Chine / Japon - 
Article publié le : mardi 18 septembre 2012 à 11:17 - Dernière modification le : mercredi 19 septembre 2012 à 01:43

La dispute autour de l'archipel Diaoyu-Senkaku risque de coûter cher à la Chine et au Japon

La Chine commémore, ce 18 septembre 2012, le 81e anniversaire de l'invasion de la Mandchourie par le Japon. Des manifestations ont éclaté dans de nombreuses villes, comme ici à Shanghai.
La Chine commémore, ce 18 septembre 2012, le 81e anniversaire de l'invasion de la Mandchourie par le Japon. Des manifestations ont éclaté dans de nombreuses villes, comme ici à Shanghai.
REUTERS/Carlos Barria

Par RFI

Ce sont environ 2 000 personnes qui se sont rassemblées devant l’ambassade du Japon, à Pékin, ce mardi 18 septembre, mais aussi dans près de 80 villes du pays. La Chine manifeste donc une fois encore sa colère face à la décision de Tokyo de « nationaliser » une poignée d’îlots contestés en mer de Chine orientale. Ces manifestations prennent un sens tout particulier à l’occasion de l’anniversaire de l’incident de Moukden, le 18 septembre 1931. Celui-ci déclencha en effet l’invasion japonaise de la Mandchourie. Les autorités chinoises craignent les débordements. Mais la censure et les interdictions de certains défilés n'ont pas empêché les nationalistes de descendre dans la rue.

De notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Carte interactive : Mer de Chine, les rochers de la discorde
Accesseur infographie mer de Chine

On pouvait encore apercevoir des portraits de Mao devant l’ambassade du Japon à Pékin ce matin, manière de réclamer davantage de fermeté de la part du gouvernement chinois sur cette question des îles Diaoyu-Senkaku. La nouveauté du jour ce sont, racontent certains manifestants, ces SMS envoyés par la police demandant, je cite « d’exprimer rationnellement et pacifiquement son patriotisme ».

Les mots « Liangmaqio » et « Liangmaqio lu », le nom de l’avenue qui mène à l’ambassade du Japon dans la capitale, sont désormais censurés sur les principaux moteurs de recherche. En province, certains lieux sont interdits aux rassemblements. A Xi’an, par exemple, dans la province du Shaanxi, les appels à manifester via les portables ou internet sont également prohibés. Ces mesures dissuasives n’empêchent pas les défilés.

Evelyne Dourille-Feer

Spécialiste du Japon et économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales

La Chine est le premier partenaire du Japon. Pour la Chine, le Japon est son troisième partenaire. C'est une relation extrêmement importante...

 

18/09/2012 par Agnieszka Kumor

Il paraît difficile, en effet, d’arrêter une telle flambée nationaliste, alors que pendant plusieurs jours, les autorités ont donné leur accord tacite aux manifestants. A Changs, dans la province du Hunan au Sud du pays, les organisateurs disaient ce matin attendre 10 000 personnes.

Beaucoup de monde était également attendu à Shenyang (ancienne ville de Moukden dans le nord-est) où les sirènes ont retenti ce matin pour commémorer le triste anniversaire de l’attaque d’une voie ferrée de la société japonaise des chemins de fers de Mandchourie du Sud. Un attentat probablement planifié par les Japonais eux-mêmes et qui a déclenché l’arrivée des troupes nipponnes en Mandchourie il y a 82 ans.

Les pêcheurs donnent l'assaut

En parallèle à ces événements sur le continent, deux Japonais ont débarqué sur l’un des îlots disputés. Ce qui ne va pas sans déclencher l'ire de Pékin. Pour l’instant, les sites des médias officiels chinois se gardent d’en faire des tartines pour éviter de jeter de l’huile sur le feu. Mais, déjà les commentaires débordent sur la toile.

Diaporama Manifestation à Pékin

Ce nouvel incident revient à « mettre du sel dans la plaie de la Chine » a ainsi affirmé sur Twitter, Hu Xijin, le rédacteur en chef du très nationaliste Huanqiu Shibao. A Taïwan où l’information est moins censurée, une centaine de pêcheurs ont réagi à la provocation en annonçant qu’ils souhaitaient mettre le cap samedi pour les îles de la discorde. Un geste qui ne fait rien pour apaiser les tensions alors que la dispute en mer de Chine orientale risque de coûter 340 millions de dollars aux échanges bilatéraux selon l’agence Bloomberg.

Après Canon, Panasonic et Nissan, Toyota indique ce mardi que ses usines en Chine resteront fermées toute la journée. Le ministre chinois de la Défense a de son côté déclaré se réserver le droit de prendre des mesures supplémentaires dans son bras de fer avec le Japon.

Un pouvoir politique japonais très affaibli

Pékin menace en mer de Chine et se réserve le droit de prendre des mesures supplémentaires à l’encontre du Japon. Et Tokyo ne dispose que d'une faible marge de manoeuvre pour gérer cette confrontation.

Avec notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles

Les gardes-côtes japonais ont repéré à la limite des eaux territoriales des îles Senkaku, administrées par le Japon, 11 navires de surveillance chinois.

La décision il y a quelques jours du Japon d’acheter ces îles à leur propriétaire privé soulève en Chine des manifestations anti-japonaises.

Le Japon a renforcé ses défenses autour des îles disputées. Si la flottille d’un millier de bateaux de pêche chinois, qui sont contrôlés par l’armée chinoise, se profilent à son tour autour des îles contestées, le risque de confrontation armée entre le Japon et la Chine augmente, dit-on à Tokyo.

En 2010, un chalutier chinois avait harponné un navire de la garde-côte japonaise avec une violence extrême.

Le Japon risque de devoir mobiliser sa marine militaire, ce qui ne peut qu’aggraver le risque d’un affrontement armé entre les deux pays. Le pouvoir politique à Tokyo est très affaibli. Le gouvernement de centre-gauche n’entretient aucun rapport privilégié avec les plus hauts dirigeants chinois. Une résolution diplomatique de cette crise paraît difficile. Les Chinois ne savent pas jusqu’où ils ne peuvent pas aller trop loin. Et à Tokyo, la droite nationaliste jette de l’huile sur le feu.

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