par une alerte jaune à la pollution - soit le niveau le plus grave - lancée le matin même par les autorités. Le bureau de l’environnement ayant dans un premier temps évoqué un taux de microparticules dans l’air de 589 avant de se raviser.

Usine chimique, autodafé de manuels scolaires, feux de paille…

D’où vient la brume alors ? Les autorités se contentant d’accuser une mauvaise météo, les rumeurs ont envahi la toile. De nombreux regards se sont tournés vers la compagnie de produits chimiques de Qingshan avec des images de fumées sortant de l’usine, impossible à vérifier sans se rendre sur place. D’autres ont même évoqué un autodafé des élèves du gakao - le bac chinois -, brûlant leurs manuels une fois les épreuves terminées ! Les médias étant astreint à la thèse officielle, certains en ont profité pour évoquer la situation à Nankin. La capitale du Jiangsu sur la côte-est, est également plongée depuis dimanche après-midi dans un bain jaune peu rassurant, rapporte le journal Caijing. Et là ce n’est pas la météo qui est en cause, mais des feux de paille dans les champs autour de la ville, selon le gouvernement local.

Le fog de Londres

« On croirait le fog de Londres », « des oiseaux tombent du ciel », écrivent encore certains internautes. Du côté des représentations diplomatiques étrangères, le principe de précaution est de mise : « L’épais nuage qui recouvre la ville de Wuhan depuis le début de la journée pourrait résulter d’une pollution d’origine chimique, vraisemblablement à base de chlore (information démentie par les autorités locales qui se sont engagées à nous communiquer dès que possible l’origine de ce nuage). Il est conseillé, dans la mesure du possible, de demeurer à la maison, de fermer les fenêtres et de limiter l’usage de la climatisation », a fait savoir en début de soirée le consulat de France à Wuhan sur son site internet.

Capture d'écran du message publié par le consulat de France en début de soirée
DR

Le texte a alors été reposté en boucle sur le web. Tard dans la soirée, le consulat proposait une version plus sobre : « L’origine de l’épais nuage qui recouvre la ville de Wuhan depuis le début de la journée n’est, pour l’heure, pas connue. Les autorités locales se sont engagées à nous la communiquer dès que possible. Il est conseillé, dans la mesure du possible, de demeurer à la maison, de fermer les fenêtres et de limiter l’usage de la climatisation ».

Il y a quelques jours, les autorités chinoises interdisaient aux ambassades étrangères de diffuser publiquement leurs propres mesures de pollution comme le font déjà l'ambassade et le consulat des Etats-Unis à Pékin et à Shanghai. L’Agence Chine nouvelle aura pour sa part attendu 21 heures pour fournir l’explication. Comme à Nakin, le ciel jaune de Wuhan serait lié à des « feux de paille » dans la région.

Chine, des émissions carbones plus élevées que prévues

Le sommet de Rio+20 c’est dans moins de dix jours, mais la pollution, c’est maintenant en Chine. Les émissions de carbone pourraient être de près de 20% plus élevées qu'on ne l’avait estimé au départ, ont indiqué dimanche les autorités chinoises.

La Chine championne des émissions de dioxyde

Ces nouvelles analyses pourraient suggérer une accélération du rythme du réchauffement climatique : « La triste réalité est que la consommation d’énergies et les données chinoises sur les émissions de gaz à effet de serre ajoutent une incertitude supplémentaire quant à la modélisation des simulations permettant de prédire l'avenir du changement climatique », affirment les auteurs de l’étude cités par l’agence Reuters. Le rapport présenté par une équipe de chercheurs chinois, américains et britanniques de l’université de Leeds a été publié dans la revue Nature. Les scientifiques ont comparé les données fournies par le Bureau national des statistiques dans 30 provinces chinoises et sur une période allant de 1997 à 2010. L’écart était souvent plus gros qu’une crevasse à la fonte des glaces.

Sortir de la dépendance au charbon

« Le document identifie un écart d'émission de 1,4 milliards de tonnes en 2010 entre les deux ensembles de données, explique Dabo Guan à l’agence Reuters. Ce qui implique un niveau d’incertitude plus élevé que jamais dans les statistiques énergétiques chinois », poursuit ce maître de conférences à l'Ecole de la Terre et de l'environnement à l'université de Leeds et directeur de l’enquête.

La Chine qui est désormais le premier pollueur de la planète devant les Etats-Unis est aujourd’hui responsable d’un quart des émissions carbones produites par l’humanité. L’imprécision et le manque de fiabilité des données étant souvent liés au flou entourant la consommation de charbon dans les provinces. Le gouvernement central ayant fixé comme priorité de sortir progressivement de la dépendance au charbon, certains responsables locaux ferment les yeux sur le non respect des quotas. Pékin entend plafonner sa consommation de houille à 4,1 milliards de tonnes d’ici à 2015.

(Avec Reuters)
 

* Instagram est une application et un service de partage de photos disponibles sur plateformes mobiles de type iOS et Android.

 

tags: Chine - Environnement - Pollution
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