Entrée en vigueur d'une nouvelle loi contre les internements forcés en Chine

C’était une loi très attendue par les défenseurs des droits de l’homme en Chine. La première loi sur la santé mentale, entrée en vigueur cette semaine, doit en effet empêcher les internements forcés, rapporte la presse officielle. L’envoi dans les hôpitaux psychiatriques étant souvent utilisé pour faire taire les opposants.
Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde
Voilà vingt-huit ans que cette réforme était attendue. Vingt-huit ans que les activistes et les intellectuels réclamaient la mise en place de règles établissant des conditions à l’internement psychiatrique en Chine.
Au même titre que les prisons noires, les camps de rééducation par le travail, ces hôpitaux spécialisés dans la santé mentale étaient notoirement connus pour accueillir des opposants venus porter pétition devant le pouvoir central à Pékin pour une injustice subie dans leur province.
Internements injustes
« C’était la pire des situations, explique Hu Xingdou. De nombreux pétitionnaires étaient envoyés de manière arbitraire dans ces hôpitaux, poursuit ce professeur à l’université des Sciences et des technologies de Pékin qui s’exprime en anglais et en mandarin. Il nous fallait absolument réformer cette situation et éviter ces internements injustes. En Chine, on appelle cela : être "psychiatrisé" par les autorités. »
La nouvelle loi ne fait évidemment pas allusion à ces internements arbitraires, mais elle est accueillie comme un progrès pour les droits de l’homme par de nombreux observateurs même s’il est difficile de dénombrer les personnes internées pour des raisons politiques.
Selon Xie Bin, professeur au Centre de santé mentale de Shanghaï et corédacteur de la nouvelle loi, cité par le quotidien Wenghui, 20 % des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques de la capitale économique chinoise ont été envoyés en traitement contre leur grès.
Isolement
Dans un rapport publié en août dernier, l’organisation de défense des droits de l’homme Chinese Human Rights Defenders (CHRD) estimait également que de nombreux activistes, dissidents ou pétitionnaires étaient ainsi placés à l’isolement sous de fausses raisons médicales.
Placés sous camisole médicamenteuse, subissant parfois des électrochocs, les « gêneurs » se retrouvaient de surcroît coupés de leur famille et sans avocat pour les défendre, puisque considérés comme malades. Selon la nouvelle loi, sauf si la personne présente des tendances suicidaires ou constitue un danger pour ses proches et son environnement, elle ne pourra plus, désormais, être internée de force.

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