Indonésie - 
Article publié le : jeudi 11 octobre 2012 à 23:57 - Dernière modification le : vendredi 12 octobre 2012 à 06:23

Indonésie: Bali, dix ans après les attentats

Des employés indonésiens accrochent la photographie d'une victime devant le mémorial des attentats.
Des employés indonésiens accrochent la photographie d'une victime devant le mémorial des attentats.
REUTERS/Murdani Usman

Par Vincent Souriau

Le 12 octobre 2002, il y a dix ans jour pour jour, le double attentat de Bali faisait 202 morts et des centaines de blessés et révélait à la face du monde l’existence des jihadistes indonésiens. Aujourd’hui, les touristes ont retrouvé le chemin de cette île paradisiaque et profitent de ses charmes en toute insouciance, inconscients du drame qui a frappé deux discothèques bien connues des fêtards. Mais pour les rescapés et les familles des disparus, c’est la semaine du souvenir. Ils sont de retour à Bali pour rendre hommage à leurs proches, et la douleur est toujours là.

Dix ans après les attentats, Bali fourmille de touristes comme si de rien n’était. Surfeurs, familles et fêtards se bousculent dans les cafés et sur les plages de Kuta, à deux pas du mémorial en marbre dressé en hommage aux 202 morts du 12 octobre 2002.

C’est là, tout près de l’endroit où il a failli perdre la vie, que Phil Britten est venu se recueillir. Cet Australien de 32 ans montre sans complexe les cicatrices des brûlures qui recouvrent ses bras, son torse et son dos.

Brûlé à 60% par le souffle des explosions, il a eu plus de chance que sept de ses amis qui n’ont pas survécu au drame, mais mentalement, la reconstruction a été très difficile : « Très souvent, j’ai eu envie d’abandonner, de me suicider. Je me disais, pourquoi je suis vivant, pourquoi moi ? J’ai dû apprivoiser ma peur, mais finalement, je suis passé au-dessus et j’ai fini par m’accepter tel que je suis, je suis un survivant des attentats de Bali, ça fait partie de mon identité. »

De retour pour les commémorations

Comme lui, des centaines de rescapés et les familles des disparus sont de retour à Bali cette semaine pour commémorer les dix ans des attentats.

Peter Hughes, un cinquantenaire qui a mis dix ans à se remettre de ses blessures, raconte que les liens créés pendant leur convalescence n’ont jamais disparu : « En Australie, on se voit régulièrement, surtout pour les anniversaires des attentats. Chez les blessés, il y a beaucoup de gens qui sont tombés dans la dépression et le stress post-traumatique est toujours là. Surtout les jeunes, ceux qui ont 30 ou 35 ans aujourd’hui, ceux-là, on leur a vraiment volé leur vie. C’est pour ça que j’ai témoigné devant la justice contre les poseurs de bombe. Et j’ai fait de mon mieux pour qu’ils soient condamnés à mort. »

Les cerveaux des attaques ont bien été exécutés sur décision de la justice indonésienne, mais Peter Hughes déplore qu’aucune compensation financière n’ait jusqu’ici été versée aux victimes par le gouvernement de Jakarta.

Querelle autour du lieu de mémoire

Les survivants ont par ailleurs fondé une association pour réclamer un véritable lieu de mémoire à l’emplacement de l’ancien Sari Club, l’une des deux discothèques visées par les bombes. Malgré une offre d’un million de dollars, le propriétaire des murs refuse toujours de céder son terrain, situé dans un quartier très touristique.

En attendant, la police indonésienne continue de quadriller les rues de Bali. Il y a deux jours, elle aurait reçu des informations sur une « menace crédible d’attentat » visant la cérémonie de commémoration des attentats de 2002.

Phil Britten devant le mémorial en hommage aux victimes.
Vincent Souriau/ RFI
Phil Britten, 22 ans en 2002, a perdu sept de ses amis dans l’explosion du Sari Club.
Vincent Souriau/ RFI
Peter Hughes, gravement brûlé, a témoigné contre les poseurs de bombe pour obtenir leur condamnation à mort.
Vincent Souriau/ RFI
Des proches des disparus, à droite le fils d’une victime, son père, qui avait 69 ans.
Vincent Souriau/ RFI
Thiolina Marpaung, gravement blessée aux yeux alors qu’elle se trouvait dans sa voiture à 50 mètres du site des attentats.
Vincent Souriau/ RFI
Des touristes devant le mémorial en hommage aux victimes.
Vincent Souriau/ RFI
Des touristes marchent dans les rues de Kuta, à quelques mètres des lieux du drame.
Vincent Souriau/ RFI
La sécurité a été renforcée dans les rues de Bali, la police quadrille Kuta.
Vincent Souriau/ RFI
Les noms des quatre victimes françaises sur le mémorial.
Vincent Souriau/ RFI

    tags: al-Qaïda - Australie - Indonésie - Terrorisme
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