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Article publié le : samedi 06 avril 2013 à 18:30 - Dernière modification le : dimanche 07 avril 2013 à 11:58

Bangladesh: des islamistes réclament la pendaison de blogueurs athées

Le 6 avril, entre 200 000 et 500 000 manifestants réclament la pendaison de blogueurs athées à Dacca, au Bangladesh.
Le 6 avril, entre 200 000 et 500 000 manifestants réclament la pendaison de blogueurs athées à Dacca, au Bangladesh.
© Reuters / Andrew Biraj

Par RFI

Entre 200 000 et 500 000 manifestants musulmans ont défilé dans les rues de Dacca, au Bangladesh, samedi 6 avril. Ils réclament la pendaison de blogueurs athées. Le mouvement islamiste à l'origine de cet appel, le Hefajat-e-Islam, appelle à la grève générale à partir de lundi.

Au Bangladesh, islamistes et athées se déchirent depuis des mois. L'objet de la querelle : ce tribunal chargé de juger des responsables islamistes accusés de crimes pendant la guerre d'indépendance il y a plus de quarante ans.

Les islamistes ont frappé un grand coup samedi 6 avril dans la capitale, Dacca, en organisant une manifestation qui a réuni 200 000 personnes selon la police, 500 000 selon les manifestants.

Dès vendredi soir, une vingtaine de mouvements athées avaient appelé à une grève générale pour compliquer la venue des manifestants. Eux-mêmes s’étaient positionnés de manière à bloquer le passage, entraînant heurts, blessés et, selon le journal bangladais The Daily Star, la mort d'un responsable local de la ligue Awami, le parti au pouvoir.

Le rassemblement des musulmans a duré plusieurs heures, aux cris de « Dieu est grand, pendez les blogueurs athées ». L'organisateur, le groupe islamiste Hefajat-e-Islam, a menacé de rester à Dacca avec ses partisans jusqu’à l'exécution des blogueurs. Il a appelé tout le pays à une grève générale lundi 8 avril pour protester contre ceux qui ont fait « obstruction » à la manifestation de ce samedi. Il menace également de bloquer Dacca dans un mois, à partir du 5 mai prochain, si le gouvernement n'a pas cédé à ces revendications d'ici la fin du mois d'avril.

« Nous allons les prendre en considération », a déjà réagi le ministre de l'Intérieur bangladais, qui a demandé au Hefajat-e-Islam de lever son appel à la grève générale.

Depuis quelques jours, le gouvernement tente de donner des gages de bonne volonté aux islamistes : arrestations de quatre blogueurs, mise en place d'une commission antiblasphème sur Internet... Insuffisant pour le Hefajat-e-Islam qui a prévu une dizaine de manifestations dans tout le pays d'ici le 5 mai pour maintenir la pression.

Mubashar Hasan

Expert en Islam politique à Doha

Aujourd'hui, on a vu que les combattants de tous les partis islamistes étaient là, et par leur nombre, ils ont envoyé un message aux gens et au monde

 

07/04/2013 par Rosslyn Hyams

Jérémy Codron, politologue spécialiste du Bangladesh : «les stigmates sont toujours portés par les islamistes aujourd’hui, encore plus de quarante ans après».

RFI : Vous êtes politologue spécialiste du Bangladesh au CERI. Pouvez-vous tout d’abord, nous dresser un état des lieux de la situation politique du pays, sachant que le gouvernement actuel est dans sa dernière ligne droite. Les élections sont prévues en 2014.

Jérémy Codron : Début 2014 oui. Donc on est vraiment dans l’année de la campagne électorale, et c’est évidemment un moment de tension très forte entre le parti qui est actuellement au pouvoir, l'Awami League et son opposant, le Parti nationaliste du Bangladesh. En 2006-2007, il y avait déjà eu une crise majeure dans le pays. Les élections avaient été reportées, l’état d’urgence déclaré et finalement l’armée avait pris le pouvoir temporairement pendant deux ans.

Ce dirigeant islamiste de la Jamaat-e-Islami, condamné à perpétuité – et non à mort, comme le réclament les blogueurs – a été reconnu coupable d’avoir collaboré avec l’armée pakistanaise pendant la guerre d’Indépendance de 71. C’est le rôle des islamistes qui resurgit aujourd’hui, dans les tensions qui ont eu lieu ? On peut parler de feu mal éteint ?

C’est en partie cela, tout à fait. La société bengalie, en 71, au moment de l’Indépendance, était vraiment divisée entre les nationalistes qui soutenaient l’esprit de la libération et qui s’opposaient à l’armée pakistanaise, et en particulier les militants islamistes qui ont collaboré activement avec l’armée pakistanaise, et qui étaient notamment une sorte de bras armé local, dans ce que l’on peut appeler des crimes de guerre qui ont été commis en 71. Donc ces stigmates sont toujours portés par les islamistes aujourd’hui, encore plus de quarante ans après.

Le procès de ces islamistes est instruit par le controversé tribunal international des crimes. Est-ce que selon vous, ce tribunal est crédible ou bien il s’agit de procès politique ? En tout cas, pourquoi on a attendu si longtemps ?

On a attendu si longtemps parce qu’il n’y a, finalement, qu’un acteur au Bangladesh, qui veut réellement s’intéresser à ces crimes de guerre et punir les coupables. C’est l'Awami League. Donc, depuis dix ans, il était tout à fait impossible de faire cela. Par ailleurs, il y a eu un rôle assez ambigu de ce parti, vis-à-vis des islamistes. Parfois ils étaient alliés, parfois ils étaient opposés, etc. Et actuellement, l'Awami League veut, disons, redorer son blason nationaliste, pour montrer que c’est le seul parti qui défend les intérêts du pays depuis l’Indépendance, qui est porteuse de l’esprit de libération. Et donc c’est pour cela qu’elle a mis en place ce tribunal.

Il joue quand même un petit peu sur les deux tableaux, puisque à côté de ça, les autorités arrêtent les blogueurs, ciblent des islamistes, des militants athées, pour la plupart accusés de tenir sur leurs blogs des propos anti-religieux. C’est une manière pour le gouvernement, d’apaiser des tensions vis-à-vis d’islamistes dont finalement ils ont quand même besoin ?

Oui. En fait, le gouvernement cherche à jouer le rôle d’arbitre, en prétendant par exemple, qu’il n’a absolument rien à voir avec ce tribunal, alors qu’on sait que ce tribunal est tout de même partisan. Le tribunal n’a rien d’international. C’est une question réellement nationale. C’est un enjeu totalement interne au Bangladesh. Donc, le gouvernement joue sur les deux tableaux. A savoir, essayer de décapiter e-Islami, autant qu’il le peut. Et d’autre part, jouer un rôle d’arbitre, de stabilisateur pour l’ordre social, pour montrer que les élections vont se passer de manière tout à fait transparente et libre.

Les blogueurs athées ont-ils un réel rôle, ont-ils beaucoup de pouvoir ou pas ?

Le mouvement est surtout parti de l’université de Dacca, la plus importante au Bangladesh, qui est vraiment un bastion laïc, un bastion libéral et plutôt de gauche. Donc, ce sont surtout ces blogueurs qui ont été les plus actifs. Des étudiants de l’université de Dacca, des leaders étudiants, toujours très proches du parti au pouvoir l'Awami League.

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