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    Asie-Pacifique

    Cambodge: travailleurs du textile et opposition font bloc contre le gouvernement

    media Les manifestations des ouvriers du textile, dont certains étaient munis de bâtons et cocktails molotov, ont été réprimées par la police qui a tiré à balles réelles. REUTERS/Samrang Pring

    Au Cambodge, la tension règne sur la capitale Phnom Penh. Des affrontements violents ont éclaté ce vendredi matin 3 janvier entre les forces de l'ordre et les grévistes des usines de textile qui réclament l'augmentation de leurs salaires. L'opposition, avec son chef de file Sam Rainsy, soutient ces revendications et dénonce la violence policière. Une répression perçue comme une tentative inacceptable de casser non seulement une grève ouvrière, mais aussi le mouvement démocratique qui est en train de se développer au Cambodge.

    Cela fait des semaines déjà que les ouvriers du textile sont mobilisés pour réclamer des meilleures conditions de travail et surtout des augmentions significatives de leurs salaires de misère. Mais depuis 24 heures, l'ambiance n'est plus celle des marches de protestation paisibles. Le mouvement se radicalise.

    Ce vendredi matin, plusieurs milliers de grévistes ont bloqué une route devant leurs usines, certains armés de bâtons, de pierre et de cocktails Molotov pour affronter la police, venue en force. D'autres ont mis le feu à des barricades.

    La police a fini par tirer directement sur les manifestants. Au moins trois personnes sont mortes et une dizaine d'autres auraient été gravement blessées, selon les associations de défense des droits de l'homme. La police militaire dit craindre une situation anarchique: « Nous étions inquiets pour la sécurité, a dit un porte-parole, alors nous devions réprimer la manifestation

    Pour la Ligue cambodgienne des droits de l'homme, il s'agit des «plus graves violences commises contre des civils depuis 15 ans au Cambodge ». Déjà en novembre dernier, une femme est morte d'une balle en marge des manifestations.

    Au cœur des revendications des quelque 650 000 ouvriers du textile, une hausse du salaire de 80 à 160 dollars par mois. La promesse du gouvernement de le porter à 95 dollars dès avril n'a pas suffi à calmer les esprits.

    Le textile, un secteur clé pour l'économie cambodgienne

    Le textile emploie 650 000 ouvriers dont 400 000 travaillent indirectement pour les grandes marques internationales. Face aux revendications salariales qui montent, le gouvernement a promis d'augmenter de 80 à 95 dollars par mois le salaire minimum en avril prochain.

    Insuffisant, estiment les syndicats. Mais après des mois de lutte parfois violente les ouvriers du textile du Bangladesh ont obtenu un salaire minimum de 68 dollars par mois seulement. C'est dire l'enjeu de cette revendication pour la compétitivité de l'économie cambodgienne dont près de 90% des exportations reposent sur le textile et la chaussure.

    Un gros tiers part pour les Etats-Unis et presque autant pour l'Europe. Mais pour faire tourner son industrie textile, le Cambodge doit importer de Chine la quasi-totalité du tissu et des fils. Par ailleurs, l'industrie cambodgienne peine à se diversifier. Elle commence à exporter du caoutchouc mais aussi du riz décortiqué dont la France est le principal acheteur devant la Pologne. Enfin, avec l'implantation récente d'usines taïwanaises, le Cambodge est devenu le 2e exportateur de vélos vers l'Union européenne.

    Le soutien de l'opposition 

    L'opposition, avec son chef de file Sam Rainsy, s'est faite le porte-parole des grévistes et critique l'intervention musclée des forces de l'ordre comme une tentative inacceptable de casser non seulement une grève ouvrière, mais aussi un mouvement démocratique naissant.

    → A (re)lire : Au Cambodge, l’opposition tisse des liens avec les ouvriers du textile

    Depuis quelques semaines et avec un certain succès, l'opposition tente de recupérer le mouvement des ouvriers du textile, dans le but notamment de monter un front commun contre le pouvoir en place. Sam Rainsy veut forcer la chute du gouvernement du Premier ministre Hun Sen en poste depuis 1985.

    Son parti, le Parti du Sauvetage national du Cambodge, manifeste tous les jours dans la capitale. Les opposants exigent des élections anticipées. Pour eux, le scrutin de juillet dernier a été entaché de fraudes massives. Depuis, ses députés boycottent d'ailleurs la nouvelle Assemblée nationale.

    Aujourd'hui, les ouvriers du textile se retrouvent donc en première ligne d'une contestation politique qui dépasse largement leurs révendications syndicales.

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