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    Asie-Pacifique

    Corées: la DMZ, une zone démilitarisée sous tension permanente

    media Vue depuis la «Maison de la liberté», côté Sud. Au milieu, à cheval sur la ligne de démarcation (LDM), un ensemble de baraques bleues utilisées lors des négociations. Au nord de la LDM, le «Panmungak», siège des forces nord-coréennes au sein de la JSA. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Les récentes menaces et provocations du jeune leader nord-coréen Kim Jong-un ont ravivé les craintes d'un conflit armé. Comment ces intimidations sont-elles perçues du côté sud de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées ? Soixante années après la division de la péninsule, le quotidien dans ce site anachronique a-t-il vraiment changé ? Reportage sous haute escorte dans la DMZ, l'un des derniers vestiges de la guerre froide.

    Les militaires en poste du côté sud de la zone démilitarisée prennent très au sérieux les dernières menaces d’apocalypse imminente formulées par le régime communiste de Pyongyang. « Nous redoublons de vigilance par rapport à d'habitude », admet volontiers l'un d'entre eux, le visage grave. L'atmosphère y est en effet bien plus tendue que d'ordinaire. « Mais le niveau d'alerte n'a toutefois pas été relevé », tente de rassurer pour sa part l'officier Heilig, de la police militaire américaine, qui nous sert de guide en ce jour pluvieux d'avril.

    Créée en 1953, après la signature de l'armistice de Panmunjeom, cette zone démilitarisée, plus connue sous le nom de « DMZ » (de l’anglais « demilitarized zone »), est une étroite bande de terre longue de près de 250 kilomètres et large de 4 kilomètres, allant de la mer Jaune (à l'ouest) à la mer du Japon (à l'est). Elle sert de zone tampon et coupe depuis soixante ans la péninsule coréenne en deux, de part et d'autre du 38e parallèle.

    Même si les forces armées nord-coréennes mobilisent 1,2 million de personnes et que l'armée sud-coréenne est, quant à elle, forte de 655 000 hommes appuyés par 28 000 soldats américains déployés en Corée du Sud, on ignore le nombre exact de soldats stationnés de ce côté sud de la DMZ. « C'est secret défense », dit l'officier Heilig, qui préfère plutôt rappeler que chaque année plus de 100 000 touristes étrangers viennent fouler le sol de ce lieu mythique.

    Les experts, eux, estiment que chaque camp concentrerait entre 60% et 70% de leurs troupes le long de la DMZ, devenue de fait la frontière la plus militarisée au monde alors qu'elle devrait être en principe une zone sans soldats ni armement.

    L’un des derniers vestiges de la guerre froide

    La DMZ, l’un des derniers vestiges de la guerre froide, est accessible depuis Séoul par « L'Autoroute de la liberté », bordée de grillages métalliques surmontés de rouleaux de barbelés en certains points sensibles.

    Au bout d'une cinquante de kilomètres vers le nord, on débouche sur un pont à partir duquel il est formellement interdit de prendre des photos ou de filmer. Après quelques points de contrôle, les voyageurs sont accueillis au Camp Bonifas, le quartier général du Commandement de la force des Nations unies, où ils sont informés sur les dangers et la conduite à tenir lors de cette visite si particulière. Car ici, le gouvernement sud-coréen décline toute responsabilité en cas d'attaque ennemie. Les touristes empruntent ensuite un autocar spécialement affrété, escortés par plusieurs militaires. Là aussi, interdiction stricte de prendre un quelconque cliché, au risque de se faire refouler sur-le-champ.

    Pendant une dizaine de minutes, les visiteurs traversent un no man's land truffé de mines et de miradors installés sur des collines à partir desquels « on peut voir jusqu'à 70 kilomètres en direction du nord », affirme notre guide, avant d'arriver enfin à la « Maison de la liberté », située du côté sud de la JSA, la Joint Security Area (« zone commune de sécurité »).

    Joint Security Area

    Localisée au sein même de la DMZ et placée sous le contrôle de l'ONU, la JSA fut créée lors de la signature de l'armistice de Panmunjeom (du nom d'un ancien village au nord, distant d'un kilomètre de là), qui a mis fin officiellement à la guerre de Corée (25 juin 1950 - 27 juillet 1953).

    La JSA abrite le siège de la Commission militaire d'armistice, chargée de faire appliquer les termes de l'accord de cessez-le-feu. Cette Joint Security Area est coupée en son milieu par une ligne de démarcation militaire (LDM), qui forme en fait la vraie frontière entre les deux pays.

    Quatre-vingts mètres en face de la « Maison de la liberté », au nord de la LDM, se trouve le « Panmungak », une construction de style soviétique de deux étages, siège des forces nord-coréennes au sein de la JSA. A cheval sur la ligne de démarcation se tient un ensemble de baraques bleues utilisées à des fins de négociations soit par les Nations unies et l'armée nord-coréenne, soit par les autorités de Pyongyang et de Séoul.

