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    Asie-Pacifique

    «La Vallée des masques» de Tarun Tejpal : «un récit orwellien sur la pensée utopique»

    media Tarun Tejpal est l'auteur de trois romans à succès. Sandrine Expilly

    Journaliste d’investigation de talent, l’Indien Tarun Tejpal est venu au roman pour explorer autrement la réalité turbulente de son pays. Pour y trouver aussi une échappatoire à la tourmente dans laquelle ses reportages sur le côté sombre de la vie politique et sociale de l’Inde l’avaient jeté. Portrait.

    « Enfin un livre neuf, brillant et original qui nous arrive de l’Inde », avait écrit Naipaul au sujet de Alchemy of Desire (Loin de Chandigarh, éd. Buchet-Chastel), premier roman de Tarun Tejpal. Ces propos flatteurs sous la plume du prix Nobel indo-britannique, d’habitude avare en éloges et mieux connu pour ses commentaires ironiques sur ses pairs et ses contemporains, ont lancé en 2004 la carrière littéraire de celui qui s’est imposé en l’espace de huit ans comme l’un des écrivains anglophones majeurs de ce début de siècle.

    Venu tardivement à la littérature, Tejpal, 49 ans, est déjà l’auteur de trois romans. Des romans puissants, inventifs et engagés qui lui ont valu d’être comparé à Tolstoï et à Zola. Le « Zola de Chandigarh », à cause du titre français de son premier roman qui a connu un immense succès en France. Ce roman épique raconte l’amour, le désir, la rupture, sur fond de deux siècles de turbulences historiques indiennes. Traduit en une quinzaine de langues, il s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires.

    Le poids de l’ici et maintenant

    Après un second roman polyphonique, Histoire de mes assassins (Buchet-Chastel), qui met en scène le bas-ventre de l’Inde et interroge les clichés sur le miracle économique indien, Tejpal a publié l’année dernière son troisième roman qui paraît ces jours-ci en traduction française. Très différent de ses précédents récits, son nouvel opus propose une fable philosophique et politique sur l’utopie et ses dangers. Rendant compte de La Vallée des masques, le parlementaire indien Shashi Tharoor, lui-même romancier, a attiré l’attention sur l’universalité de la vision imaginative de Tejpal, « aucunement prisonnière de l’ici et maintenant ».

    Paradoxalement, c’est sa préoccupation avec l’ici et maintenant qui a fait connaître Tarun Tejpal dans son pays natal. En Inde, l’homme est plus connu comme journaliste que comme romancier. Pas n’importe quel scribouillard ! Un journaliste modèle que les jeunes étudiants des écoles de journalisme veulent imiter, à cause du ton de liberté et d’insolence qu’il a su injecter dans l’écriture journalistique indienne forgée dans la tradition profondément enracinée de respect de l’autorité et de l’hiérarchie. « Free, fair et fearless » (libre, juste et intrépide) est la devise du portail d’information indépendante Tehelka.com que Tejpal a créé dans les années 1990.

    Tout premier site d’information indien sur le Net, Tehelka, qui signifie « faire sensation », a renouvelé la pratique journalistique en Inde en mettant l’accent sur le reportage et l’investigation. Le site s’est fait connaître en réalisant des enquêtes dérangeantes sur des questions sociales et politiques. Une enquête réalisée en 2002 par des journalistes du site qui se font passer pour des marchands d’armes, a ainsi révélé au grand public qu’aucun contrat d’achat d’armements n’est signé sans sa contrepartie en dessous de table versée aux principaux acteurs, y compris au ministre de la Défense. Le scandale fut énorme. Il a poussé le ministre à la démission et fait vaciller le gouvernement hindouiste au pouvoir à l’époque.

    Pour Tehelka, l’affaire a marqué un tournant car le pouvoir s’est acharné contre lui et a lancé des actions en justice à répétition. Menacé de mort, son rédacteur en chef n’a eu d’autres alternatives que de mettre la clé sous la porte. Pour autant, Tejpal ne s’est pas déclaré vaincu. Il a réactivé son réseau d’amis et de sympathisants pour pouvoir relancer Tehelka sous la forme de magazine bimensuel de presse écrite. C’est chose faite depuis 2004. Devenu depuis un hebdo, Tehelka a réussi à trouver sa place dans la presse écrite indienne, tout en conservant sa liberté de ton. La grande victoire de son fondateur a été de voir toute la profession s’aligner progressivement sur son approche en profondeur de l’actualité.

