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    Asie-Pacifique

    Nadejda: l’exil engagé

    media Au Mans, où elle est réfugiée depuis douze ans, Nadejda Atayeva consacre sa vie à la défense des droits de l'homme en Ouzbékistan. RFI / François-Damien Bourgery

    Fille d’un ministre disgracié par le président ouzbek Islom Karimov, Nadejda Atayeva a fui son pays en mars 2000. Réfugiée en France depuis douze ans, elle consacre aujourd’hui sa vie à défendre les droits de l’homme en Asie centrale.

    Les journées de Nadejda Atayeva commencent toujours par un coup de téléphone. Celui d’un militant des droits de l’homme en Asie centrale qui lui rapporte un cas de torture, une condamnation ou une incarcération. Les placards de son appartement du Mans (ouest) où cette quadragénaire reçoit sont ainsi remplis d’histoires d’hommes et de femmes opprimés par les régimes autoritaires de leurs pays. A la tête de l’Association pour les droits de l’homme en Asie centrale, voilà maintenant huit ans qu’elle recueille des témoignages, constitue des dossiers et alerte les institutions internationales. Un long combat nourri par sa propre histoire que Nadejda Atayeva raconte en russe. Près d’elle, sa fille traduit en français.

    Il est environ midi ce vendredi 30 mars 2000 quand, dans sa maison de Tachkent, la sonnerie du téléphone retentit. Nadejda Atayeva décroche. A l’autre bout du fil, une voix l’avertit : « Ton père vient d’être arrêté. Tu as deux heures pour quitter le pays avant que la police ne vienne te chercher ». La jeune femme de 32 ans vacille. En quelques secondes, sa vie bien rangée, ses projets, sa sécurité, celle de sa petite fille, tout s’écroule. Seule demeure la peur de l’inconnu.

    Il faut faire vite. Nadejda Atayeva récupère des documents appartenant à son père et, avec sa fille et sa jeune sœur, s’enfuit au Kazakhstan voisin. Mais pas question de s’y installer. Même là, le SNB, les redoutables services de sécurité ouzbeks, risque de les arrêter. Les trois femmes reprennent alors rapidement le chemin de l’exil pour finalement trouver refuge dans une petite ville du sud de la Russie, sur les bords de la Volga. Pendant deux ans et quatre mois, Nadejda Atayeva vit dans la crainte de l’extradition. Les autorités ouzbèkes l’accusent d’avoir aidé son père à voler 5 millions de dollars. Interpol la recherche. « Mon arrestation aurait permis de faire pression sur mon père et de mettre la main sur les documents qui prouvaient son innocence », explique-t-elle.

    « Honte d’avoir été aussi fanatique »

    Plutôt que de se taire et de se cacher, Nadejda Atayeva clame son innocence. Elle écrit au président, au gouvernement, au procureur, à l’union des journalistes de son pays. Dans ses courriers, elle dénonce la corruption, les falsifications. Elle espère qu’Islom Karimov l’entende et qu’il remette tout en ordre. « Je croyais en lui, j’avais voté pour lui. Aujourd’hui j’ai honte d’avoir été aussi fanatique », confie-t-elle. Mais rien ne change. En Ouzbékistan, ses proches continuent à être arrêtés. Sa mère est placée en résidence surveillée.

    Un jour de juillet 2002, on vient les chercher, elle, sa fille et son frère qui entre-temps les a rejointes, pour les sortir de Russie. Le voyage se fait en voiture, afin de leur éviter d’être pistés. Un long périple à travers l’Europe qui les mène au Mans, dans l’ouest de la France. Lorsqu’ils arrivent à l’aube sur la place de la gare, Nadejda Atayeva se précipite vers un téléphone pour appeler sa mère. Elle doit la rassurer, lui annoncer qu’elle est enfin en sécurité. La salle des pas perdus est encore déserte. Ou presque. A quelques mètres de là, un homme auquel la jeune femme ne prête d’abord pas attention est assis sur un banc. Après avoir raccroché, elle croise son regard et ne peut réprimer un cri : son père, qu’elle croyait enfermé dans les geôles ouzbèkes depuis plus de deux ans, la regarde en souriant. Lui aussi avait pu s'enfuir à temps.

    Il lui faut maintenant régulariser sa situation, s’enregistrer à la préfecture. « Quand j’y suis allée, j’étais persuadée que j’allais être arrêtée », sourit Nadejda Atayeva. Elle se tourne ensuite vers un avocat pour lui demander de défendre son dossier et contacte l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). En même temps, raconte-t-elle, elle apprend le sentiment de liberté. « J’ai découvert qu’on pouvait manifester librement en France, acheter les journaux qu’on voulait. L’émigration m’a permis de prendre du recul, de découvrir l’anormalité de la vie en Ouzbékistan. Les Français peuvent critiquer tous ceux qu’ils veulent. Et leur grande chance est que cette possibilité soit pour eux une évidence. »

    La voix des droits de l’homme ouzbeks en France

    Le tournant survient le 13 mai 2005. A Andijan, dans l’est de l’Ouzbékistan, une insurrection est réprimée dans un bain de sang. Le régime reconnaît une trentaine de morts ; les témoins en évoquent des centaines. Les condamnations affluent de toute l’Union européenne. Pour les émigrés ouzbeks, ce massacre sonne comme un réveil. Ils s’unissent en association pour défendre les droits de l’homme en Asie centrale. Chaque membre se spécialise dans un domaine et tisse autour de lui un réseau d’activistes. Ensemble, ils récoltent des informations, rédigent des rapports, organisent des conférences en collaboration avec des diplomates. « En Ouzbékistan, la liberté n’est qu’une théorie qu’il faut rendre réelle », martèle Nadejda Atayeva. Devenue la voix des droits de l’homme ouzbeks en France, elle passe ses journées au téléphone et sur internet. « J’utilise mon cas personnel pour aider les autres. Cela me permet de les comprendre », dit-elle.

    L’association lui verse un subside qui couvre ses voyages, ses abonnements internet et téléphonique. Pour le reste, elle perçoit des aides de la Caisse d’allocations familiales. Nadejda Atayeva dit éprouver pour la France un sentiment mêlé de fierté, de respect et de reconnaissance. « La France m’a permis d’aider la population ouzbèke », assure-t-elle. Mais pas question de renier pour autant ses racines. « L’Ouzbékistan est mon pays. Je ne pourrai jamais le rejeter. Peu importe ce qui s’y passe. Je ne peux pas changer mon bras ou ma jambe ; c’est ce qui m’a été donné. Eh bien c’est pareil pour mon pays. Jusqu’à la fin de mes jours, peu importe où je me trouve, la maison qu’on m’a confisquée restera ma maison. »


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