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    Asie-Pacifique

    Inde: la dualité de la mousson, manne catastrophique

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    En Inde, la mousson est particulièrement meurtrière et dévastatrice cette année, provoquant déjà plus de 700 morts. Et le bilan risque de s’alourdir. Les pluies sont arrivées avec deux semaines d’avance et il n’a fallu que quelques jours pour qu’elle ravage des villages entiers dans le nord du pays. Jean-Joseph Boillot, docteur en économie spécialiste de l’économie indienne, rappelle que la mousson est aussi une manne en Inde.

    La mousson à laquelle on assiste en ce moment en Inde, avec des centaines de morts, des régions entières sinistrées, est-elle exceptionnelle en Inde ?

    Jean-Joseph Boillot : Non, pas du tout. Il y a notamment un vieux proverbe extraordinaire qui montre bien toute l’ambiguïté, la dualité de la mousson, qui dit : « Oh, Ram ! – Ram étant un Dieu hindou – envoie des torrents de pluie, car une pauvre vieille femme est morte de faim ! ».

    Voilà. Les torrents de pluie sont aussi ceux qui apportent de la pluie, absolument indispensable à l’agriculture indienne. Et ça fait des siècles, voire des millénaires, que cette dualité frappe l’Inde.

    La nouveauté, c’est que l’Inde se modernise et qu’il y a aujourd’hui des dizaines de milliers de pèlerins qui vont dans ces régions montagneuses de l’Inde, où il y a toujours eu ces torrents qui s’échappaient de leur lit et qui allaient sur les terres, qui permettaient donc d’améliorer les sols.

    Mais évidemment, ce n’était pas assez pour accueillir des dizaines de milliers de pèlerins qui montent sur ces fameux temples, comme celui que l’on appelle la Tchadar Mantra, c'est-à-dire la procession de cette région de l’Uttarakhand.

    C’est plutôt ça qui pose problème. Car si vous regardez le reste de l’Inde, les nouvelles ont été extrêmement bonnes, au contraire, avec l’arrivée de la mousson, par exemple dans le Penjab.

    Et hier, je lisais qu’au Kerala, on se réjouit de la mousson. Car, grâce à l’arrivée de la mousson, les pannes d’électricité se sont arrêtées, et désormais l’électricité est revenue en grande partie. Je crois que c’est quasiment le quart de l’électricité qui y est d’origine hydraulique.

    Revenons sur cette dualité. Le côté sombre, on l’a dit, ce sont plus de 700 personnes tuées cette semaine. Mais également, cette mousson conditionne des pans entiers de l’économie indienne. On l’appelle d’ailleurs parfois la deuxième ministre de l’Economie en Inde...

    Exactement ! Et puis c’est un des Dieux les plus importants ! C’est Indra qui est au cœur de ce sous-continent, le seul du monde à être aussi rythmé par ce vent de la mousson aux alentours du mois d’avril, mai... C’est là où il y a l’incertitude. Tout le monde regarde le ciel, les gens ont très chaud... Par exemple, il y a quinze jours encore, à New Delhi, les gens avaient 48°. Tout le monde attend la pluie. Et quand la pluie arrive, évidemment, tout le monde sort et se baigne, se refroidit.

    Il y a vraiment, d’un côté, cet élément essentiel à la fois pour l’économie agricole et le confort des Indiens ; et puis il y a, de l’autre côté, ces éléments naturels qui sont, peut-être, effectivement mal contrôlés. Ce sont des centaines de morts. C’est 50 000 pèlerins qu’il a fallu aller sortir, complètement coincés dans l’Himalaya.

    C’est comme pour ce qui est de la corruption ou des viols. Ça indique simplement que l’administration indienne a encore du mal à se faire au monde moderne.

    La catastrophe dont on parle ici concerne surtout le nord du pays, en particulier l’Etat de Uttarakhand, qui se trouve aux confins du Népal et du Tibet. D’un point de vue économique est-ce un Etat qui compte ?

    Cela touche deux régions : l’Uttarakhand et, un peu plus au nord, l’Himachal Pradesh. Pour ce qui est de l’Uttarakhand, c’est - c’est un peu méchant - une économie essentiellement tournée vers le tourisme religieux. Et c’est la raison pour laquelle, effectivement, il y a eu peut-être plus d’un millier de morts, en réalité, et cette panique dans le pays.

    Et puis un petit peu plus au nord, donc l’Himachal Pradesh, qui elle est aussi touristique et qui, surtout, a cette fameuse route qui conditionne l’accès au Ladakh et donc, finalement, à la Chine. Qu’on le veille ou non, c’est une région stratégique.

