CAMBODGE - 
Article publié le : vendredi 01 février 2013 à 20:36 - Dernière modification le : lundi 25 février 2013 à 11:23

Les funérailles de Norodom Sihanouk, un tournant pour le Cambodge

Un officiel tenant un portrait du roi défunt Norodom Sihanouk, lors de ses funérailles à Phnom Penh, ce vendredi 1er février.
Un officiel tenant un portrait du roi défunt Norodom Sihanouk, lors de ses funérailles à Phnom Penh, ce vendredi 1er février.
REUTERS/Damir Sagolj

Par Juliette Gheerbrant

Les funérailles officielles de l’ancien roi Norodom Sihanouk ont débuté dans le faste au Cambodge ce vendredi 1er février. Une procession a accompagné le corps du monarque jusqu’au parc où sa crémation aura lieu lundi. Le décès du monarque le 15 octobre dernier à Pékin marque un tournant historique pour le pays. La population s’est massivement rassemblée derrière son icône.

Norodom Sihanouk monte sur le trône en 1941, lorsque le pouvoir colonial français lui remet la couronne. Il conduit le pays vers l’indépendance, acquise en 1953, et traverse ensuite tous les soubresauts de l’histoire mouvementée et tragique du Cambodge, malgré deux périodes d’exil et deux restaurations.

Le parcours de celui que l’on appelle « le Père sacré de la nation », car il a su préserver l'unité du royaume, n'a pas toujours fait l'unanimité de son vivant.

Sa disparition a toutefois suscité une immense émotion collective, et Norodom Sihanouk rassemble davantage les Cambodgiens aujourd’hui qu’il ne l’a fait de son vivant.

Son soutien aux Khmers rouges : « un pacte avec le diable »

Grand reportage

Le début du règne de Norodom Sihanouk est celui d’un monarque absolu. Dès les années 1950, il connaît d’ailleurs une opposition républicaine. Ces années de paix sont considérées comme un âge d’or contrastant avec les périodes sombres qui allaient suivre.

Norodom Sihanouk réprime sévèrement ses opposants. Dans les années 1960, il n’hésite pas à faire exécuter beaucoup de militants politiques pro-vietnamiens. Mais la page la plus noire de son histoire est sans aucun doute le soutien qu’il accorde au régime des Khmers rouges. En exil en Chine après l’invasion du pays par le Vietnam, il choisit, comme il le dit lui-même, de « faire un pacte avec le diable » pour résister à l’occupation.

Le Cambodge sans « Monseigneur papa »

Le 7 octobre 2004, Norodom Sihanouk -  dit « Monseigneur papa » - abdique en faveur de son fils Norodom Sihamoni. Il n’en reste pas moins présent dans la vie publique, notamment en échangeant publiquement sur internet avec un mystérieux correspondant des Pyrénées françaises, à qui il fait dire ce qu’il pense de la politique du gouvernement en place.
Avec le règne de Norodom Sihamoni, la monarchie constitutionnelle n’a plus qu’un rôle de représentation. La disparition de son père ne change rien, aujourd’hui, à la vie politique du pays.

Hun Sen, autocrate à la poigne de fer

L’homme fort du Cambodge est depuis longtemps déjà le Premier ministre Hun Sen. Il dirige le Cambodge d’une main de fer. Si l’économie connaît une croissance soutenue, la population est confrontée à une inflation galopante. La corruption sévit à grande échelle, les droits de l'homme sont bafoués, la justice quasi inexistante.

Le principal fléau auquel est confrontée la population est la pratique des expropriations forcées.

La Ligue cambodgienne des droits de l’homme estime à 400 000 le nombre de personnes chassées violemment de leurs terres, en échange d’une indemnisation purement symbolique, au profit de groupes privés qui convoitent l’exploitation du bois ou du caoutchouc.

Tensions politiques à l’approche des élections

Les prochaines élections législatives se dérouleront en juillet 2013. Hun Sen a réussi à affaiblir considérablement l’opposition, notamment en contraignant son principal dirigeant, Sam Rainsy, à l’exil.

