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    Asie-Pacifique

    L’Indien Anand Patwardhan ou l’art de raconter l’histoire de gens réels

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    Le cinéaste documentaire indien figure parmi les plus grands de son pays. Le Cinéma du réel au Centre Pompidou permet à travers la rétrospective Anand Patwardhan : à l’œuvre de se faire une image de son œuvre qui oscille entre l’art, la politique et l’engagement. Jusqu’au 31 mars nous attendent une dizaine de ses films des derniers 40 ans dont son nouveau documentaire Jai Bhim Comrade, projeté ce 27 mars.

    Ecouter les explications d’Anand Patwardhan sur son nouveau film "Jai Bhim Comrade". 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Jai Bhim Comrade, c’est un film qui dure trois heures et que vous avez tourné pendant 14 ans. Pourquoi le tournage était si long ?

    Il fallait déplier une histoire très complexe. Pour cela, j’ai eu besoin ce temps. Et dans la vie réelle, il n’y a jamais une fin. J’ai décidé de finir ce film après 14 ans, mais l’histoire aborde beaucoup de choses, entre autres des décisions judiciaires qui ont mis ce temps. J’ai commencé le film en 1997, après un événement où la police avait tué dix personnes lors d’une manifestation. [La police avait tiré sur des manifestants non armés. Ils protestaient après que la statue de Babasaheb Ambedkar, le héros du mouvement des intouchables et le principal rédacteur de la constitution de l’Inde, avait été vandalisée et dénigrée avec un collier de chaussures, ndlr]. Beaucoup de temps était nécessaire pour obtenir la justice. La police avait accusé les témoins pour empêcher le procès et pour faire obstruction. Pendant tout ce temps, j’ai exploré la musique des protestations des dalits de Maharashtra, une population qui est considérée comme la caste des intouchables en Inde.
     
    C’est une histoire personnelle qui vous a mise sur l’histoire de ce mouvement de protestation des dalits. Un ami à vous, Vilas Ghogre, un poète et chanteur très connu qui avait fait en 1985 une apparition dans votre film Bombay : Our City, s’est suicidé après les événements de 1997. Dans votre film, vous essayez de comprendre ce geste ultime et le contexte dans lequel il s’est déroulé. Est-ce que ce sont souvent des faits autobiographiques qui déclenchent chez vous la réalisation d’un film ?
     
    Je ne suis pas un réalisateur qui cherche pour faire un film. Je ne me force pas de faire des films, mais souvent il y a quelque chose qui se passe et m’oblige à faire un film. Lorsque Vilas Ghogre s’est suicidé, je voulais savoir pourquoi. Le film essaie de donner une réponse qui s’étale sur une longue période de temps. Mais en racontant l’histoire de Vilas Ghogre, je raconte aussi l’histoire de cette communauté, l’oppression que les dalits subissent, et aussi la force de leur musique.
     
    Racontez-vous vos histoires souvent à partir de la musique, comme cela est aussi le cas dans beaucoup de films indiens ?
     
    Non, c’est complètement différent. La musique dans les films de Bollywood a un but commercial et elle est exclusivement créée à des fins de divertissement. Dans ces films, il y a d’abord la musique et l’histoire vient après. Dans mes films, j’utilise beaucoup de musique, dans ce film plus que jamais, mais il s’agit toujours de la musique des gens dont je raconte l’histoire. Ce n’est pas une musique de fonds pour créer des effets.
     
    La musique dans Jai Bhim Comrade raconte l’histoire et la vie des dalits, mais aussi les fondements de la Constitution indienne où Ambedkar avait inclut la prohibition de toutes formes de discrimination, tant envers les intouchables hors-castes qu'envers les femmes, et la liberté de religion. Des promesses non tenues et que les musiciens dalits revendiquent contre le gouvernement. Qu’est-ce qui s’est passé après le film avec le groupe de musiciens qui chantent à la fin du film et qui sont pourchassés par la police à cause de leur engagement ?
     