    La jubilation narrative

    « Au milieu de tout ça, le livre a commencé à battre dans ma tête », a expliqué le romancier à la journaliste du Temps (Suisse) qui est allée l’interviewer l’année dernière dans les bureaux de son magazine à New Delhi. En effet, c’est lorsque les forces lancées par le pouvoir pour réduire Tehelka au silence se sont déchaînées autour de lui, qu’est née chez Tejpal l’idée d’écrire son premier roman. La fiction est à la fois une échappatoire et la concrétisation d’une ambition que le futur romancier nourrissait depuis sa jeunesse.

    L’homme a souvent raconté comment, pendant ses années universitaires à Chandigarh, il sautait les cours pour lire toute la littérature classique occidentale et indienne et en particulier le Mahabharata, qu’il considère être le plus grand livre des lettres mondiales. Il aime penser qu’il y a quelque chose du Mahabharata dans ses deux romans qui partagent avec la grande épopée indienne le goût pour les récits enchâssés, la polyphonie et la jubilation narrative.

    Sans être dépourvu de cette jubilation qui est devenue la marque de fabrique de la fiction de Tarun Tejpal, son troisième roman, La Vallée des masques, semble davantage

    La Vallée des masques est un grand roman sur l'idée de l'utopie et sa confrontation fatale avec le réel. Dr: Albin Michel

    s’inscrire dans la tradition prestigieuse des écrivains-journalistes dont l’Indien se réclame également. Graham Greene, George Orwell, Ernest Hemingway, Norman Mailer ou Vargas Llosa sont des maîtres auxquels il a emprunté cette idée de double fidélité – fidélité du journaliste au réel et celle du romancier à une vérité intérieure – qui caractérise aujourd’hui Tarun Tejpal. Mais l’homme n’oublie jamais que c’est par les enquêtes et les reportages que réalise son équipe à Tehelka qu’il parvient à toucher les gens et peut-être à changer la vie des millions d’hommes et femmes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Une priorité pour ce fils de militaire. C’est pourquoi malgré le succès immense que connaissent ses livres, le romancier Tarun Tejpal demeure, tout comme ses maîtres-à-penser, fondamentalement journaliste.

    Trois questions à... Tarun Tejpal

    La Vallée des masques est votre troisième roman. Un roman universel, après deux récits plutôt autobiographiques ? 

    Je ne crois pas qu’on puisse dire ça. Mes deux premiers romans Loin de Chandigarh tout comme Histoire de mes assassins ont puisé leur matériau dans mon vécu personnel sans être autobiographiques pour autant. Mes trois romans sont des œuvres d’imagination. Le premier parle de l’importance de l’amour dans notre vie, le second de la complexité de l’Inde contemporaine et le troisième est une allégorie dont l’action se déroule dans l’Himalaya. Avec des démarches aussi différentes, je peux difficilement être taxé de verser dans l’autofiction !

    Comment définiriez-vous le thème de ce troisième roman qui paraît en français cette année ?

    C’est un récit orwellien sur la pensée utopique. Je me suis inspiré de 1984 et La Ferme des animaux d’Orwell pour examiner les pathologies et les déviances du pouvoir et de la pensée dogmatique. Je voulais explorer la faillite des idéologies, le processus de dégradation d’une idée noble et humaniste en un outil de puissance. Il y a une tension fondamentale entre la recherche de la vérité et de la pureté et la complexité irréductible de la vie humaine. C’est cette tension qui est le sujet de ce roman que j’ai campé dans un lieu isolé en Inde, mais cette thématique n’est pas spécifique à ce pays. La Vallée raconte un phénomène universel.

    Vous avez été proche de Naipaul. Est-il un modèle pour vous ?

    J’ai découvert Naipaul quand j’étais à l’université. J’ai beaucoup appris sur la narration en lisant ses romans, ses mémoires, ses récits de voyage. J’admire son écriture exigeante et lucide. Il y a une intégrité artistique à sa prose qui est très précieuse et rare.


    La Vallée des masques, par Tarun Tejpal. Traduit de l'anglais par Dominique Vitalyos. Editions Albin Michel, 464 pages, 22,90 euros.

     

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