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    Asie-Pacifique

    Les Rohingyas de Birmanie, l'une des minorités les plus persécutées au monde

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    Alors que la Birmanie semble ne plus être étiquetée comme un « Etat voyou », qu’elle se fait adouber par les promoteurs touristiques et les grands groupes industriels mondiaux, elle demeure un pays répressif. Preuve en est le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW) sur la minorité musulmane des Rohingyas, dans l’est du pays, victime des pires atrocités. Il apparaît dans ce document, publié le mercredi 1er août, que le pouvoir birman laisse faire, voire appuie, le massacre orchestré de cette minorité dans le silence absolu de la communauté internationale.

    Terrifiant. Tel est le terme qui ressort après consultation du dernier rapport de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, sur le regain de violences de juin dernier. Cet acharnement de terreur a touché la minorité des Rohingyas dans l’Etat d'Arakan - ou Rakhine - qui cohabite très difficilement avec la majorité bouddhiste des Rakhines. Le document s’appuie sur 57 entretiens des deux communautés présentes au moment des atrocités.

    Les autorités birmanes coupables ?

    HRW, dans son rapport intitulé « Le gouvernement aurait pu arrêter ça », met en avant l’échec des autorités de Naypyidaw à éviter les violences communautaires entre bouddhistes et musulmans.

    En juin dernier, plus de 80 personnes, en majorité musulmanes, ont en effet été tuées dans l’Etat d'Arakan. L’annonce du viol et du meurtre d'une femme bouddhiste arakanaise par trois hommes musulmans, le 28 mai, a mis le feu aux poudres. Dix musulmans sont sauvagement assassinés en représailles. Human Rights Watch confirme que des policiers et des soldats de la région étaient présents et ont assisté sans réagir à la scène. Le 8 juin, des milliers de Rohingyas déclenchent une émeute meurtrière contre les Arakanais. Des témoignages recueillis par l’organisation de défense des droits de l’homme auprès des deux communautés font état de la passivité des autorités qui auraient pu éviter ce nouveau massacre.

    Dans les 56 pages du document, les forces de sécurité birmanes sont également accusées d’être à l’origine de « meurtres, viols et arrestations de masse » contre les Rohingyas.

    Selon HRW, les autorités du nord de l’Etat d'Arakan ont un long passif de tortures et de mauvais traitements infligés aux détenus rohingyas. Des centaines d'hommes et de garçons rohingyas arrêtés en juin sont toujours détenus dans des lieux tenus secrets.

    Une des minorités les plus persécutées au monde

    Les Rohingyas sont considérés par l'ONU comme l’une des minorités les plus persécutées de la planète. Quelque 800 000 d’entre eux vivent confinés dans le nord de l’Etat d'Arakan. Ils ne font pas partie des groupes ethniques reconnus par le régime de Naypyidaw, ni par beaucoup de Birmans qui les considèrent le plus souvent comme des immigrés bangladais illégaux. Ainsi depuis 30 ans, ils sont apatrides dans leur propre pays où ils font l'objet de préjugés considérables au sein de la société birmane, y compris de la part de personnes ayant toujours lutté pour la démocratie, et de minorités ethniques elles-mêmes longtemps opprimées par l’Etat birman. En Birmanie, nul ne cache son hostilité à l’égard de ces « kalar », les illégaux à la peau noire.

    Leur « faute » ? Celle d’avoir soutenu les Britanniques dans leur conquête de la Birmanie au XIXe siècle. Depuis, ils sont donc considérés comme des traîtres. Tyrannisés, violentés, discriminés, torturés par leurs concitoyens, des centaines de milliers d’entre eux ont fui au Bangladesh.

    Lors des violences de juin, on a assisté à un défoulement de haine sur les réseaux sociaux birmans contre les Rohingyas. Ils sont accusés d’être des musulmans « terroristes » sur Facebook, certains offrent même « une récompense pour l'assassinat d'un musulman » de l'Arakan.

    Le 12 juillet 2012, le président birman Thein Sein a même affirmé que la « seule solution » aux affrontements interconfessionnels était d'expulser les Rohingyas, au Bangladesh ou ailleurs.

