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    Asie-Pacifique

    Jacques de Goldfiem sur RFI: «Sam Rainsy n'arrivera jamais à rattraper le PPC»

    media Sam Rainsy, chef du principal parti d'opposition salue ses supporteurs à Phnom Penh, le 19 juillet 2013. REUTERS/Samrang Pring

    Ce dimanche 28 juillet est marqué par des élections législatives au Cambodge. Un scrutin dont l'issue ne fait guère de doute. Le Parti du peuple cambodgien au pouvoir (PPC) devrait l'emporter. Galvanisé par le retour d'exil de Sam Rainsy, l'opposition réussira t-elle malgré tout à se faire entendre ? Jacques de Goldfiem, professeur de géopolitique de l'Asie à l'Institut libre des relations internationales à Paris, qui anime également le site The New Asia Observer, répond aux questions d'Alexandra Cagnard.

    RFI : Beaucoup qualifient ce scrutin de mascarade, d’élections pour la forme, verrouillées par le Premier ministre Hun Sen. Cela fait presque 30 ans qu’il est au pouvoir, il n’a même pas pris la peine de faire campagne. La victoire de son parti vous paraît-elle également évidente ?

    Jacques de Goldfiem : Tout est fait pour cela depuis très longtemps. L’opposition a eu un accès très inégal aux médias. Souvenez-vous, le gouvernement avait voulu il y a un mois, interdire, pendant toute la durée de la campagne, tous les médias étrangers en langue khmer. Il y a des manipulations de listes, la police et les militaires peuvent ouvertement faire campagne pour le parti au pouvoir. Donc vous voyez, tout est bien cadré.

    Une majorité de la population dit soutenir Hun Sen. C’est un soutien forcé ou un soutien accepté ?

    Ce n'est pas aussi tranché. Sa base est surtout dans les campagnes et effectivement, les gens lui sont reconnaissants d’avoir construit des écoles, des routes, des pagodes, etc. Il est beaucoup moins populaire par contre dans les villes, notamment dans le secteur du textile, puisqu’il s’oppose aux augmentations de salaires de ces pauvres gens qui gagnent 80 dollars par mois, sous prétexte que ça ferait fuir les investisseurs.

    Quel est aujourd’hui l’état de l’opposition cambodgienne  ? Est-ce que le retour de Sam Rainsy, même s’il n’a pas été autorisé à se présenter, peut faire avancer la démocratie dans le pays ?

    Il faut déjà remarquer qu’il est très populaire. Il a été accueilli par des centaines de milliers de personnes à son arrivée. Le fait que l’opposition soit maintenant réunie dans un seul parti, le Parti de sauvetage national du Cambodge, évitera des luttes entre opposants, au profit du candidat du Parti du peuple cambodgien (PCC). Sam Rainsy n’a pu rentrer - pour « faire bien » -, qu'une semaine avant les élections. Son combat ne va donc réellement commencer qu'à partir de ce soir.

    Est-ce que cela veut dire que même si le Parti du sauvetage national du Cambodge n’obtient pas la victoire, le fait qu’il se soit allié avec celui des droits de l’Homme, cela veut-il dire qu’il pourrait menacer la majorité absolue du PPC à l’Assemblée ?

    Absolument pas. Je pense qu’effectivement, il va peut-être gagner 10 ou 15 sièges, mais il n’arrivera jamais à rattraper le PPC. Vous savez, il ne faut pas oublier que le PPC est l'ancien parti communiste du Cambodge, donc pour ce qui est des méthodes, ça n’a pas beaucoup changé.

    Il y a aujourd’hui huit partis d’opposition. Ils étaient 23 en 2003, en lice pour ces élections législatives. Comment expliquez-vous cette baisse ?

    A vrai dire, il y en avait beaucoup mais le plus important, c’était le parti royaliste du fils du roi Rabariddh, et c’est l’effondrement de ce parti qui a profité au PPC, plus qu’un affaiblissement du parti de Sam Rainsy.

    Le Cambodge a toujours connu un régime de parti unique, sauf entre 1947 et 1955
    Henri Locard Historien, professeur à l'Université royale de Phnom Penh 14/10/2013 - par Jelena Tomic Écouter

    Il a d’ailleurs mis en garde contre des manifestations si le résultat s’annonçait serré ou si des fraudes étaient avérées. Est-ce qu’une une sorte de rébellion est envisageable ?

    On en avait eu une en 1998, où l’armée avait tué près de 200 personnes. Et Hun Sen avait dit que si l’opposition gagnait, ce serait la guerre civile. Mais je pense que ces menaces sont surtout verbales. De toute façon, certes, il y aura des triches. Il y aura des gens qui ne se sont pas retrouvés sur les listes. L’encre qui devait faire en sorte qu’on ne vote qu’une fois, qui peut s’effacer, etc.

    Mais il ne faut pas oublier qu’il y a de nombreux observateurs internationaux de l’Asean, de l’Union européenne, de la Chine, etc. Et ces gens-là, il faudra attendre leur rapport. Il y aura de la triche, mais je ne pense pas qu’elle soit au point de justifier une révolution.

    Dans cette opposition, il y a beaucoup de jeunes. Quel est l’état de la jeunesse au Cambodge ? Alors que l'on sait que les 18/30 ans représentent plus du tiers des électeurs, se sent-elle investie dans la vie politique du pays?

    Ils trouvent que le règne de Hun Sen commence à faire bien long. D'autant qu'il a prévu de rester encore une dizaine d’années, tout en préparant sa succession, en plaçant certains de ses enfants à des places très élevées, y compris au Parlement. Il y a surtout un énorme chômage chez les jeunes, et par conséquent, le mécontentement progresse. Ils devraient apporter leurs voix au parti de Sam Rainsy.

    Quelles sont leurs attentes les plus profondes ?

    C’est surtout la lutte conte le chômage. Par contre, Hun Sen peut affirmer : « Le Cambodge fait exception, que si ces deux dernières années il y a plus de 7% de croissance dans le pays, c’est grâce à nous ». C’est un peu le même langage, du Parti communiste chinois qui dit : « Pourquoi changer le régime puisque c’est grâce à nous que le pays s’est enrichi ? »

    Il y a aussi une volonté de lutter contre une corruption endémique dans ce pays ?

    Chez les jeunes, surtout, mais c’est plus le niveau des salaires, les problèmes de santé, etc., que la corruption elle-même, qui gênent les gens.

    Les militants des droits de l’homme ne cessent de le dénoncer : les leaders du parti au pouvoir durcissent les sanctions judiciaires à l’égard de l’opposition, musèlent ceux qui veulent sexprimer. Est-ce que les réseaux sociaux, selon vous, changent la donne ?

    Il est évident que l’information circule davantage par les réseaux sociaux. Mais on sait que la justice est totalement aux ordres du pouvoir. C’est une méthode qui consiste à assommer toute voix dissidente.  Regardez Sam Rainsy qui avait été condamné à 11 ans de prison, avant qu’il ne s’enfuie en France, pour des motifs subtils. Et Hun Sen est habile, il ne faut pas oublier qu’au mois de mai, la ville de Phnom Penh a fait inaugurer, quasiment à ses frais, la statue du fondateur des syndicats libres, assassiné en 2004.

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