GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 20 Août
Dimanche 21 Août
Lundi 22 Août
Mardi 23 Août
Aujourd'hui
Jeudi 25 Août
Vendredi 26 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Asie-Pacifique

    Chine: derrière la condamnation de Bo Xilai, le «renforcement de l'équipe au pouvoir»

    media Bo Xilai pendant son procès. REUTERS/Jinan Intermediate People's Court/Handout via Reuters

    L'ancien dirigeant chinois Bo Xilai, condamné dimanche à la réclusion à perpétuité, après avoir été reconnu coupable de corruption, de détournement de fonds et d'abus de pouvoir, a fait appel de sa condamnation, ce lundi 23 septembre. L'ex-secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) à Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, était l'une des étoiles montantes de la classe dirigeante chinoise avant de connaître une chute brutale. Les explications de l’historien et réformateur, Zhang Lifan.

    Propos recueillis par Stéphane Lagarde et Lu

    RFI : Quelle est votre analyse du verdict ? Est-il plus lourd que ce qu’on pouvait attendre ?

    Zhang Lifan : J’avais imaginé une peine de 20 ans. Ce peut être un peu plus, ou un peu moins, mais vu que Bo Xilai est revenu sur ses aveux pendant l’audience, c’est normal que le verdict soit un peu plus lourd. Mais en aucun cas la peine de perpétuité ne peut être une surprise. Le plus important, ici, c’est que cette condamnation est associée à une privation des droits politiques du condamné, et cette privation va avec la perpétuité. S’il avait une peine avec un nombre d’année précis, la privation des droits politiques s’appliquerait à cette durée. On voit bien ici qu’il y a un sens symbolique à cette peine, le pouvoir a mis une fin définitive à la vie politique de Bo Xilai. C’est donc bien le symbole qui est important ici, davantage que la peine en elle-même.

    Vous avez écrit durant le procès : « Bo mise sur un changement qui aura probablement lieu dans les 5 à 10 ans à venir en Chine ». Est-ce que vous voulez dire qu’il y a un espoir de rédemption pour Bo Xilai, malgré la privation de ses droits politiques ?

    Tout dépend de ce qui va se passer demain en Chine. S’il y a effectivement des réformes politiques dans les 5 à 10 ans, tout est possible. On voit qu’aujourd’hui que le gouvernement fait tout pour améliorer les conditions de vie du peuple, pour que le peuple n’en vienne pas à aborder les sujets sensibles, les questions de droits ou de démocratie.

    Le pouvoir veut éviter les réformes politiques grâce aux réformes économiques. Pour moi et d’autres, cela nous semble une impasse car les réformes économiques ne peuvent avoir de succès sans en passer par des changements au niveau politique. Mais si demain l’économie chinoise rencontre des difficultés, les problèmes politiques ressurgiront. Une étincelle pourrait déclencher la colère de l’opinion et une contestation du régime. Ça fait beaucoup de si… Mais dans ces conditions, effectivement, Bo Xilai pourrait revenir.

    Bo Xilai devrait faire appel du jugement...


    Il n’a pas d’autre choix, en fait. Il a répété devant la cour qu’il était innocent. S’il ne fait pas appel de sa condamnation, l’opinion pensera qu’il est coupable et qu’il n’a que ce qu’il mérite. Pour défendre son innocence et dire qu’il est victime d’un complot, il va sûrement faire appel. Il y aussi la personnalité qui compte dans ce genre de cas. Bo Xilai n’est pas du genre à reconnaître sa défaite facilement. Donc oui, je suis sûr qu’il va faire appel.

    Y aura-t-il des pressions pour que Bo ne fasse pas appel ?


    Je ne pense pas. Sans parler de procès juste ou injuste, ce que l’on retiendra de ce procès c’est que toute la procédure a été respectée. Il n’y a pas forcément de justice au bout, mais la procédure a été respectée. Puisque l’appel fait partie de la procédure, je ne crois pas qu’il y ait des pressions extérieures pour l’empêcher. En revanche, dans la loi chinoise, il n’y a pas de publicité de l’appel. La décision peut être rendue hors du tribunal et le verdict de l’appel peut être donné par simple lecture du dossier.

    Nous vous avions rencontré quelques jours avant le procès et vous nous disiez que le président Xi Jinping cherchait à ménager le « princeling » pour atteindre l’équilibre au sein du parti. Est-ce que cette condamnation de Bo Xilai peut susciter l’opposition du clan des Princes ?


    Oui, certains parmi les princeling ont dit leur désaccord. On a vu aussi que les maoïstes et les partisans de Bo Xilai étaient fâchés. Depuis hier, certains ont même fait part ouvertement de leur mécontentement. Des maoïstes comme Si Manan et Kong Jiandong ont écrit des commentaires furieux sur weibo [réseau social chinois, NDLR].

    En fait, le procès et le fait que Bo Xilai se soit vigoureusement défendu au tribunal a produit un certain effet. Cela a contribué à diviser la société chinoise et à raviver des conflits au sein du parti. Mais on se rend compte que depuis la fin du procès, fin août, de nouveaux rounds ont été engagés sur le ring avec de nouvelles attaques notamment contre le « groupe des pétroliers » [Plusieurs hauts responsables des entreprises publiques du pétrole ont été accusés de corruption, NDLR]. Il y a aussi une enquête en cours sur un ancien membre du bureau politique du parti.

    Vous parlez de Zhou Yongkang, l’ancien chef de la sécurité publique ? S’agit-il d’une conséquence du procès de Bo Xilai ?

    Je pense que oui. Si Bo Xilai avait été plus coopératif, s’il avait reconnu les crimes dont on l’accuse et par conséquent, si le verdict avait été plus léger, les différents courants au sein du parti auraient pu se rapprocher d’un consensus. Mais compte tenu de l’attitude de Bo Xilai au tribunal, toute idée de consensus est devenue impossible.

    Les luttes politiques au sein du parti vont donc reprendre de plus belle, elles pourraient même se renforcer. Le procès de Bo Xilai, la campagne anticorruption [lancée par le président Xi Jinping, NDLR] et les attaques contre les auteurs de « rumeurs » sur Internet, tout cela fait partie d’une ligne politique destinée à renforcer l’autorité de l’équipe au pouvoir à la veille du troisième plénum du parti prévu en novembre.

    Selon la presse de Hong Kong ce lundi matin, Bo Xilai aurait crié à l’injustice et au manque de transparence de procédure lors de l’énoncé du verdict. La télévision centrale de Chine ne s’en est pas fait l'écho. Avez-vous entendu parler de ce défi lancé par Bo aux autorités chinoises ?

    Oui, j’en ai entendu parler même si aucun signe de cela n'est apparu dans les reportages des médias officiels. Mais on a pu sentir sur les photos que Bo Xilai était ému et agité lors du jugement, notamment quand il s’est retrouvé pour la première fois menotté. Après chaque procès, il faut attendre un peu pour que les informations sortent. Dans quelques temps, on saura si cette information est vraie ou fausse. Le fait qu’il ne soit pas d’accord avec le verdict est une certitude et qu’il le conteste ouvertement ne serait pas étonnant.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.