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    Chine-Japon: quarante ans de «je t'aime, moi non plus»

    media L'île d'Uotsuri fait partie des îles Senkaku que se disputent le Japon et la Chine. REUTERS/Kyodo

    Les navires chinois ont poursuivi leurs patrouilles ce week-end en mer de Chine orientale. Pékin ne relâche pas la pression autour des îlots Senkaku-Diaoyu revendiqués par les deux pays, alors que les deux capitales célébraient l’établissement de leurs relations diplomatiques il y a 40 ans.

    Les cérémonies de ce quarantenaire n’ont pas cessé d’être repoussées depuis septembre dernier. Et comme, à l’habitude, ce sont les pandas chinois qui sont venus jouer les médiateurs ce dimanche. Sept lycéens de Tokyo ont été désignés comme « ambassadeurs des pandas » en mémoire de l’arrivée en 1972, de deux pandas géants au zoo de la capitale japonaise. Kang Kang (le mâle) et Lan Lan (la femelle) sensés incarner l’amitié nouvelle entre les deux pays.

    « La Chine, à l'époque était extrêmement satisfaite d'établir des relations avec Tokyo, explique Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. C'était d'abord une victoire diplomatique et puis surtout, ça a ouvert la voie à une politique que les Chinois aujourd'hui ont beaucoup de mal à reconnaître, mais qui a été une politique d'aide au développement de la part du Japon à la Chine dans des proportions absolument considérables, et qui ont permis de mettre en place des infrastructures quand la Chine a commencé à s'ouvrir avec l'arrivée au pouvoir de Deng Xiao Ping ».

    25 septembre 1972

    Les cérémonies a minima de cette année contrastent donc avec les gong et la fanfare de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et le Japon il y a 40 ans. Nous sommes en 1972, les Japonais ont été surpris par la visite du président Richard Nixon en Chine. Face à ce revirement américain, très vite les diplomates nippons emboîtent le pas. Le 25 septembre 1972, le Japon abandonne Taïwan pour la Chine populaire. C’est une victoire diplomatique pour Pékin qui en échange a mis un mouchoir sur sa demande de remboursement des dommages de guerre.

    La suite, on l’a connait : la Chine « usine du monde » va accueillir les multinationales nippones. Les échanges s’accélèrent avec une grande interdépendance des économies des deux géants asiatiques. Aujourd’hui encore, 25% des exportations japonaises vont vers la Chine même si on a pu noter un net refroidissement pendant les manifestations antijaponaises en septembre. La demande pour les véhicules de marques japonaises est en recul. Les constructeurs nippons ont dû suspendre temporairement leur chaîne montage, avec cette image forte d’un PDG de Toyota contraint à faire demi-tour en plein ciel. C’était le 27 septembre dernier, le patron du groupe nippon voulait visiter les usines Toyota de Tianjin. Son avion n’a pas pu se poser officiellement en raison « d’exercices aériens » dans la zone.

    Bataille de la mémoire

    L’incompréhension entre les populations s’est également renforcée. Selon les sondages, 70 à 80 % des Japonais disent aujourd'hui avoir peur de la Chine. Côté chinois, dans une enquête publiée par le Quotidien chinois de la justice le 11 septembre dernier, 60 % des élèves de primaires interrogés affirmaient « ne pas aimer les Japonais ». C’est le poids de l’histoire et de la colonisation japonaise, mais c’est aussi un manque de volonté de part et d’autre d’approfondir les relations via les échanges culturels notamment.

    « On a aujourd'hui un engagement à deux vitesses avec deux pays qui sont complètement interdépendants économiquement, analyse Yves Tiberghien, professeur à l’Université de Colombie britannique de Vancouver où il dirige l’Institut pour la recherche sur l’Asie. Dans l'espace des dix dernières années, le Japon a basculé d'une dépendance envers le marché américain, sur une dépendance sur le marché chinois. Et par contre sur le plan de la compréhension des peuples, de la mémoire historique ou de l'engagement politique mutuel, c'est un engagement qui est très faible ».

    Les forces japonaises entrent en Mandchourie, en septembre 1931. Wikipedia

    Le développement à deux vitesses des relations Chine/Japon, basé essentiellement sur l’économie, n’a pas permis de soigner les blessures de l’histoire. La guerre de la mémoire autour des îles Senkaku/Diaoyu s’est également manifestée au travers des manuels scolaires. En juin 1982, le remplacement du mot « invasion » par le mot « expansion » pour décrire l’entrée des troupes nippones en Mandchourie (nord de la Chine) dans un manuel d’histoire au lycée va réveiller la colère de Pékin.

