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    Asie-Pacifique

    L’arsenal hétéroclite des soldats-paysans nord-coréens

    media

    A la découverte des photos diffusées par le régime nord-coréen de son armée, les avis divergent d’un extrême à l’autre. Si certains s’amusent de la mise en scène, d’autres remarquent la disproportion de « l’armée populaire de Corée du Nord ». L’inventaire des forces de Pyongyang, réalisé chaque année par l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), témoigne de cette démesure.

    En 2013, l’IISS estime que la Corée du Nord dispose de plus de 6 000 blindés en tous genres, de quelque 21 000 pièces d’artillerie, de plus de 500 avions de combat ou encore de 70 sous-marins. En termes mathématiques, l’armada de Pyongyang représente le double de celle de son voisin du sud et figure parmi les plus importantes au monde.

    Encore faut-il regarder dans le détail. Sur l’ensemble de ces matériels, la majorité est totalement obsolète. De conception soviétique ou chinoise, la moitié a été développée pendant les années soixante, l’autre datant d’encore plus loin. Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), remarque par exemple que les sous-marins de classe Romeo ne sont ni plus ni moins que des copies des U-Boot allemands de la Seconde Guerre mondiale. « C’est une stratégie héritée de l’Union soviétique, analyse cette ancien officier général de l’armée de l’air française : on ne jette rien, quitte à accumuler des quantités inouïes de matériels totalement obsolètes. »

    Les Sud-Coréens, à l’inverse, ont profité d’une forte industrialisation et d’un partenariat privilégié avec les Etats-Unis pour acquérir des moyens militaires modernes. « Beaucoup de matériels restent anciens, explique Jean-Vincent Brisset, mais il y a aussi pas mal d’équipements modernes. Le plus ancien des F-16 sud-coréens reste plus récent que le plus jeune avion nord-coréen. »

    Une marée humaine de soldats paysans

    Pyongyang aligne 1,19 million de soldats. Deux fois plus que les forces de la Corée du Sud. L’armée nord-coréenne est divisée en quatre échelons dont le premier est chargé de sécuriser la zone démilitarisée où se trouvent toujours 80% des moyens de destruction. Mieux équipés et mieux entraînés, ces soldats ont pour rôle d’encaisser le choc initial en cas de conflit.

    Pour le reste, les images de la propagande officielle laissent filtrer un certain nombre de lacunes. Sur une vidéo présentant un tir d’artillerie, Jean-Vincent Brisset remarque ainsi la mauvaise position et la mauvaise installation de servants qui semblent cruellement manquer d’expérience.

    Les militaires sud-coréens bénéficient eux d’une formation des plus modernes, notamment dans le cadre d’échanges avec les Etats-Unis. En plus de ses 690 000 soldats, alignés grâce à un service militaire particulièrement long qui dure généralement jusque deux ans, Séoul peut appeler 4,5 millions de réservistes.

    Pyongyang aussi peut compter sur ses réserves : elle peut mobiliser 5,7 millions de miliciens, la « garde rouge des ouvriers et paysans », organisée sur plusieurs échelons locaux. Une marée d’hommes et de femmes dont une bonne partie, selon l’IISS, pourrait ne même pas être armée. Une réfugiée du Nord interrogée par l’agence Reuters, remarque de plus qu’avec l’arrivée du printemps, l’armée va être mobilisée par les tâches agricoles : « La Corée du Nord ne peut pas faire fonctionner son agriculture sans l’armée : la principale tâche de l’armée nord-coréenne est l’éradication de la malnutrition. » Historiquement, les mois de mai et juin sont dédiés pour les militaires aux semis de riz, de chou et autres pommes.

    Une région prioritaire pour l’organisation militaire américaine

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    Washington reste l’un des acteurs-clefs de la crise coréenne. Allié de poids pour Séoul, les Etats-Unis appellent la Corée du Sud à la modération depuis des années : objectif, éviter d’entrer dans le jeu de la provocation de Pyongyang et l’escalade militaire.

    Sur le papier, le budget alloué par l’armée américaine à ses troupes en Corée du Sud est modeste : à peine deux milliards de dollars sur les 700 que compte le budget de la Défense. 22 500 hommes sont présents dans le sud de la péninsule, principalement de l’US Navy et de l’US Air Force. Face à la menace nord-coréenne, ils ne peuvent être dissociés de leurs collègues déployés au Japon et sur l’île de Guam, devenue depuis quelques années le « hub » des forces américaines dans le Pacifique ouest.

