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    Asie-Pacifique

    La catastrophe de Fukushima : «un désastre créé par l’homme»

    media Kiyoshi Kurokawa, qui dirige la commission parlementaire, est atterré. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

    Ce jeudi, la commission d'enquête mandatée par le Parlement japonais a rendu son rapport sur les origines et la gestion de la catastrophe de Fukushima. Les conclusions sont accablantes : à en croire les dix membres de la société civile qui ont mené l’enquête, l'opérateur de la centrale, le gouvernement et l'autorité de régulation auraient « trahi le droit du pays à être protégé des accidents nucléaires ».

    Sur les trois rapports rédigés depuis le 11 mars 2011, c’est le premier à formuler des accusations claires. On se souvient de l’étude qui blanchissait complètement l’opérateur de la centrale, Tepco, expliquant qu’un séisme et un tsunami d’une telle ampleur n’auraient jamais pu être prévus, une étude signée Tepco…

    Cette fois, c’est d’un rapport parlementaire dont il s’agit : 600 pages dans lesquelles l’opérateur de la centrale est très directement mis en cause : « La direction de Tepco était consciente des retards dans les travaux antisismiques et des mesures contre les tsunamis et savait que Fukushima Daiichi était vulnérable ». Et puis un mot-clé : « collusion », une collusion dont sont accusés le gouvernement, l’opérateur de la centrale et les agences de régulation, une collusion qui serait à l’origine de la catastrophe. Car « bien qu'ayant eu de nombreuses occasions de prendre des mesures, les agences de régulation et la direction de Tepco n'ont délibérément rien fait, ont reporté leurs décisions ou ont pris des mesures qui les arrangeaient », souligne le rapport.

    Un lobby puissant

    Ces conclusions ne sont pas surprenantes. Si l’opérateur de la centrale a pu aller aussi loin sans rencontrer de garde-fous, c’est que le lobby nucléaire est présent à tous les niveaux de la société japonaise : tous les partis politiques sont pro-nucléaires (les compagnies d’électricités sont de grosses donatrices de fonds), les syndicats sont eux aussi pro-nucléaires pour préserver les emplois dans le secteur, et les médias eux-mêmes soutiennent les compagnies d’électricité qui leur achètent de nombreuses publicités. C’est ce qu’au Japon on appelle « le village nucléaire ».

    L'épais rapport est impitoyable pour les dirigeants. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

    Alors pourquoi tout à coup ce rapport parlementaire qui donne un coup de pied dans la fourmilière ? Selon Jean-Marie Bouissou, directeur de recherche à l’Institut d’études politiques de Paris, la réponse est à chercher du côté de la population japonaise, qui ne croit plus un mot de toutes les déclarations inspirées par le lobby nucléaire. Les derniers sondages sont assez éloquents : de 70 à 80% de l’opinion refusent la réouverture des centrales nucléaires japonaises ; cinquante centrales fermées les unes après les autres pour maintenance, qui n’ont pas été remises en marche, les autorités locales craignant la réaction de leurs administrés. En fait, seuls deux réacteurs ont rouvert au début du mois de juin après un forcing du gouvernement, occasionnant des manifestations qui ont réuni des dizaines de milliers de Japonais sous les fenêtres du Premier ministre…

    Du coup, selon Jean-Marie Bouissou, « en adoptant des positions aussi brutales, aussi claires, les parlementaires agissent certes pour le bien de la nation mais aussi dans la perspective des élections qui les attendent [en 2013], et où l’enjeu nucléaire va être certainement un sujet central ». Il s’agit de rester à l’écoute…

    Une évolution sensible

    D’autant que les lignes commencent à bouger : les journaux de la région de Tokyo, proches des lieux de l’accident, ont évolué sur la question. Même chose au sein du patronat. Et le très puissant syndicat du Front des fonctionnaires locaux a rejoint les rangs antinucléaires.

    Pour autant, peut-on parler de changements de fond ? Le pays a un nouveau Premier ministre, mais Yoshihiko Noda est lui aussi pro-nucléaire. Tepco a été nationalisée et a changé de direction, mais veut à toute force, comme les autres compagnies d’électricité, rouvrir ses centrales. Et la nouvelle Agence de sûreté nucléaire qui sera mise en place au mois de septembre, censée être plus indépendante que l’ancienne, reste sous l’autorité d’un ministère : celui de l’Environnement, en lieu et place du ministère de l’Industrie, pro-nucléaire (le rapport propose d’ailleurs de créer au Parlement un comité qui surveille les activités de cette agence).

    Autant de pressions contraires qui ne vont pas manquer de s’exercer sur les parlementaires japonais. Il sera donc intéressant de voir ce qu’ils vont faire de ce rapport, en clair : s’ils vont l’enterrer ou pas.

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