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    Asie-Pacifique

    Baeknyeong-do, l’île sentinelle face à la Corée du Nord

    media L'île est habillée de barbelés. En face du littoral nord, à 15 km, la Corée du Nord. RFI/Frederic Ojardias

    Kim Jong-un l’a désignée comme cible pour son artillerie le 12 mars dernier ; un croiseur sud-coréen a été torpillé au large de ses côtes en mars 2010 : bienvenue sur Baeknyeong-do, l’île sentinelle sud-coréenne qui fait face à la Corée du Nord.

    De notre envoyé spécial sur l'île de Baeknyeong-do,

    « Baengnyeong-do, c’est un couteau sous la gorge du régime nord-coréen ». Bang Chae-yoo mime le geste, doigt sur sa carotide. Ce vétéran de la marine sud-coréenne est devenu employé à bord du Democracy 5, le ferry qui relie en cinq heures l’île au continent. Pour mieux se faire comprendre, il dégaine son smartphone et montre une carte : Baeknyeong-do se situe à 15 km seulement des côtes du Nord, mais à plus de 200 km de celles du Sud.

    L’île est ainsi un avant-poste isolé, transformé en bastion ultra-fortifié par l’armée sud-coréenne. « Sa position est stratégique. Elle permet de protéger la ville d’Incheon et de contrôler la frontière maritime avec le Nord », explique le vétéran.

    « Je ne crois pas que le Nord va attaquer »

    Dans le ferry, un grand nombre de jeunes conscrits, visage poupin et crâne rasé, somnolent devant un feuilleton à l’eau de rose. Retour de permission. « Je me rends bien compte qu’il y a une menace, mais je ne la prends pas au sérieux. Je ne crois pas que le Nord va attaquer », confie l’un d’eux, 21 ans, en poste sur l’île depuis deux mois.

    Sur le quai, de nombreuses jeeps et véhicules militaires attendent. Les civils débarquent, sous l’œil distrait de jeunes marines harnachés et casqués. Aucune tension particulière n’est perceptible. L’île compte 5 500 habitants civils, et un nombre similaire de soldats, dont les effectifs réels sont gardés secrets

    Baeknyeong-do est une île-garnison, quadrillée de bunkers, de barbelés, de patrouilles. Surplombant les rizières, des radars et des antennes ont été installés sur les hauteurs. Les routes du littoral sont neuves et goudronnées, pour faciliter le transport de troupes. Sur des plages, des pieux sont fichés dans le sable, pour prévenir un débarquement ennemi. En fin d’après-midi, plusieurs coups d’artillerie retentissent à travers l’île. L’armée sud-coréenne s’exerce.

    Karaokés et bars à hôtesses

    Dans la bourgade centrale, des jeeps de l’armée passent, sous l’œil indifférent de quelques gamins en uniforme d’écolier. Autre signe de cette imposante présence militaire, le présentoir à journaux de la supérette locale n’offre que deux publications : un magazine pour hommes, et une revue érotique baptisée « Spank ». La rue principale est parcourue de karaokés et de bars à hôtesses, qui attendent les - rares - clients venus tromper leur solitude.

    De façon surprenante, l’île attire aussi des touristes en période de calme. Mais depuis mars et les menaces d’apocalypse brandies par le Nord, « ils annulent tous leurs réservations », se lamente la gérante d’un motel fantôme, déserté par ses clients. « Même lors des tensions de 2010, lors du torpillage d’un croiseur et du bombardement de l’île de Yeonpyeong-do, la situation n’était pas aussi grave », renchérit Park Dong-sik, 54 ans, patron du motel voisin. Ce natif de l’île pense que les médias parlent trop des tensions. Lui ne s’inquiète pas : « Je fais confiance à nos militaires. Je ne partirai jamais. »

    « Les gens ici considèrent qu’ils sont plus en sécurité qu’à Séoul, la capitale », avance même Kim Jin-guk, le chef de la défense civile de Baeknyeong-do. Il est responsable de l’entretien des 89 abris anti-bombes construits à travers l’île. Le plus proche se trouve juste à côté de son bureau, à 17 mètres sous terre.

    Gardé par d’épaisses portes en acier, il est flambant neuf et permet d’accueillir 500 personnes. Tradition coréenne oblige, avant d’entrer, il faut se déchausser et utiliser les espadrilles qui attendent sur une étagère. A l’intérieur : une grande salle nue, des vivres, une cuisine, une télévision, des téléphones. En cas d’alerte, il lui suffira d’appuyer sur un bouton, explique Kim Jin-guk : « Tous les haut-parleurs de l’île ordonneront alors à la population de courir se réfugier. »

    La nonchalance comme réponse

    Une perspective qui semble inquiéter peu d’insulaires, qui mettent un point d’honneur à affirmer qu’ils n’ont pas peur . « Je ne porte aucune attention à ce que dit le Nord. Comme tout le monde ici », affirme une commerçante. Une nonchalance qui sonne comme un défi lancé à l’ennemi nord-coréen si proche.

    Pourtant, sur le petit port de pêche de Sahang, au nord de l’île, la tension est plus palpable. « Je ne peux plus partir pêcher aussi loin qu’avant », regrette Lee Hwan-soon, 58 ans. Assis en tailleur sur le béton du port, face à la Corée du Nord cachée par la brume, il répare ses filets. Ses enfants sont partis il y a longtemps travailler sur le continent. « Ils ne cessent de me demander de quitter l’île. En ce moment, j’y pense souvent. Mais si tout le monde part, que se passera-t-il ? »

    Quelques kilomètres plus loin, sur le port de Gobong, un petit groupe de grands-mères bavardent autour d’un café, protégées du vent du large par d’épais manteaux. « On a plus peur qu’avant », clament-elles en chœur. « Parfois, on entend l’artillerie du Nord. » Elles montrent du doigt la mer, et les côtes nord-coréennes, qu’on aperçoit par jour de beau temps. « Kim Jong-un est pire que son père. On ne peut pas savoir quand sera sa prochaine provocation. » Certaines hésitent à partager leurs craintes à un visiteur étranger, et rient fort pour cacher leur gêne. « Ne nous posez pas ces questions. Nous, on est vieilles. On n’y connaît rien. »

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