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    Asie-Pacifique

    Les chrétiens au Pakistan: une minorité méprisée

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    Dimanche 22 septembre au Pakistan, au moins 81 personnes ont été tuées.dans l'explosion de deux bombes à la sortie d’une église chrétienne de Peshawar, dans le nord-ouest du pays.  Cette attaque, la pire perpétrée contre la minorité chrétienne, marque une escalade : les chrétiens du Pakistan font face à une très forte discrimination dans leur pays, ils ont déjà été la cible d’attentats mais jamais d’une telle ampleur.

    Le Pakistan est majoritairement composé de musulmans sunnites (75% des 180 millions d’habitants). Trois minorités font principalement l’objet de discriminations, ou sont la cible d’attentats.

    C’est le cas des musulmans chiites, qui regroupent 20% de la population : les mariages entre chiites et sunnites sont mal vus, plus largement la communauté est régulièrement attaquée par des extrémistes sunnites – en janvier et février 2013 deux attentats à Quetta, dans le sud-ouest, avaient fait plus de 170 morts.

    Mais c’est la secte musulmane des Ahmadis dont le sort est le moins enviable : comme il leur a été interdit de se revendiquer musulmans, de nombreuses plaintes pour blasphème sont régulièrement déposées contre eux – des dossiers dans lesquels ils sont menacés de prison. Eux aussi sont régulièrement la cible d’attentats.

    Une minorité chrétienne discriminée

    Les attaques physiques contre les chrétiens existent, même si elles sont plus rares. Cette minorité qui regroupe près de trois millions de personnes (un peu moins de 2% de la population) souffre surtout du mépris dans lequel le reste des Pakistanais la tient : malgré la très bonne réputation des écoles chrétiennes (par lesquelles passent de nombreux non chrétiens), la communauté est cantonnée au nettoyage des rues et au ramassage des ordures.

    Une attitude bien ancrée dans les mentalités : en mai dernier, un avocat chrétien, Robinson, expliquait à RFI qu’il n’était pas rare que les collègues de travail d’un chrétien « utilisent un ustensile différent du sien pour boire de l’eau ». Au Pakistan, les chrétiens sont d’ailleurs surnommés « choori », un terme extrêmement insultant désignant « celui dont le travail est de nettoyer les toilettes ». Et les rares chrétiens qui parviennent à obtenir un travail un peu plus prestigieux sont eux aussi appelés « choori »…

    Aucun changement ne semble être en vue, déplorait cet avocat, interrogé juste avant les dernières élections, et ce malgré les sièges réservés aux minorités dans les différents parlements du pays : comme les partis qui remportent ces sièges les distribuent à qui leur plaît, les députés issus de minorités qui acceptent ces sièges deviennent les esclaves des partis. Conséquence : même élus, ils ne défendent pas pour les leurs.

    Des violences rares mais marquantes

    La communauté chrétienne est aussi victime de violences, qui s’appuient bien souvent sur des accusations de blasphème. La loi antiblasphème en vigueur au Pakistan est souvent dévoyée, et utilisée pour résoudre des affaires privées n’ayant aucun rapport avec la religion - en mars dernier, un village entier de chrétiens en banlieue de Lahore avait été brûlé après des rumeurs de blasphème, et surtout semble-t-il pour leur voler leurs terres.

    L’affaire Asia Bibi avait elle aussi marqué les esprits il y a quelques années : cette chrétienne avait été condamnée à mort en 2010 pour blasphème (elle est aujourd’hui en prison), et le ministre fédéral pour les Minorités avait été assassiné par les talibans pakistanais pour lui avoir apporté son soutien. C’était à l’époque le seul député chrétien du Parlement… Il avait aussi pris position pour les chrétiens de Gojra, une ville de l’est du pays dont les habitants, visés par une accusation de blasphème, avaient été la cible d’émeutes : huit personnes avaient été brûlées vives dans leurs maisons.

    L’attaque de dimanche dernier marque une escalade dans les violences visant les chrétiens, qui jusqu’ici n’avaient pas été la cible d’attentats d’une telle ampleur. Des centaines de chrétiens ont d’ailleurs manifesté ce lundi à Karachi, Faisalabad, Lahore et Peshawar pour demander des mesures de protection.

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