    Et on en parle un peu moins, parce qu’il n’y a pas autant de pèlerins, mais les dégâts y sont aussi importants. II y a notamment dans l’Himachal Pradesh, des régions touristiques absolument magnifiques.

    Si le nord est très arrosé, qu’en est-il, Jean-Joseph Boillot, dans les régions qui tirent vraiment l’économie indienne, comme celles de l’ouest, le Gujarat ou le Penjab ?

    Pour l’instant, les nouvelles que j’ai eu avant-hier (vendredi 21 juin, nldr) de l’avancée de ce qui est, normalement, la pré-mousson et qui, cette année, a été plus accélérée. Mais c’est comme en France, vous ne pouvez pas commander au climat, le climat est régulier, donc il faut s’y faire. Donc, dans le reste du pays, la mousson est plutôt très, très bonne. Je vous le disais, notamment pour le Kerala. Il ne faut pas l’oublier, la mousson arrive de l’ouest et commence à baigner côtes du Kerala.

    Il y a une dizaine de jours, il y a eu aussi des inondations. Mais évidemment, ce sont des pluies qui ont été accueillies avec une immense satisfaction. Pareil pour le Gujarat et puis le Penjab et l’Haryana, qui étaient traditionnellement les deux foyers, les deux greniers à blé, de l’Inde, qui ont reçu des pluies tout à fait normales.

    Mais il faut savoir qu’il y a une véritable mutation agricole en Inde. Désormais, ce sont les Etats plutôt du nord, vers l’est, c'est-à-dire le média-Pradesh et l’outar-Pradesh, qui deviennent les greniers à blé de la nouvelle révolution agricole de l’Inde. Et c’est là-dessus que l’arrivée de la mousson, évidemment, est très importante. Et les nouvelles que j’ai du média-Pradesh sont excellentes.

    Pour résumer, le nord - assez faible économiquement - a été frappé de plein fouet par cette mousson. L’ouest est épargné. Peut-on, d’ores et déjà, chiffrer le bilan économique de cette mousson ?

    Non, je ne pense pas. Et il faudra attendre. C’est tout le problème de la mousson. Il faut attendre véritablement la fin du cycle des moussons pour savoir si l’agriculture indienne va être sur une bonne ou une mauvaise année agricole. Qu’il y ait des aspects catastrophiques, oui, et c’est tout à fait lié à un problème de mauvaise gestion, à une mauvaise administration du nord de l’Inde.

    Dans le reste du pays, on a plutôt une nette amélioration, aujourd’hui, de l’utilisation des eaux de pluie, de l’irrigation par puits plutôt que par grands barrages. Et l’agriculture indienne progresse malgré tout, à un rythme de 2 à 3 % par an, ce qui est assez exceptionnel !

    C’est un phénomène climatique qui revient de manière cyclique. Comment se fait-il, Jean-Joseph Boillot, qu’avec les moyens dont on dispose aujourd’hui, les prévisions météo qui sont de plus en plus précoces et de plus en plus fiables, comment se fait-il que l’on soit incapable d’anticiper ces moussons ?

    Oui, vous avez raison. Mais regardez la météo en France. En réalité, vous ne pouvez pas, malgré les systèmes d’observation sophistiqués, commander à un système aussi complexe que le système météorologique.

    Donc, on a des indications, et les Indiens sont parmi les plus avancés du monde. Là-dessus, il y a des transferts de technologie actuellement avec l’Afrique qui en témoignent. Mais vous ne pouvez pas prévoir l’arrivée des précipitations à quinze jours ou trois semaines. Vous ne pouvez pas prévoir sur un sous-continent de plus de 1 500 kilomètres de large, à quel moment ça va atteindre l’ouest et à quel moment ça va atteindre le centre de l’Inde, et ensuite les régions du Golfe et du Bengale.

    C’est cette incertitude avec laquelle nous avons, tous sur la planète, du mal à vivre. Mais en particulier en Inde, on est passé d’une tradition culturelle – comme je vous le disais dans le proverbe tout à l’heure – dans laquelle on avait une adaptation à ces caprices du climat, à une période où l’on cherche absolument à commander le climat. Et ça, ce n’est pas possible. La seule chose que l’on puisse faire, c’est évidemment d’améliorer, de réguler les conditions, les conséquences dans le nord.

    Pourquoi il y a une catastrophe ? Eh bien, tout simplement parce que les barrages qu’on avait construits il y a des années, qui avaient permis d’améliorer la situation, ont été remplis de ces torrents de boue. Et désormais, ils n’arrivent plus du tout à recueillir suffisamment d’eau pour canaliser ces torrents de pluie.

    ► Jean-Joseph Boillot est l’auteur de Chindiafrique, La Chine, L’Inde et l’Afrique qui feront le monde de demain, ouvrage à découvrir aux Éditions Odile Jacob.

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