    Ces jeunes musiciens ont été forcés à entrer dans la clandestinité, parce que le gouvernement les traite comme des rebelles maoïstes. Ce sont des gens qui sont censés d’appartenir aux castes inférieures qui luttent contre l’injustice et ils chantent des chansons engagées qui sont très puissantes. Aujourd’hui, le gouvernement indien a peur des chansons protestataires et engagées. Ces musiciens qui sont entrés dans la clandestinité ne vont jamais utiliser des armes, ils chantent des chansons pour les gens. Aujourd’hui, le danger en Inde est que l’espace démocratique se rétrécit. Quand le gouvernement devient si intolérant et ne permet plus d’espace pour protester, à ce moment il encourage les gens de devenir des révolutionnaires.
     
    Scène dans "Jai Bhim Comrade" (180 minutes, 2012, Inde), documentaire de Anand Patwardhan. Cinéma du réel
    Quel est l’impact de films documentaires en Inde et de vos films en particulier ?
     
    On peut uniquement parler d’influence quand les films sont largement diffusés. Je peux uniquement parler de l’impact sur les gens qui regardent mes films et où je peux constater l’impact : les gens changent leur avis, leur pensée, ils regardent les choses d’une autre manière. Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui regardent des documentaires. Ce sont des millions, mais ce n’est pas assez pour avoir un poids politique dans un pays comme l’Inde avec 1,2 milliards d’habitants. Pour avoir un impact, les films devraient être programmés par les télévisions et les salles de cinéma. Aujourd’hui, je fais mon mieux, comme mes amis et des activistes politiques qui montrent ces films, mais pour faire le poids en Inde, on aurait besoin d’un autre système.
     
    Comment vos films sont-ils montrés ?
     
    Il y a des milliers de DVD qui circulent, en beaucoup de langues, mais cela n’est pas suffisant. Vous pouvez mettre les films en lignes, mais combien de personnes ont accès à l’internet ? C’est un pourcentage très faible. Alors quand quelqu’un me demande si mes films changent quelque chose, honnêtement, je peux affirmer que c’est le cas concernant des individus, mais ils n’ont pas eu d’influence sur la réalité politique.
     
    Dans vos films vous parlez du soulèvement des habitants de Bihar, de l’état d’urgence imposé par Indira Gandhi dans les années 1970, de déplacement des enfants d’un taudis pour des raisons économiques, des relations difficiles entre les sikhs, les hindous, les bouddhistes, les musulmans… Est-ce que vous êtes confronté à la censure ?
     
    Je suis en permanence confronté à la censure, parce que, en Inde, chaque film doit être autorisé. On doit se procurer d’un certificat officiel pour obtenir l’autorisation de le montrer. Bien sûr, on peut le montrer d’une manière illégale, mais j’ai toujours lutté pour obtenir le certificat, même s’il fallait souvent se battre longuement devant la justice. On n’a jamais cédé, on n’a jamais permis de couper une partie d’un film. Tous les films ont été projetés comme ils étaient conçus. Pour réussir cela, on a gaspillé beaucoup de temps devant les tribunaux. Mais après avoir obtenu le certificat, on constate que la plus grande censure est le marché ! La véritable censure est que les gens qui ont l’argent, qui possèdent des théâtres, qui contrôlent des chaines de télévisions, ils ne veulent pas montrer ce genre de films. Concernant la télévision publique, nous avons, par exemple, gagné une décision devant la justice pour qu’un film soit montré à la télé publique, mais seulement après un recours devant le tribunal.
     
    Au Cinéma de réel vous avez déjà gagné le Prix spécial du jury. C'était en 1986 avec Bombay : Our City. Quel était la carrière de ce film et qu’est-ce que cela change pour vous de montrer votre nouveau film à Paris ?
     
    C’est une chose très drôle. Ce prix du cinéma du réel, je l’avais gagné il y a 27 ans ! Depuis ce temps-là, j’ai réalisé beaucoup d’autres films comme vous pouvez voir dans la rétrospective. Sauf que tous ces autres films ont été refusés par les festivals en Europe, y compris par le Cinéma du réel. Le problème, en Inde, aux Etats-Unis, en Europe, ce sont ceux qui font la sélection. Quand vous racontez une histoire politique, même dans les festivals de cinéma et certainement à la télévision, les gens pensent que l’art et la politique sont deux choses différentes. Quand vous racontez l’histoire de gens réels qui font la différence, souvent ceux qui font la sélection pensent que ce n’est pas de l’art.
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    Découvrez le programme de la 34e édition du Cinéma du réel, au Centre Pompidou à Paris, du 21 au 31 mars.

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