    C'est précisément aux abords de ce baraquement que les soldats des deux camps se regardent en chiens de faïence dans une ambiance surréaliste, voire électrique, séparés à peine d'une dizaine de mètres. Tandis que les Sud-Coréens - en posture de taekwondo et munis de lunettes noires afin de ne pas entrer en contact visuel direct avec l’adversaire ni de lui laisser percevoir la moindre émotion - se font menaçants, les Nord-Coréens semblent, eux, bien plus détendus. Un brin provocateur à l'image de leur « cher » président Kim Jong-un, ils n'hésitent pas à venir presque au contact de leurs frères ennemis et à les photographier. Chaque camp essaie ainsi d'impressionner l'autre. Une guerre des nerfs qui peut tourner au drame à tout instant, à l’instar de cet accrochage survenu à l'ouest la Joint Security Area.

    Incident mortel

    En effet, le 18 août 1976, pendant une simple mission d'élagage et de déboisement dans la DMZ, deux officiers américains de la Force de sécurité commune ont été tués par des soldats nord-coréens. En cause : un peuplier de trente mètres de haut qui bloquait la ligne de mire d’un poste d’observation des Nations unies. Alors que les soldats de l’ONU commencent à couper l’arbre, les militaires nord-coréens s’y opposent et exigent l’arrêt immédiat de l’abattage, affirmant que leur leader Kim Il-sung l’avait planté personnellement. Face au refus catégorique du capitaine Bonifas, l’officier américain qui commandait la patrouille, des Nord-Coréens arrivent en renforts, se retrouvent vite en surnombre et passent à l’action. Résultat : deux morts côté américain, dont le capitaine Bonifas.

    Cet incident mortel rappelle à quel point la situation est explosive. Les faits se sont produits près du poste de contrôle 3, un point d'observation stratégique situé en hauteur. De là, on aperçoit le « Pont du non-retour », qui relie le Nord au Sud. (En 1953, les prisonniers libérés qui voulaient vivre au Nord devaient emprunter cette jonction et leur choix était définitif, d'où le nom de ce pont). Plus loin, on aperçoit Kijong-Dong, un village symbolique nord-coréen.

    « Village de propagande »

    Le village de Kijong-Dong, au-dessus duquel flotte un énorme drapeau nord-coréen hissé fièrement à 160 mètres au-dessus du sol, appelé « Village de la paix » par le régime communiste, est destiné à donner une bonne image du pays. Mais les Sud-Coréens et les Américains préfèrent le surnommer le « Village de propagande », car il ne rassemble que des édifices vides, des façades pour la plupart, tel un décor de cinéma. Les rares habitants du village sud-coréen, de l’autre côté de la frontière, en plus, déjà, de vivre dans des conditions draconiennes (obligation de rentrer chez eux dès la tombée de la nuit, interdiction d'avoir de la famille au Nord, entre autres), ont l’extrême privilège d’être aux premières loges pour écouter les slogans crachés par les haut-parleurs du village d’en face.

    « Tunnels d'agression »

    Même s’il n’y a pas eu d’incident majeur depuis 1976, la vigilance reste de mise à la DMZ. Le Nord peut mettre à exécution ses menaces d’invasion à tout moment. D'ailleurs, plusieurs tentatives avaient déjà eu lieu dans le passé, par voie terrestre notamment.

    Le régime de Pyongyang avait à cet effet creusé de nombreuses galeries, appelées « tunnels d’agression », sous la zone démilitarisée afin d’envahir le Sud. Le plus connu d’entre eux est le troisième tunnel, percé à 73 mètres de profondeur au sud de la Joint Security Area et découvert en 1978. Long de 1,7 kilomètre, haut de 2 mètres et large également de 2 mètres, il pouvait facilement laisser passer 30 000 hommes par heure et devait servir à une attaque surprise de Séoul, située à moins de cinquante kilomètres.

    Deux Etats techniquement toujours en guerre

    Techniquement, les deux Etats sont toujours en guerre puisque le conflit s'est conclu par un armistice, mais pas par un traité de paix. Les récentes déclarations belliqueuses de Kim Jong-un n'ont contribué qu'à raviver la crainte d'un nouveau conflit armé dans la péninsule.

    « Sans l'intervention de la Chine pendant la guerre de Corée, le Nord serait déjà tombé et on n'en serait pas là aujourd'hui », semble regretter un observateur. Et c'est justement vers Pékin, allié traditionnel de Pyongyang, que Séoul se tourne désormais afin de « préserver la paix ». Pour ce faire, « Nous avons besoin d'efforts mutuels de la part de la communauté internationale, et en particulier de la Chine », a martelé le 15 avril le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Yun Byung-se devant 110 journalistes en provenance de 75 pays, réunis à Séoul à l'occasion de la Conférence mondiale des journalistes 2013. Reste maintenant à savoir jusqu’à quel point Pékin sera sensible à cet appel.

      A (re)lire aussi :

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