    Même chose quand le Premier ministre japonais, Nakasone Yasuhiro, va se rendre au sanctuaire de Yasukuni en août 1985 où est honorée la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, dont celle de 14 criminels de guerre.

    Une bataille de la mémoire qui se poursuit aujourd’hui, quand Pékin annonce la préparation de 80 volumes sur le procès de Tokyo, l’équivalent asiatique du procès de Nuremberg pour les criminels de guerre japonais. La publication a été annoncée en fin de semaine dernière par le China Daily à la suite d’une énième protestation chinoise contre la visite de responsables politiques japonais au sanctuaire de Yasukuni.

    Nationalisation des îles

    La nationalisation des îles Senkaku/Diaoyu à la rentrée avait également provoqué la fureur des Chinois, avec des manifestations dans plusieurs villes du pays. Des rassemblements autorisés par le pouvoir malgré les débordements, et notamment l’agression de conducteurs de véhicules de marques japonaises.

    « C'est un conflit historique, explique Yves Tiberghien. Ces îles étaient dans la sphère territoriale chinoise entre 1400 et 1895 même si la Chine ne les avait pas peuplées. Et ça a été pris par la force pendant la guerre sino-japonaise en 1895. Le Japon a oublié le reste de ces histoires. Et donc pour le Japon ça fait déjà 130 ans qu'elles sont japonaises, alors que du côté de la Chine ils ont envie de récupérer ces îles qui sont administrées par le Japon aujourd'hui ».  

    Ce conflit historique autour des « îles de la discorde » marque un renversement de la stratégie chinoise vis-à-vis de Tokyo. Le Japon, qui était devenu un allié sous Mao alors que l’ennemi pour Pékin était à l’époque l’URSS, est redevenu un rival. La Chine, deuxième puissance économique du monde, a de nouveau des rêves de grandeurs et cherche à affirmer sa suprématie dans les mers de Chine, ce qui provoque, depuis deux ans, des tensions également avec les Philippines, le Vietnam et, dans une moindre, mesure avec la Corée du Sud.

    Quête de légitimité

    La découverte récente de ressources en hydrocarbures autour des îles de la discorde a souvent été avancée au Japon pour expliquer les revendications territoriales de Pékin. Mais ce sont surtout les ressources naturelles en poissons qui intéressent la Chine. Le pays s’est enrichi, la demande augmente, mais les ressources halieutique se raréfient et les pêcheurs chinois sont obligés d’aller de plus en plus loin. Il y a également des raisons de politique intérieure. Dans un pays sans élections, le Parti communiste chinois est obsédé par la question de sa légitimité.

    « L'objet ennemi Japon pour le régime chinois aujourd'hui est un objet utile en ce qui concerne la légitimité du pouvoir qui s'appuie sur le rappel constant du passé de la guerre, commente Valérie Niquet. Quand on va en Chine, on ne peut passer une semaine sans voir deux ou trois fois au moins un signe de guerre contre le Japon et donc en permanence on rappelle cette période là. On n'aura pas de solution fondamentale sur cette question tant que le régime n'aura pas évolué en Chine ».

    Qui de la Chine ou du Japon est le plus nationaliste ? En réalité, le nationalisme est de nature différente. La semaine dernière, le gouverneur de Tokyo a démissionné. A 80 ans, Shintaro Ishihara, qui était en poste à Tokyo depuis 1999, veut fonder un nouveau parti. Ce nationaliste très influent au Japon a poussé pour la nationalisation de l’archipel Senkaku, provoquant la crise avec Pékin. Un « nationalisme de leader » tout aussi dangereux à en croire le professeur Tiberghien :

    « Le nationalisme japonais, c'est un nationalisme créé par des leaders. D'ailleurs, dans les années 1980-1990, l'opinion envers la Chine était bien plus positive au Japon que dans les pays européens ou aux Etats-Unis. En Chine, par contre, c'est l'inverse. C'est une opinion publique, même sans le Parti communiste, qui a la mémoire de la guerre tellement profonde. Donc, pour moi, le facteur le plus dangereux se sont les leaders japonais ».

    Dimanche, pendant la nomination des nouveaux ambassadeurs à Tokyo, le ministère japonais de la Défense a annulé une simulation de débarquement sur les îles Senkaku/Diaoyu prévu avec la marine américaine. La tension est toutefois loin d’être retombée. Pékin fait ainsi savoir qu’il n’y aura pas rencontre entre les Premiers ministres chinois et japonais en marge du sommet Asie-Europe les 6 et 7 novembre prochain.

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