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    Asie-Pacifique

    Au Bangladesh, le climat se tend entre jeunes blogueurs et islamistes

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    Depuis le 5 février dernier, des millions de Bangladais ont lancé un mouvement de révolte sur la place Shahbag, dans le centre de Dacca, afin de réclamer l'interdiction du principal parti islamiste du pays, le Jamaat-e-Islami. Ce soulèvement, initié par des blogueurs, fait suite à la condamnation de plusieurs responsables de ce parti pour le massacre de centaines de civils lors de la guerre d'indépendance contre le Pakistan, en 1971. Le gouvernement se dit favorable à cette interdiction, mais il n'est pas certain qu'il ait les moyens d'affronter cette puissante organisation religieuse.

    « Pendez les criminels du Jamaat, Vive le Bangladesh ! ». La nuit vient de tomber ce vendredi soir sur Dacca et la place Shahbag, située au cœur du quartier universitaire, commence à s'enflammer. Des centaines de bougies éclairent les visages de milliers de manifestants qui entonnent des chants patriotiques, et appellent à la condamnation à mort de tous les criminels de la guerre d'indépendance. Les étudiants qui sont sortis dans la rue par centaines de milliers depuis le 5 février n'ont pas connu ce conflit, mais ils ont décidé de reprendre le combat inachevé de leurs parents (lire encadré ci-dessous).

    Ces étudiants et intellectuels veulent également aller plus loin et réclament l'interdiction définitive du Jamaat-e-Islami. Une manière pour eux de purger l'histoire criminelle du principal parti islamiste du pays, ainsi que de freiner la montée inquiétante de ce fondamentalisme. « Le Jamaat s'est battu contre la création de notre pays et s'oppose encore aux valeurs de l'indépendance, basées sur la tolérance ; il n'a donc aucune légitimité politique », explique Imran Sarker, un jeune médecin de 29 ans, qui a initié et dirige le mouvement de la place Shahbag avec le Réseau des blogueurs et militants en ligne (BOAN).

    « Depuis dix ans, poursuit-il, le Bangladesh s'enfonce dans un trou noir. Des madrasas font leur apparition dans chaque quartier de Dacca et grâce à ces jeunes, les islamistes seraient en mesure de prendre le pouvoir dans la capitale. Aucun parti politique ne les a combattus car ils représentent un important vivier de voix. Mais nous, les jeunes, nous n'avons aucune ambition politique. Alors nous avons décidé de nous battre contre ce monstre. »

    Riposte islamiste

    Face à cette menace qui pèse sur leur existence légale, les islamistes semblent prêts à mener une guerre sans merci. Samedi 6 avril, les différentes organisations religieuses, dont le Jamaat et le radical Hezafat-e-Islam, se sont unies. Et leur riposte prend la forme d'une marée humaine.

    Plus de 500 000 militants, vêtus de la robe blanche et de la toque traditionnelles musulmanes, défilent avec rage dans le quartier de Motijheel, à quelques kilomètres de la place Shahbag. Leur cri de guerre vise certains blogueurs qui auraient injurié le nom du prophète. Des bataillons convergent à pas rapide vers l'estrade centrale, en répétant les appels de leur meneur : « Il faut pendre les blogueurs de la place Shahbag, il faut pendre les athées. Il faut pendre Imran ! »

    Un camion fend doucement la foule excitée et un religieux monté sur sa remorque, un micro à la main, entonne une chanson guerrière reprise par les manifestants : « vous devez pendre tous ceux qui ont insulté le prophète. Rejoignez-nous, attrapez ces athées un par un et coupez-leur la tête. C’est le début de la révolution islamique ».

    L'économie du fondamentalisme

    Derrière cette façade brutale, le mouvement islamiste du Bangladesh compte toutefois de nombreuses élites riches et éduquées, notamment au sein du Jamaat-e-Islami. Les cadres de ce parti dirigent des universités, des médias, des hôpitaux haut de gamme, et surtout la première banque privée du pays, la Islami Bank.

    En tout, l'économie du fondamentalisme génère chaque année un bénéfice de près de 200 millions d'euros, et connaît une croissance d'environ 8 % par an, ce qui est supérieur à l'expansion moyenne de l'économie nationale (lire à ce sujet l'étude d'Abul Barkat, professeur d'économie à l'université de Dacca.

    Cette puissance économique et militante pourrait rendre l'interdiction du Jamaat-e-Islami difficile et périlleuse. Et le gouvernement, qui affirme y être favorable, ne le fera jamais, estime Asif Nazrul, professeur de droit à l'université de Dacca et chroniqueur politique : « Si le Jamaat est interdit, tous ses militants se jetteront dans les bras de l'opposition du parti nationaliste (BNP), qui disposera alors d'une armée prête à mourir pour lui dans la rue. Surtout, certains d'entre eux risquent alors de radicaliser et de rejoindre les groupes islamistes armés. »

    Cette lutte a commencé en 1971, quand la région du Pakistan oriental - et futur Bangladesh - déclare son indépendance. L'armée pakistanaise réprime dans le sang cette insurrection et les milices islamistes du Jamaat-e-Islami lui prêtent main-forte, massacrant des milliers d'intellectuels et d'étudiants et violant sans compter.

    En tout, selon les sources, entre 300 000 et 3 millions de civils sont abattus, soit l'un des « génocides » les plus sanglants de l'histoire moderne. Au lendemain de l'indépendance, une cour entame le jugement des criminels de guerre du Jamaat, mais un coup d'Etat coupera court à ce désir de justice.

    Aujourd'hui, 42 ans après les faits, l'histoire les rattrappe enfin : un tribunal spécial inauguré en 2009 a condamné, en janvier et février dernier, trois hauts responsables du Jamaat pour génocide et crimes contre l'humanité, et neuf autres doivent encore être jugés.

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