    Une minorité bannie aussi par le voisin bangladais

    Le Bangladesh, qui partage 200 kilomètres de frontière avec la Birmanie, abrite environ 300 000 Rohingyas, selon les chiffres officiels, dont environ 30 000 vivant dans deux camps de réfugiés dans le sud du pays, sous le contrôle des Nations unies.

    Depuis les violences de juin et la déclaration du président Thein Sein, l’afflux de milliers de musulmans rohingyas chez le voisin bangladais est quasi permanent. Mais là encore, les Rohingyas ne sont pas les bienvenus. En violation du droit international, les autorités les ont refoulés à plusieurs occasions. Human Rights Watch décrit des hommes, des femmes et des enfants rohingyas implorant la pitié des autorités du Bangladesh pour que ces dernières les laissent accoster sur leurs côtes. De nombreuses personnes seraient mortes pendant ces opérations de refoulement. Celles qui ont réussi à entrer au Bangladesh vivent cachées, sans accès à une aide alimentaire ou à un toit, et sans protection.

    Et les autorités de Dacca poursuivent leur affront : elles viennent d’exiger, ce jeudi 2 août, le départ du Bangladesh de trois organisations caritatives venant en aide aux réfugiés, alors que depuis plus de vingt ans, des ONG aident la minorité persécutée.

    Les organisations françaises Médecins sans frontières, Action contre la faim et la britannique Muslim aid travaillaient dans le district de Cox's Bazaar frontalier de la Birmanie et fournissaient de l’aide à des dizaines de milliers de réfugiés.

    L’incompréhensible silence de la communauté internationale

    Le rapport de HRW accuse par ailleurs sévèrement la communauté internationale de fermer les yeux sur les atrocités commises contre la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie.

    Le message de Phil Robertson, directeur adjoint pour l'Asie de HRW, est sans ambiguïtés : « Si les atrocités que nous avons vues en Arakan s'étaient produites avant le début du processus de réformes du gouvernement, la réaction de la communauté internationale aurait été rapide et forte ». Et d’ajouter que « la communauté internationale semble être aveuglée par une vision romantique des changements en Birmanie, signant de nouveaux accords commerciaux et levant les sanctions même si les abus continuent ».

    Depuis la dissolution de la junte en mars 2011, le retour en politique de l’ex-dissidente Aung San Suu Kyi et depuis la mise en place de réformes du nouveau gouvernement, la communauté internationale fait les yeux doux aux autorités de Naypyidaw. L'Union européenne a suspendu en avril pour un an la plupart de ses sanctions ; les Etats-Unis ont autorisé en juillet les investissements américains, y compris dans le secteur controversé du gaz et du pétrole convoité par de nombreuses entreprises. Ce 2 août, la Banque mondiale a annoncé le prochain déblocage d'une aide de 85 millions de dollars pour soutenir les « efforts de réforme » engagés par le pays.

    Mais Human Rights Watch ne l’entend pas de cette oreille et affirme que les « persécutions et les discriminations soutenues par l'Etat continuent ». L’ONG appelle la communauté internationale à déclarer que « la répression brutale des Rohingyas et d'autres minorités vulnérables ne sera pas tolérée ».

    Le 25 juillet, deux semaines à peine après son entrée au Parlement, Aung San Suu Kyi a pris la parole pour la première fois pour soutenir un projet de loi sur la protection des droits des minorités, déposée par le parti au pouvoir. Ce discours était très attendu, car l’opposition sait que tout soutien apporté aux Rohingyas sera impopulaire dans l’opinion birmane dans son ensemble.

    L’espoir que le sort réservé aux Rohingyas soit plus favorable reste hélas des plus minces. Nul ne peut oublier la déclaration du président Thein Sein au commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, le 12 juillet 2012 : « Il est impossible d'accepter [la présence] de ces Rohingyas entrés illégalement [en Birmanie]. Ils ne font pas partie de notre système ». Le pire, qui paraissait être derrière eux, est peut-être encore à venir pour les Rohingyas de Birmanie.

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