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    Asie-Pacifique

    Malya, Dahami: l'exil en héritage

    media Dans le quartier de la Défense à Paris où elle a son appartement d'étudiante, Dahami et sa mère Malya, de dos. Elle reste traumatisée par le souvenir de l'Afghanistan. Aurore Lartigue/RFI

    Sa mère a vécu la terreur et la fuite dans sa chair. Elle a reçu en héritage cette richesse et cette douleur sourde. A leur manière, ces deux générations de femmes afghanes, ont fait de la France leur pays.

    « Je suis française d'origine afghane ». C'est comme ça que Dahami* se présente aujourd'hui presque sans accent ni hésitation. « A l'extérieur, je suis plus Française, mais mon âme est afghane », décortique-t-elle en agitant ses ongles à paillettes. De Kaboul, quitté alors qu'elle n'avait pas 10 ans, la jeune femme de 23 ans aux cheveux noirs parfaitement lissés ne se souvient guère. Elle se tourne vers sa mère pour traduire en farsi, la langue de la maison.

    Malya*, un foulard fleuri autour du cou, mime les larmes qui s'écoulaient de ses yeux quand son mari a été « capturé ». Pendant de longues semaines, elle le croit mort. Dans l'Afghanistan des Talibans, il ne fait pas bon être communiste. En fait, il a réussi à s'enfuir en France. « On a tout laissé, on est partis », sourit Malya. Dans une petite valise, elle emporte quelques photos, des bijoux de famille. Et un Coran. Direction le Pakistan où les réfugiés afghans affluent. La vie est difficile, mais c'est le prix à payer pour la sécurité pendant qu'en France, devenu réfugié politique, le père de Dahami accomplit patiemment les démarches pour faire venir les siens.

    « Je me souviens, s'illumine Dahami, le téléphone a sonné. Il nous a annoncé à chacun qu'on allait être de nouveau réunis. Il pleurait. » Quand elle atterrit à l'aéroport Charles de Gaulle, un jour pluvieux de juin 2000, elle n'a pas revu son père depuis trois ans. « C'était des étrangers », se rappelle Malya. « On pleurait tous, explique Dahami, le regard rieur. C'était un moment magique, un des plus beaux jours de ma vie ». Malya et Dahami ont profité de l'escale à Dubaï pour retirer leur voile. De la France, elles ne savent rien, juste que ce pays représente « la liberté ». « On avait le droit de parler », s'étonne encore Malya. « C'était une révolution ! s'exclame Dahami. Un autre monde aussi. On voyait des Africains pour la première fois par exemple ! », sourit-elle. Seule déception pour l'adolescente de 13 ans : la Tour Eiffel que son père l'emmène voir est moins gigantesque qu'elle ne l'avait imaginé en lisant un guide touristique.

    « La France nous a offert l'éducation »

    Dahami et sa mère ne tarissent pas d'éloges sur la France. La chaleur du CADA de Picardie, le Centre d'accueil pour demandeurs d'asile où ils ont passé deux ans : « Il y avait des Bosniens, des Géorgiens, tous exilés. On ne parlait pas la même langue, mais on se comprenait, on pleurait ensemble, on organisait des fêtes avec les autres familles. C'était apaisant ».

    « De suite, mon père nous a inscrits à l'école. Sa priorité. Il voulait qu'on soit prêts pour la rentrée de septembre. Le premier jour, on pleurait, mais on s'est vite habitués. On était plus autonome que les autres enfants. Dans un pays ravagé par la guerre, il faut se débrouiller pour tout ». « La France nous a offert l'éducation », souligne l'étudiante. Les 9 frères et sœurs – un dernier enfant est né en France – ont tous fait des études. « Mon père est fier. Pour lui, c'est une victoire. Il dit : " j'ai gagné ma bataille, à vous maintenant ! " Ça me motive ».

    Mais passée la joie des retrouvailles, il a fallu tout reconstruire. « Je me demande si je me serais relevée comme eux », s'interroge Dahami avec fierté. L'enfant qu'elle était n'a pas ressenti la douleur de l'exil. Mais elle a toujours vu ses parents en souffrir de ce manque, comme un membre fantôme qui tourmenterait, à vie, l'amputé. Jusqu'à la dépression parfois, eux qui avaient connu l'Afghanistan d'avant le tchador et la terreur. Ce pays tant aimé où ils avaient fait leurs études et travaillé. « Quitter un pays, c'est comme quitter une mère », compare Malya pour faire comprendre son « déchirement ».

    De chef d'entreprise, son père s'est retrouvé « au bas de l'échelle », à vivoter de petites missions. « Ils ont fui un pays où la vie était dangereuse, mais ici, il fallait encore se battre. Je revois mon père passant des nuits entières à recopier des mots pour progresser en français », s'emporte-t-elle entre tendresse et tristesse. Dahami a vite appris sa nouvelle langue, mais pour eux le chemin a été long. Treize ans après, Malya prend encore des cours, elle s'accroche. Son « rêve » : pouvoir un jour retravailler, « se sentir utile ». « Chaque année, chaque mois, chaque jour, j'avance », décrit celle qui osait à peine prendre le bus au début. Aujourd'hui, elle s'est fait des amies avec qui elle partage des pâtisseries afghanes.

    « Je suis trop rebelle »

    Dahami n'arrive pas à s'imaginer la vie qu'elle aurait eue à Kaboul. « La France est devenue mon pays : mes amis, mes études sont là. Je suis trop rebelle, s'anime-t-elle. Je me souviens que petite, je voulais faire un sport de combat et je ne comprenais pas pourquoi je n'avais pas le droit. Ma mère me disait : " parce que tu es une fille ", mais je ne comprenais toujours pas ». En France, elle a fait dix ans de judo, à haut niveau.

    Retourner en Afghanistan, pourquoi pas, mais pour aider. « J'attends, j'ai peur d'être déçue par ce pays si fantasmé ». Mon rêve, c'est d'aller là-bas faire quelque chose pour ceux qui n'ont pas la parole, les femmes en particulier, confie cette future avocate. « Notre père nous pousse, il nous rappelle qu'on a un devoir envers notre pays ».

    Récemment encore, il a appris qu'un de ses amis avait été assassiné. Malya et lui ont fait le voyage une fois. Elle n'a pas reconnu son pays. C'était en 2009, quand toute la famille a été naturalisée. « La France qui nous avait donné la joie et la sécurité nous acceptait, traduit Dahami. Nous n'étions plus des réfugiés à protéger, mais des Français ».

    * Les prénoms ont été changés.

    Notre dossier complet : Femmes d'ici, femmes d'ailleurs: paroles d'exilées

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