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Article publié le : lundi 15 octobre 2012 à 10:16 - Dernière modification le : lundi 22 octobre 2012 à 12:24

L’ouverture de la distribution en Inde: une révolution qui prendra du temps

Les petits épiciers indiens craignent la concurrence de futurs supermarchés comme Wal-Mart.
Les petits épiciers indiens craignent la concurrence de futurs supermarchés comme Wal-Mart.
RFI/Sébastien Farcis

Par Sébastien Farcis

Le gouvernement indien a ouvert le 14 septembre dernier le commerce du détail aux investissements étrangers, ce qui va permettre aux multinationales de la distribution comme Carrefour d’ouvrir des supermarchés, et de détenir jusqu’à 51% du capital. Cette réforme, attendue depuis longtemps pour relancer l’économie en berne, a initié une révolte politique et syndicale, car elle pourrait entraîner la disparition des petits commerces.

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« Si Wal-Mart arrive dans le quartier, c’est un vrai tsunami qui va nous passer dessus ». Raj Mandot est furieux. Et surtout, il a peur. Comme des millions de petits commerçants indiens, ce quincailler de Bazar Road, à Bombay, a baissé son rideau le 20 septembre dernier, pour protester contre la décision du gouvernement de libéraliser le commerce du détail.

Les épiciers continuent à gronder, soutenus par les partis politiques d’opposition, mais New Delhi a maintenu sa réforme. « Ces supermarchés peuvent se permettre de vendre à perte, et à ce jeu-là, nous ne pourrons pas résister. C’est une vraie menace », lance Raj d’une voix tremblante.

En Inde, 93% du commerce de détail est assuré par ces épiceries familiales, appelées kiranas. De petites cavernes d’Ali Baba aux étagères surchargées, dont les propriétaires acceptent de vous faire crédit et de vous livrer gratuitement, sur un simple appel, une brique de lait ou un sac de riz.

Mais ce réseau traditionnel a également ses limites : « Dans la farine qu’ils vendent, on trouve parfois des vers, se plaint Miné, une femme de classe moyenne, qui pousse son caddie en sortant d’Hypercity, l’un des rares supermarchés à capitaux indiens qui a émergé depuis une dizaine d’années en banlieue des grandes villes. Je fais toutes mes courses ici à présent : on trouve tout sous un même toit, même des produits importés qui ne sont pas en épicerie. Par contre, pour les légumes, je vais toujours au marché, ils sont plus frais et moins chers ».

Dans le quartier huppé de Bandra, à Bombay, "Bazar road" est l'un des centres du commerce de détail.
RFI/Chandra Shekar
Les vendeurs ambulants de fruits et légumes côtoient les petits commerces familiaux comme les épiceries, papéteries, quincailleries ou vitreries.
RFI/Sebastien Farcis
Mais comme la plupart des commerçants de cette rue, Dilip Jain, qui tient ce bazar-quicaillerie familial, se sent menacé par l'arrivée des géants étrangers de la distribution.
RFI/SébastienFarcis
Imesh Thakkar, lui, est moins inquiet. Il connaît parfaitement ses produits, et peut offrir un service et un conseil précieux aux clients.
RFI/Sébastien Farcis
Entre épices et fruits secs ou préparations spéciales pour la cuisine indienne, son épicerie ouverte depuis 1898 vend une telle gamme de produits au détail que les supermarchés auront certainement du mal à le concurrencer.
RFI/Sébastien Farcis
Cette compétition sera certainement plus féroce pour des commerçants de cette rue qui vendent des produits industriels.
RFI/Sébastien Farcis
La force de beaucoup de ces détaillants est de réussir à offrir une gamme de choix énorme, pour de très petites sommes. Mais ce modèle est-il viable pour longtemps ? La nouvelle génération prendra-t-elle la relève ?
RFI/Sébastien Farcis
A 15km de là, à la sortie de Bombay, le supermarché indien Hypercity a ouvert en 2006. Un énorme palais climatisé, qui s'est adapté à la consommation locale, avec des rayons végératiens bien séparés par exemple.
RFI/Sébastien Farcis
Il attire la classe moyenne qui cherche à gagner du temps et souhaite également trouver des produits de plus haute gamme, ou importés.
RFI/Sébastien Farcis
A une centaine de mètres de là, les habitants d'un grand bidonville, eux, ne se rendent jamais dans ce supermarché. Ils vont dans cette épicierie-pharmacie, qui offre des produits moins chers et des médicaments génériques.
RFI/Sébastien Farcis
L'agriculture devrait également être affectée par l'arrivée des supermarchés. Aujourd'hui, la distribution passe par des intermédiaires qui prennent environ 10% de commission, comme ici dans la grande halle de Pune, près de Bombay.
RFI/Sébastien Farcis
Les agriculteurs pourraient être tentés de passer des contrats de production directement avec les supermarchés, pour réduire ces commissions
RFI/Sébastien Farcis
Mais ces changements mettront du temps à s'opérer, car la production agricole est éclatée entre de petits exploitants.
RFI/Sébastien Farcis

    Le gouvernement espère profiter d’importants investissements dans ce secteur, dont la valeur est estimée à 350 milliards d’euros, pour relancer une économie en net ralentissement – 6% de croissance attendue en 2012, contre 8% l’année précédente, et des investissements étrangers en chute de 67% au premier trimestre.

    Carrefour et Wal-Mart , les deux leaders mondiaux de la distribution et déjà présents en Inde comme grossistes, sont aujourd’hui lancés dans la course au détail. Mais les petites épiceries ont encore de beaux jours devant elles : ces supermarchés étrangers ne seront autorisés que dans les 53 villes indiennes qui comptent plus d’un million d’habitants, et encore, si l’Etat fédéré le veut bien. Or les dirigeants de la moitié d’entre eux se sont déjà déclarés opposés à cette « intrusion étrangère ».

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