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    Asie-Pacifique

    La petite musique d'Amit Chaudhuri

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    Avec Les Immortels, son nouveau roman traduit en français, le romancier indien Amit Chaudhuri poursuit sa quête de l’ordinaire à travers le chaos social indien. Evitant scrupuleusement le baroque et le spectaculaire, il construit une fiction qui traque le sens dans le prosaïsme complexe du quotidien.

    « Le récit triomphal de l’écriture indienne en anglais m’ennuie, écrit le romancier indien Amit Chaudhuri ; personnellement, en tant que lecteur et écrivain, je ne m’y identifie pas. » Bien qu’il soit le produit historique de la nouvelle vague des lettres anglophones indiennes, qui débute avec le triomphe international des Enfants de minuit de Salman Rushdie en 1981, Chaudhuri s’est toujours défini comme un écrivain anti-Rushdien, anti-baroque, se situant résolument dans la tradition intellectuelle panindienne qui englobe les écrivains indiens en langues vernaculaires et en anglais.

    Les meilleurs représentants de cette tradition ont pour noms Rabindranath Tagore, Satyajit Ray, Premchand, Mahasweta Devi, Nirad Chaudhuri, R.K. Narayan ou Ananthamurthy. Ces auteurs qui ont tous profondément marqué les lettres indiennes contemporaines ont redéfini la modernité sous-continentale, moins comme une rupture avec les anciennes traditions qu’en termes de reconfiguration critique des données de l’imaginaire, moins comme un emblème de l’Orient monolithique que plutôt comme un phénomène né de « la longue et souterraine histoire de curiosité et d’ouverture » entre l’Orient et l’Occident. Cette démarche est à l’origine de leurs œuvres nuancées, ironiques, universelles sans exotisme facile et spectaculaire.

    Romancier, poète et musicien

    Des qualificatifs qu’on pourrait appliquer aux récits de Chaudhuri, des récits en demi-teintes qui traquent le sens dans les rumeurs de l’Histoire plutôt que dans ses turbulences et ses bouleversements. Mais Chaudhuri n’est pas seulement un romancier, il est aussi poète, critique littéraire, librettiste et, last but not least, musicien. Né dans une famille d’amateur de musique et de bel canto, l’homme s’est lui-même entraîné au chant classique indien, avant de fonder sa troupe qui continue de donner régulièrement des récitals mêlant les « ragas » et les traditions musicales occidentales.

    La musique hante aussi les intrigues de ses romans, affirmant sa présence mélancolique, parfois dès le titre, comme dans les romans Ragas d’après-midi et Freedom Song. Son nouveau roman, Les Immortels, qui vient de paraître en traduction française, ne déroge pas à la règle et fait de la musique un élément majeur de sa narration subtile et complexe du devenir indien. Il s’agit du sixième livre de fiction sous la plume de cet auteur atypique qui partage aujourd’hui sa vie entre l’Angleterre et l’Inde.

    Originaire du Bengale, Chaudhuri a longtemps vécu à Bombay, avant de partir faire des études à Londres puis à Oxford. Il s’est fait connaître en 1991, en publiant A strange and sublime address. Ce livre est composé d'un court roman nostalgique suivi de neuf nouvelles qui sont autant de saynètes dépeignant avec sensibilité les heurs et malheurs de la classe moyenne bengalie. Le style d’orfèvre de ces récits frappe l’imagination et a valu à l’auteur de nombreux prix prestigieux (Commonwealth Writers’ Prize, Betty Trask Award).

    Des récits d’exil et de pérégrinations spirituelles

    Cinq romans et recueils de nouvelles ont suivi depuis. Ils ont permis à Chaudhuri de perfectionner son écriture impressionniste propre à ses récits d’exil et de pérégrinations à travers des paysages intérieurs. Influencé par ses lectures de la poésie de D.H. Lawrence et des poètes anglais contemporains, il donne à lire entre les lignes de sa prose lyrique le désespoir, l’angoisse et les incertitudes de l’homme moderne assailli de doutes.

    Dans son dernier roman, Chaudhuri met en scène deux familles indiennes, avec pour cadre historique le Bombay des années 1980. Sur près de 400 pages, le romancier raconte l’évolution de ces deux familles, réunies par l’amour de la musique. Dirigeant d’entreprises, les Sengupta mènent une vie de luxe, calme et volupté sur les hauteurs de Bombay d’où ils ont une vue exceptionnelle sur la mer d’Arabie. Les Lal, venus du Rajasthan, sont, eux, des musiciens qui monnaient leurs talents pour survivre tant bien que mal, en marge de la jungle urbaine. Fils d’un grand chanteur classique, Shyam Lal donne des cours de chant à Madame Sengupta. Celle-ci est dotée d’une très belle voix, mais il lui manque la sophistication et le « pedigree » pour s’imposer dans le monde de la musique traditionnelle classique. La musique est au cœur de ce roman, tout comme des questionnements sur sa commercialisation et la place de l’art dans la vie d’un peuple.

    Les Immortels est le sixième roman sous la plume de l'Indien Amit Chaudhuri. Aux Forges de Vulcain

    Comédie de mœurs, Les Immortels se lit aussi comme un récit de formation, avec la narration centrée sur le jeune fils des Sengupta, Nirmalya, qu’on voit grandir, s’arracher aux influences de son milieu, avant de partir en Angleterre poursuivre des études de philosophie. Chaudhuri qui a été adolescent à Bombay a mis beaucoup de lui-même dans le portrait impressionniste qu’il a brossé de son jeune protagoniste, fragilisé comme lui par sa santé chancelante (un souffle au cœur) mais aussi par les menaces de l’effondrement social et économique dont les signes abondent tout au long du récit. Les correspondances biographiques ne s’arrêtent pas là. Chaudhuri prête aussi à son héros son identité cosmopolite et surtout sa passion immense pour la musique vécue comme un « sentiment du possible ».
    On est loin dans ces pages du « grand roman indien » dans le style de Shashi Tharoor ! Ni récit baroque, ni épopée, ni saga familiale et générationnelle, Les Immortels font résonner la petite musique devenue la marque de fabrique de Chaudhuri. Une petite musique aussi envoûtante qu’originale !


    Les Immortels, par Amit Chaudhuri. Traduit de l’anglais par Simone Manceau. Ed. Aux Forges de Vulcain. 399 pages. 19,90 euros.

    A lire aussi, les précédents romans de Chaudhuri aux éditions Picquier : Une étrange et sublime adresse (2004), Râga d’après-midi (2005), Freedom Song (2006), Un monde nouveau (2007).

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