    « La région est clairement importante dans la géographie militaire américaine », analyse Jean-Loup Samaan, chercheur au collège de défense de l’Otan et auteur de La menace chinoise, une invention du Pentagone. « Les Etats-Unis font tout pour rassurer leurs alliés ». La croissance des moyens déployés dans cette partie du monde est régulière depuis une bonne décennie. Une intervention militaire serait pourtant particulièrement ambitieuse et risquée pour Washington : l’IISS estime qu’il faudrait déployer 500 à 600 000 soldats pour affronter Pyongyang… soit autant que pendant la première guerre du Golfe.

    Un exercice mené en 2012 par l’armée américaine, Unified Quest, scénarisait une offensive contre un Etat voyou disposant de l’arme nucléaire. Une Corée du Nord imaginaire face à laquelle les militaires se retrouvaient particulièrement en difficulté. La simulation s’est terminée sur des estimations plutôt pessimistes : les Américains pensent qu’ils auraient énormément de difficultés à traverser les défenses de la zone démilitarisée (qui compterait notamment près d’un million de mines) et qu’il faudrait près de deux mois pour sécuriser les sites nucléaires, le tout en courant le risque de voir certaines unités, parachutées ou déployées derrière les lignes nord-coréennes, encerclées par la masse adverse.

    « Il ne faut pas surestimer la capacité balistique de la Corée du Nord »

    Stéphane Delory est chargé d’études à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste des engins balistiques.

    RFI : Quelle est l’ampleur de la menace balistique nord-coréenne ?

    Stéphane Delory : Les Nord-Coréens ont plusieurs gammes de missiles, allant du Scud (300-350 km de portée) au Nodong (jusque 1 500 km). Leur précision varie énormément, de 300-400 mètres pour les premiers jusque 700-800 mètres pour les derniers. Avec des charges conventionnelles, l’intérêt de ces missiles est donc limité.

    En parallèle, il faut prendre en considération le risque chimique, qui compose l’essentiel de l’arsenal nord-coréen. Contre une cible militaire, le manque de précision limiterait l’impact stratégique. Contre une cible civile, comme la ville de Séoul, le potentiel destructeur est conséquent : un Scud peut emporter 5 à 600 kg d’agents toxiques.

    Il faut relativiser la crédibilité d’une charge nucléaire vectorisée sur un missile. Les Nord-Coréens ne disposent a priori pas des moyens nécessaires pour suffisamment miniaturiser une telle arme afin de l’installer sur un missile de longue portée. Ils sont plus certainement capables de concevoir des bombes d’une tonne qu’une tête de 60 kg nécessaire à l’armement d’un tel engin.

    Que sait-on du nombre de missiles dont dispose la Corée du Nord ?

    Les chiffres que l’on nous donne sont invraisemblables. Certains évoquent un millier de missile, toutes catégories confondues. Ils ne prennent pas en compte l’usure de ces armes dont certaines ont été fabriquées il y a 20 ou 30 ans. Leur état reste inconnu. On ne sait pas non plus combien ont du être « cannibalisés » pour l’entretien et le développement des autres.

    Jeudi 11 avril, la presse japonaise s’alarmait de mouvements de missiles Musudan, ceux qui auraient la plus longue portée (3 à 4 000km). Que peuvent signifier ces mouvements ?

    Encore faudrait-il que ce soient des Musudan. C’est une arme dont ils disposent en très petite quantité et dont on ignore le statut opérationnel. Si c’est l’un des rares armements sur lesquels vous comptez, il est peu logique que vous vous amusiez à les promener ici ou là. Il est plus probable que ce soient des Nodong : s’ils en collent un dans le fossé, c’est tout de même moins gênant.

    Les capacités d’interception des Américains sont-elles suffisantes pour stopper un éventuel tir ?

    Un tir de Scud, oui. Le problème, c’est que ce serait une interception terminale : une charge chimique serait malgré tout dispersée dans l’atmosphère. Ce ne serait pas dangereux mais ce ne serait certainement pas très écologique. Sur des missiles plus lourds, les intercepteurs de type Aegis en sont normalement capables, mais les Américains laissent filtrer très peu de données à ce sujet. Il faut comprendre que la stratégie américaine consiste plus à viser une destruction des missiles au sol, avant un tir, plutôt qu’une interception.

    Dans tous les cas, il ne faut pas surestimer la menace balistique et nucléaire nord-coréenne. Ce sont des moyens extrêmement difficiles à mettre en œuvre. Il ne s’agit pas juste d’appuyer sur un gros bouton rouge : les contraintes techniques demeurent, en particulier pour un pays sous surveillance comme la Corée du Nord.

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