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    En Inde, les victimes de viols commencent à parler

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    En Inde, le viol collectif du 16 décembre dernier à New Delhi avait entraîné une vague de protestations inédites, et obligé le gouvernement à adopter de nombreuses réformes pour renforcer la sécurité des femmes et punir les violeurs. Cette mobilisation donne à présent confiance aux femmes victimes, révélant des crimes qui étaient auparavant passés sous silence. A New Delhi, les plaintes pour viol ont triplé dans les six premiers mois de l'année, par rapport à l'année dernière.

    De notre correspondant en Inde,

    La nuit vient de tomber sur New Delhi et la plateforme du «181» résonne déjà des nombreux appels à l'aide. «Mon voisin ne cesse de me pourchasser et maintenant il vient d'essayer de me violer», raconte, en pleurs, une femme de 24 ans à Sangita, une jeune opératrice et ancienne travailleuse sociale qui essaie de la calmer, tout en tapant les informations de cette nouvelle affaire sur son logiciel. «J'envoie immédiatement une voiture de police sur place. Nous allons vous aider», lui assure-t-elle d'une voix douce et posée.

    1 200 plaintes par jour à New Delhi

    Cette ligne d'assistance aux femmes en détresse a été mise en place par le gouvernement régional de la capitale indienne en janvier dernier, au moment où, dans les rues, les manifestants dénonçaient sans faiblir l'horreur du viol collectif du 16 décembre. Des manifestants qui portaient le deuil de la victime qui venait de décéder et réclamaient des mesures pour que la mort de cette étudiante de 23 ans ne soit pas vaine.

    Le «181» incarne la preuve que certains élus ont compris l'importance de cette révolution sociale : Sheila Dikshit, la «chef ministre» à la tête de la région de New Delhi a en effet nommé une militante féministe, avec 25 ans d'expérience de terrain, à la direction de ce service d'assistance. Khadijah Faruki a alors transformé cet outil en un bras armé de l'Etat en faveur des femmes. La ligne d'appel, opérant 24h/24, reçoit 1200 plaintes par jour, dont une trentaine concerne des cas sérieux d'enlèvements, de viols ou de meurtres motivés par une dot trop faible. A partir de là, les agentes spécialisées aident les victimes à déposer plainte et suivent le dossier jusqu'au procès.

    Procédures judiciaires accélérées

    En neuf mois, ce service a contribué au dépôt de 7000 plaintes. Et parmi elles, la première condamnation pour viol sur mineur vient d'être prononcée. Un record de vitesse facilité par la création, dans toute l'Inde, de «cours de justice express» pour traiter les crimes contre les femmes.

    «Quand je travaillais en ONG, si je voulais savoir ce que la police avait mis dans sa plainte, je devais me battre éternellement. A présent, je n'ai qu'à écrire une simple lettre au poste de police et l'agent vient personnellement me donner tout le dossier», s'enthousiasme Khadijah Faruki. «Et grâce à cela, je peux vraiment conseiller la femme sur ce qu'elle doit faire.»

    A (re)lire : En Inde, la commission Verma recommande plus de fermeté contre les violeurs

    Pendant les neuf derniers mois, sous la pression populaire, le Parlement indien a alourdit les peines pour les violeurs, créé de nouveaux crimes - pour le voyeurisme, le harcèlement ou les attaques à l'acide- et la justice vient de condamner à mort quatre des violeurs du 16 décembre. Les autorités semblent enfin prendre les violences contre les femmes au sérieux. Et, alors qu'on estime que seulement 1 viol sur 5 est rapporté en Inde, ces victimes ont commencé à faire surface. Entre janvier et juin, le nombre de plaintes pour viols à New Delhi a quasiment triplé par rapport à la même période de l'année dernière (806 plaintes contre 330).

    Timide restauration de la confiance dans la justice

    «Auparavant, une femme qui était violée n'en parlait à personne car elle savait que tout le monde la montrerait du doigt», explique Khadijah Faruki. «Maintenant, les médias, la société et l'Etat focalisent leur attention sur les accusés. Donc ces femmes osent entrer dans les postes de police, elles portent plainte et vont même témoigner lors de leur procès. Avant seulement 1 % des victimes le faisaient, maintenant, dans les cas que nous suivons, 80 % d'entre elles vont au procès. Elles veulent s'assurer que l'accusé sera condamné. Et cette émancipation va doucement démotiver les violeurs, car ce sont eux qui porteront toute la honte, et plus les femmes

    A (ré)écouter: Inde: mobilisation contre les viols, le Grand Reportage International de ce mercredi 2 octobre.

    Sur le terrain, les associations de défense des femmes confirment cette prise de confiance, mais «il reste encore un long chemin à parcourir pour obtenir justice», estime Geetha Nambisan, la directrice adjointe de Jagori. «Les policiers sont encore réticents à accepter les plaintes et à reconnaître qu'une femme violée est avant tout une victime qui ne doit pas être jugée sur son attitude ou sa moralité.»

    Le tabou des viols intrafamiliaux

    Le plus grand défi sera de briser un tabou majeur : le viol au sein de la famille. Il constitue la grande majorité des agressions sexuelles en Inde, mais la famille représente un pilier tellement central dans la société indienne que les femmes qui le subissent sont empêchées de le révéler afin de préserver l'unité familiale. A défaut d'action, la parole commence à se libérer.

    A (ré)écouter: Femmes en Inde: victimisation et émancipation (7 milliards de voisins)

    «Depuis plusieurs mois, je reçois beaucoup de femmes qui me parlent spontanément des viols qu'elles ont subis», témoigne Leila Tayebaly, art thérapeute à Bombay, qui a suivi des centaines de cas de viols intrafamiliaux. «Auparavant, il aurait fallu attendre des années de travail pour qu'elles le révèlent. On sent de la colère et de la rébellion chez les jeunes femmes. Et quand cet abcès se perce, le changement peut ensuite arriver très vite.»

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