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    Kim Bok-dong, 87 ans et ex-«femme de réconfort», attend des excuses officielles du Japon

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    Kim Bok-dong, Sud-Coréenne de 87 ans, a été « femme de réconfort » pendant huit ans durant l’occupation japonaise (1932 -1945). Après avoir témoigné à la fin des années 1980 auprès du « Conseil coréen des femmes réduites à l’esclavage sexuel par les militaires japonais », elle attend aujourd'hui des excuses officielles de Tokyo. Un entretien poignant.

    Comment doit-on vous présenter ?

    Je m'appelle Kim Bok-dong, j'ai 87 ans, mais l'âge sud-coréen c'est 88 ans. Quand j'avais 14 ans (15 ans pour l'âge sud-coréen), la Corée a été colonisée par le Japon. Nous étions très faibles. Cela signifie que tous les citoyens, tous les habitants coréens vivaient en état d'esclavage. Tous les hommes ont été réquisitionnés par l'armée japonaise, même les étudiants. Pour les femmes, le Japon n'a pas fait de distinction d'âge, il a utilisé et forcé toutes les femmes, beaucoup de jeunes filles.

    Et vous-même?

    Moi aussi j'ai été emmenée par les soldats japonais, mais ce n'est pas au Japon que je suis allée, c'était dans les endroits où il y avait la guerre, parfois je ne savais même pas dans quel pays on était. La première fois, je suis arrivée à Taiwan, mais après je suis passée à Hong Kong, en Malaisie, à Sumatra, Java en Indonésie, à Bangkok, j'ai fait le tour de tous ces pays, utilisée par les soldats japonais.

    Ce calvaire a duré huit ans, que s’est-il passé, et comment avez-vous retrouvé les vôtres ?

    J'ai été utilisée ainsi pendant huit ans. Mais je n'ai même pas su que la libération s'était produite en Corée, je n'ai pas su à quelle date ça avait eu lieu ! Même si à l'issue de ce calvaire on nous a renvoyées dans nos différents pays. Mais même après ces huit années de calvaire, les Japonais ne voulaient pas qu'apparaisse le fait que nous avions été femmes de réconfort. Ils nous ont placées dans un hôpital militaire, et ont déclaré que nous y travaillions. Après le retrait des Japonais, nous avons été orientés vers la base américaine, dans le camp de concentration américain. Dans ce camp, j'ai été identifiée comme Coréenne, donc on m'a renvoyée en Corée.

    Est-ce que vous avez pu retrouver votre famille ?

    Oui, j'ai pu retrouver ma famille, mais je n'ai pas osé dire la vérité. J'ai menti. Je n'ai rien dit de ce qui s'était passé, même si ce qui m'est arrivé n'était pas de ma faute. Le problème, c'est que le gouvernement japonais jusqu'à présent n'a fait aucun geste pour présenter ses excuses.

    Vis-à-vis de votre famille et de votre entourage, il y avait un sentiment de honte, de ne pas oser dire ce qu'il s’était passé ?

    A ce moment-là en Corée, la société était très rigide et intolérante. Vous savez, le système social sud-coréen est très hiérarchisé. On considérait que les femmes ne pouvaient pas se marier deux fois dans leur vie. A cette époque-là, c'était un sentiment général dans la société. Moi j'ai menti : j'ai dit que j'avais dû travailler à l'usine pendant huit ans. Mais je n'ai pas pu me marier, jusqu'à aujourd'hui, je ne me suis jamais mariée.

    Il a fallu attendre longtemps pour que vous vous engagiez auprès d'associations qui dénonçaient ce qui s’était passé, vous l’avez fait à partir des années 1980, très longtemps après la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

    Nous avions besoin de beaucoup de temps, à cause des mentalités et des idées reçues de l'époque. J'ai finalement osé dire que j'avais été « femme de réconfort » parce que j'ai réalisé que si je ne le disais pas, de fausses informations auraient couvert la vérité. J'ai osé raconter mon histoire, car il y avait un centre d'appel téléphonique qui recevait les témoignages des femmes de réconfort, et on m'a promis que mon témoignage resterait secret et anonyme, le centre d'appel s'est engagé à ne pas le diffuser.

    Donc vous vous êtes confiée auprès de ce centre, et finalement vous avez osé sortir dans la rue, vous y allez tous les mercredis à visage découvert ?

    La première fois, ça a été grâce au « Conseil coréen pour les femmes réduites en esclavage sexuel », qui voulait que nous coopérions, pour nous aider. Et depuis vingt ans, nous manifestons chaque mercredi devant l'ambassade du Japon en Corée du Sud.

    Est-ce que vous vous êtes retrouvée face à un responsable du gouvernement japonais pour lui demander ses excuses?

