Marady San incarne le roi Norodom Sihanouk du Cambodge
Elle est toute menue, mais habitée par une grande voix qui fait résonner pendant sept heures l’histoire de son pays. Avec une énergie incroyable, la Cambodgienne Marady San, 26 ans, a incarné le roi du Cambodge lors de la première intégrale de L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, présentée au 30e Festival des Francophonies à Limoges. Cette re-création en khmer d’après la mise en scène d’Ariane Mnouchkine (1985) est à partir de ce jeudi 3 octobre jusqu’au 26 octobre au programme du Théâtre du Soleil à Paris. Entretien.
Qu'avez-vous ressenti après la première de l’intégrale de L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge le 29 septembre aux Francophonies ?
J’étais très contente, parce qu’il y avait beaucoup de Cambodgiens dans le public. Le public était au rendez-vous.
Comment avez-vous appris d’être comédienne ?
Déjà toute petite, j’ai adoré de regarder les gens jouer du théâtre. Pour moi, c’est quelque chose de naturel d’être une comédienne. C’est une nécessité pour moi. J’adore ça. Après, j’ai appris le métier de la comédienne dans l’école Phare PonLeu Selpak, une grande école d’arts du spectacle, de musique et d’arts visuels qui se trouve à Battambang au nord-est du Cambodge.
À quel moment avez-vous rejoint la troupe pour jouer ce spectacle ?
Je suis entrée à l’école Phare en 2007 et j’ai rejoint la troupe pour jouer la pièce en 2008.
La pièce a été jouée pour la première fois il y a presque trente ans. À l’époque, votre rôle a été joué par Georges Bigot qui est aujourd’hui le metteur en scène de cette recréation en langue khmère. Est-ce que vous interprétez le roi de la même façon que lui ?
Aujourd’hui, c’est moi qui joue le rôle. Étant sous la direction de Georges Bigot, je prends en compte ses directives tout en gardant ma personnalité et en y mettant mes propres intuitions pour ce rôle.
Jusqu’ici ce spectacle a été joué en langue française. Cette re-création en langue khmère, qu’est-ce que cela change pour la pièce ?
Il n’y a pas de changement. La pièce a été traduite en khmer, donc elle est restée telle qu’elle était en 1985. Ce qui a changé, ce sont seulement les comédiens. Maintenant, ce sont des vrais comédiens cambodgiens qui jouent les rôles des Cambodgiens.
La pièce parle d’une époque tragique, avec plus de deux millions morts sous la dictature des Khmers rouges. Est-ce que vous parlez facilement avec vos parents ou vos amis sur cette histoire ?
Je n’ai pas de parents, je suis orpheline. J’ai un petit frère. Il est circassien, il fait un spectacle de cirque qui raconte aussi l’histoire du Cambodge. On raconte la même histoire, moi au théâtre, lui au cirque.
Est-ce que c’est facile à parler avec d’autres gens sur ce qui s’est passé dans l’époque des Khmers rouges ?
Oui, il n’y a pas de difficulté d’en parler. Beaucoup de personnes âgées nous en parlent. Ils parlent de la difficulté, de la survie, de ce qui s’est passé à l’époque. Généralement, ils parlent sans problème. Ils comparent aussi souvent la vie dure qu’ils ont vécue avec la vie des jeunes d'aujourd’hui qui n’ont pas connu cette période.
Pendant des décennies, le roi Norodom Sihanouk était au centre de l’histoire cambodgienne. À un certain moment, il avait conclu une alliance tactique avec les Khmers rouges. Le roi que vous incarnez dans la pièce, est-ce un bon roi ?
Pour ma part, je pense qu’il était un bon roi. C’est un héros pour le Cambodge.
[Merci à Rotha Moeng pour la traduction simultanée de l’entretien]
![]() Marady San dans « L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge ». Michèle Laurent |
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L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge. Re-création en khmer d’après la mise en scène d’Ariane Mnouchkine (1985). Du 3 au 26 octobre au Théâtre du Soleil à Paris dans le cadre du 42e Festival d’Automne.

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