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    Asie-Pacifique

    Le prix Nobel Mo Yan dans le paysage littéraire contemporain en Chine

    media L'écrivain chinois Mo Yan dans son appartement à Gaomi. RFI/Stéphane Lagarde

    Quelle place occupe le romancier Mo Yan, prix Nobel de littérature 2012, sur la scène littéraire chinoise ? Eléments de réponse avec Isabelle Rabut, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Elle dirige la collection Lettres chinoises et codirige les Lettres taïwanaises chez Actes Sud, et elle a traduit des auteurs chinois comme Shen Congwen, Ba Jin, Chi Li, Bi Feiyu, Yu Hua - et les Taïwanais Chu T’ien-hsin et Chu T’ien-wen.

    «Grenouilles» par Mo Yan. © Seuil

    Selon vous, le prix Nobel Mo Yan est-il mérité ?

    C’est toujours difficile à dire car, pour l'attribuer, il faut à chaque fois écarter d'autres écrivains qui l'auraient mérité tout autant. En tout cas, cette distinction n'est pas imméritée pour Mo Yan. Il a produit une œuvre de grande ampleur, caractérisée par un incontestable génie créatif. Il est, pour reprendre l'expression du journaliste Nils Ahl dans le Monde du 13 octobre, « le plus emblématique et le plus prolixe », ce qui ne veut pas dire « le meilleur », ce type de classement n'ayant pas beaucoup de sens en littérature. Mo Yan est un écrivain connu en Chine, même s'il faudrait enquêter un peu plus pour savoir ce que lit le « grand public ». Certains romans de Mo Yan comme Les Treize pas ne sont pas très « grand public » !

    Qui sont les autres grands auteurs des lettres chinoises contemporaines -dont la production serait comparable, en prestige et en créativité, à celle du lauréat ? 

    Yu Hua incontestablement ! Son roman Brothers a eu un retentissement exceptionnel. En revanche, il est beaucoup moins productif que Mo Yan. Jia Pingwa, peut-être, mais sans doute à un moindre degré. Parmi les écrivains qui comptent actuellement, on peut citer aussi Bi Feiyu, Yan Lianke, Su Tong ou bien la romancière Wang Anyi, très appréciée dans les milieux universitaires.

    « Brother » par Yu Hua. © Actes Sud

    Les journalistes ont écrit que Mo Yan était l’auteur de 80 livres. Cela paraît beaucoup ! Quels sont les livres qui l’ont fait connaître en Chine ?

    Oui, c'est beaucoup, mais si l'on inclut les essais et nouvelles, cela ramène l'ensemble à des proportions plus « normales ». Pour ce qui est de l'impact de ses livres en Chine, c'est difficile à dire, mais Le Sorgho rouge et Beaux seins, belles fesses sont sans doute parmi ceux qui ont le plus contribué à sa notoriété.

    Où se situe Mo Yan dans le paysage littéraire contemporain ? Est-il un moderniste, un néo-réaliste, un expérimental ?

    Pour moi, Mo Yan n'est pas un écrivain expérimental. Cette étiquette convient mieux aux écrits de Yu Hua ou de Ge Fei dans les années 1980, lesquels sont souvent situés dans des temps et des lieux indéterminés. On ne peut pas le classer parmi les néo-réalistes qui décrivent la vie quotidienne dans sa trivialité et parfois sa grisaille, et dont le meilleur exemple reste Chi Li. Le plus souvent, on rattache Mo Yan à la « littérature de recherche des racines », qui s'est développée à partir du milieu des années 1980, mais comme ce courant n'existe plus aujourd'hui en tant que tel, on ne peut pas le cantonner à cela. Quant aux techniques modernistes qui apparaissent dans ses romans, il est difficile de les lui attribuer en propre, dans la mesure où presque tous les écrivains importants de la même époque les ont utilisées à des degrés différents.

    « La Capitale déchue » de Jia Pingwa. © Stock

    Quelles sont les grandes thématiques et les caractéristiques de la littérature chinoise contemporaine ?

    Difficile à résumer en quelques mots. Parmi les phénomènes les plus récents, on peut citer le développement de la littérature « urbaine » - qui évoque la vie dans les métropoles, et plus seulement dans les campagnes, sujet traditionnel - et la vogue des grandes fresques qui revient sur l'histoire de la Chine des cinquante ou cent dernières années. Du point de vue du style, la brutalité de l'écriture reste un trait assez frappant.

    Le jury Nobel a comparé Mo Yan à Faulkner et à Gabriel Garcia Marquez. Est-ce que ces comparaisons vous paraissent pertinentes ?

    Oui, bien sûr, ces rapprochements sont pertinents aussi bien pour ce qui est des changements de point de vue dans la narration que de l'intrusion de l'irrationnel et des croyances locales. Pour ce qui est de la ressemblance avec Faulkner, on a eu tendance aussi à faire un parallèle entre le comté de Yoknapatawpha et le district de Gaomi où se passent la plupart des romans de Mo Yan. Toutefois, ce type de comparaison a toujours quelque chose d'un peu étrange, car c’est comme si le lecteur occidental ne pouvait pas lire un roman chinois sans l'aide de ces parallèles. On ne le ferait pas dans le sens inverse ! Il serait plus intéressant de voir comment ces modèles littéraires ont encouragé Mo Yan à débrider sa propre imagination et à faire entrer dans ses romans tout un imaginaire charnel, irrationnel, carnavalesque qui lui vient directement de son expérience des campagnes chinoises.

    « Je suis l'empereur de Chine » par Su Tong. © Philippe Picquier

    En quelle langue les Chinois lisent-ils les écrivains occidentaux ? En chinois ? En anglais ? Les Faulkner, les Marquez, les Le Clézio sont-ils accessibles facilement ?

    En chinois. Très peu d'entre eux sont capables de lire une langue étrangère. Toute la littérature occidentale est facilement accessible en traduction depuis une trentaine d'années.

    Est-ce que la littérature française exerce une influence sur l’imagination des écrivains chinois contemporains ?

    Ce n'est pas une influence particulièrement marquée aujourd'hui, me semble-t-il, moins en tout cas que dans les années 1930, où on se référait volontiers à Zola, Flaubert, Rousseau ou Maupassant !

    La notion d’engagement, au sens où Mao Zedong l’entendait quand il parlait d’art prolétarien, a-t-elle encore une actualité pour les écrivains chinois ?

    J'espère que non ! Ce que vous appelez l'art prolétarien prôné par Mao Zedong était en fait une littérature de propagande destinée à asseoir la légitimité du parti communiste. Il ne s'agissait pas d'engagement, mais d'une contrainte exercée sur les artistes.

    Quels sont les livres de Mo Yan qu’il faut absolument lire selon vous ?

    Là encore, difficile de choisir. Disons, parmi les romans, ceux que j’ai déjà mentionnés : Le Sorgho rouge, Beaux seins, belles fesses

    _________________________

    Les romans chinois cités :

    Les Treize pas, par Mo Yan. Le Seuil. 1995.
    Le Sorgho rouge, par Mo Yan. Actes Sud, 1990.
    Beaux seins, belles fesses, par Mo Yan. Le Seuil. 2004.
    Brothers, par Yu Hua. Actes Sud. 2008.
     

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