    Non, jamais. Il n'y a jamais eu de reconnaissance des crimes de guerre par le Japon. Moi-même je suis allée à plusieurs reprises au Japon pour dire la vérité et raconter ce qui s'est passé, transmettre la véritable histoire. Mais le gouvernement japonais, y compris le Premier Ministre Shinzo Abe ne reconnaît pas ces crimes de guerre. Ils disent qu'effectivement il y a eu des femmes de réconfort mais qu'elles étaient volontaires ou que ces actes n'ont pas été commis par les Japonais... Bien entendu, je ne suis pas d'accord avec ça ! Selon toutes les recherches effectuées par le « Conseil coréen des femmes de réconfort », on a toutes les preuves et les informations historiques, et pourtant le Japon jusqu'à aujourd'hui ne les reconnaît pas. Certaines villes l’ont reconnu, par exemple la ville de Kyoto l’a fait en mars dernier, mais il n’y a pas de reconnaissance du gouvernement au niveau national... Oui, effectivement, certaines collectivités territoriales ont reconnu ces crimes, et des villes ont adopté des déclarations appelant le gouvernement à les reconnaître. Mais le gouvernement de Shinzo Abe ne les reconnaît pas et continue de mentir. Je pense que cette lutte ne doit pas seulement être menée par les Coréens mais aussi au niveau international. C'est pour cette raison que je me déplace dans plusieurs pays comme aujourd'hui à Paris, pour faire connaître ces expériences.

    Le Japon a eu des recommandations prononcées par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Vous êtes allée au Conseil des droits de l'homme pour prendre la parole et demander au Japon qu’il présente des excuses... à 87 ans, vous allez continuer ce combat ?

    Je vais continuer jusqu'au bout, jusqu'à ce que le gouvernement japonais reconnaisse ses crimes de guerre et qu'il octroie des réparations légales et des indemnisations. Aujourd'hui, de par l'article 9 de sa Constitution, le Japon ne peut plus envoyer de soldats dans le monde... Mais tous les pays qui ont été victimes de leur occupation auparavant n'osent toujours pas parler et dénoncer ce qu'ils ont subi, et c'est ce que je conteste.

    Les manuels d'histoire aujourd’hui au Japon ne mentionnent presque rien concernant les femmes de réconfort, vous demandez aussi que les futures générations soient informées ?

    Oui, c'est vrai que les jeunes Japonais ne connaissent pas bien leur histoire, ni l'histoire du monde entier. Ils ne transmettent donc pas la vérité de ce qui s'est passé. Et justement le gouvernement japonais ne reconnaît toujours pas ses crimes. Je suis vraiment très triste de cette situation. Donc je ne peux pas faire autrement que de continuer à lutter.

    Est-ce que vous vous sentez soutenue par votre propre gouvernement sud-coréen dans cette lutte ?

    (rires) Non, je ne pense pas. D'un côté le gouvernement coréen dit qu'il soutient notre combat pour régler le problème des femmes de réconfort, mais je ne le sens pas sincère... Moi-même, personnellement, je ne veux pas critiquer le gouvernement actuel de mon pays. Mais il faut dire la vérité : le gouvernement sud-coréen n'ose pas hausser le ton vis-à-vis du gouvernement japonais pour régler le problème au niveau juridique et international. C'est pour ça que moi aussi je travaille au niveau international. Comme le gouvernement sud-coréen ne bouge pas, je dois agir pour le faire réagir face au Japon.

    Et vous comptez sur des soutiens d’autres pays ?

    Oui, il y a les Etats-Unis, la France, et même le Japon avec des militants d'associations qui nous soutiennent. Mais je ne sais pas ce qu'il faut faire de plus pour régler cette question.

    Concrètement, qu'attendez-vous maintenant ?

    C'est très simple : il faut que le gouvernement japonais présente ses excuses officielles, mais aussi accorde des indemnisations juridiques. Les Japonais doivent reconnaître leurs crimes historiques. Je ne ressens aucune haine envers les Japonais, je veux juste cette reconnaissance de la vérité historique.

    Le Japon semble très en retrait concernant ce passé et souhaiterait même faire retirer les recommandations émises lors de l'examen universel du Conseil des droits de l'homme de l'ONU…

    C'est pour cela que nous avons besoin de la solidarité internationale et d'un soutien au niveau mondial pour exiger que le gouvernement japonais reconnaisse ces crimes de guerre, car nous-mêmes sommes des victimes. Mais aujourd'hui il y a encore beaucoup de victimes, de femmes violées, abusées sexuellement dans des situations de guerre. Il faut donc déjà régler nos problèmes anciens, cela servira de socle pour régler toutes ces questions qui touchent aux droits des femmes dans le monde.

    Vous avez lancé un appel, « A toutes les femmes du monde entier : soyez fortes ». Vous vous adressez aux femmes qui ont subi la même chose et qui doivent oser dénoncer, comme vous ?

    Cet appel s'adresse à toutes les victimes du monde entier qui ont vécu des violences sexuelles, et pas seulement par des militaires. Et pour tenter de réparer ces violences, nous avons créé un système de dons, qu'on a appelé « Papillon », un papillon qui peut traverser le monde entier. Nous demandons aux citoyens de Corée et du monde de faire des dons, puis nous envoyons cet argent aux femmes qui ont été, ou qui continuent d'être, violées pendant la guerre dans d'autres pays, au Vietnam, ou actuellement en République démocratique du Congo. Les victimes, ce ne sont pas seulement les Coréennes, mais beaucoup de femmes du monde entier. Il faut arrêter nos luttes solitaires et se tourner vers le monde entier. C'est pour cela que nous avons besoin de la solidarité internationale.

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