Mais cette dernière se réorganise et compte sur les pressions de la communauté internationale. Par ailleurs, le Premier ministre doit faire face à des rivalités et dissensions internes à son parti, le Parti du peuple cambodgien.

Hun Sen a donc tout intérêt, aujourd’hui, à rassembler le pays autour de l’héritage de Norodom Sihanouk, figure majeure de l’Asie du XXe siècle, bien au-delà des frontières du petit pays.

Le cercueil doré et couvert de chrysanthèmes blancs de Norodom Sihanouk est sorti du palais royal en grandes pompes vendredi matin. Le corps a été gardé plus de trois mois dans le cercueil, selon la plus pure tradition angkorienne.
RFI / Anne-Laure Porée
Des danseuses apsaras, incarnation de nymphes célestes, accompagnent le cercueil du souverain dans sa dernière procession. Sihanouk a contribué à faire connaître au monde le Ballet royal en l'amenant dans ses voyages diplomatiques. da
RFI / Anne-Laure Porée
Le cortège s’est ébranlé dans le tonnerre de 101 coups de canons pour entamer un procession de plusieurs kilomètres dans la capitale avant de rejoindre le Veal Men, un pavillon construit dans des temps record où il sera incinéré le 4 février.
RFI / Anne-Laure Porée
Norodom Sihamoni, fils de Sihanouk et actuel roi du Cambodge, au côté de sa mère, la reine Monineath (ou Monique). La reine Monineath fut la sixième femme de Norodom Sihanouk.
RFI / Anne-Laure Porée
La foule était au rendez-vous du cortège le long du boulevard Norodom, une des principales artères de Phnom Penh. Au bout de ce boulevard émerge la silhouette du monument de l’Indépendance que Sihanouk avait fait construire dans les années 1950.
RFI / Anne-Laure Porée
Les Cambodgiens étaient vêtus de blanc et de noir, les couleurs du deuil au Cambodge. Ils arboraient tous un ruban noir, bien souvent accompagné d’une broche à l’effigie de Sihanouk et des images de l’ancien roi.
RFI / Anne-Laure Porée
Pas de sourire ni d’acclamation au passage des chars et du cercueil mais plutôt des larmes pour ceux qui regrettent le roi-père, autrefois appelé «Monseigneur papa», qu’ils gratifient d’avoir toujours voulu le bien de son peuple.
RFI / Anne-Laure Porée
Les bonzes vêtus couleur safran et couleur ocre représentent les deux ordres du bouddhisme qui est religion d’Etat au Cambodge. Les bonzes sont présents mais pas en grand nombre pendant ces funérailles.
RFI / Anne-Laure Porée
La tradition des funérailles royales veut que les minorités du pays défilent à pied, en amont du cercueil. Les minorités dites «des Hauts plateaux» ouvrent la parade suivies par les Chams, les Chinois, les Vietnamiens...
RFI / Anne-Laure Porée
Le cercueil passe devant le monument de l’Indépendance, rappelant que Sihanouk obtint des Français l’indépendance du Cambodge en 1953, sans la moindre effusion de sang.
RFI / Anne-Laure Porée
Parmi les chars qui composent la procession, se trouvent trois chars à tête d’animal mythique. Celui portant le portrait de Sihanouk est le char à tête de lion; celui transportant le Premier ministre (après le cercueil) a la forme de l’oie mythique
RFI / Anne-Laure Porée

    Pour en savoir plus

    Trente ans depuis Pol Pot - Le Cambodge de 1979 à 2009, de Raoul-Marc Jennar, aux éditions l'Harmattan, 2010.

    Cambodge, vers de nouvelles tragédies, de Dominique Luken Roze, préface de François Ponchaud, aux éditions l’Harmattan, 2005.

    Le site Asia Observer, tenu par le Pr Jacques de Goldfiem.

     

     

    tags: Cambodge - Norodom Sihamoni
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