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    Asie-Pacifique

    Ca Dao : l’exil militant

    media Ca Dao, vietnamienne de 56 ans, habite désormais dans la banlieue parisienne. Matthieu Millecamps/RFI

    Ca Dao a fui le Vietnam communiste en 1980. Réfugiée aux Pays-Bas, puis en France, cette activiste des droits de l'homme est désormais interdite de séjour dans son pays d'origine. Elle revient sur son odyssée de boat-people et lien viscérale qu'elle conserve avec le Vietnam.

    Une nuit d’octobre 1980, à quelques encablures des côtes vietnamiennes. Une nuée de petits bateaux converge vers un navire à peine plus grand. « Je tremblais. Je ne sais pas si c'était de froid ou de peur ». Ca Dao – le pseudonyme qu'elle utilise désormais pour ses activités de militante des droits de l'homme – a encore la voix qui tremble lorsqu'elle raconte sa fuite. « Je savais que c'était dangereux, mais je préférai mourir en mer que de rester. Je n'avais plus confiance en personne. Même dans les familles, on se taisait. » Ce soir-là, elle n’a presque rien emporté, si ce n’est les 200 grammes d'or pour les passeurs et une bague donnée par son père.

    Le bateau sur lequel Ca Dao a fui le Vietnam. Photo prise depuis le pont du navire hollandais qui a secouru les boat-people. Matthieu Millecamps/RFI

    Le bateau sur lequel elle embarque fait 16 mètres de long et 6 de large. Les gens sont parqués dans la cale. Bloqués, ils vomissent et font leur besoin là où ils se trouvent. « Ces jours sont flous dans ma mémoire, mais je me souviens de cette odeur, insoutenable ». Au sixième jour de ce calvaire, le Nedloyd-Sinouskerk, un cargo hollandais, porte enfin secours aux boat-people en perdition.

    Pendant tout son récit, dans le salon de l’appartement d'Eragny-sur-Oise, en banlieue parisienne, où elle vit aujourd'hui, Ca Dao tient entre ses doigts des photographies du sauvetage. A bord de l’esquif, le capitaine du cargo, Tom Tertheggen, comptera 303 personnes, dont 80 enfants.

    Ca Dao passe ensuite trois mois à Singapour dans un camp du HCR, avant d'être envoyée aux Pays-Bas, où elle pose le pied à la mi-janvier 1981. Le choc culturel est rude, la solitude pesante. Elle passe plusieurs mois dans un foyer, à une vingtaine de kilomètres d'Amsterdam, à apprendre la langue et se familiariser avec la culture locale. Elle décroche une bourse et reprend des études de chimie. Au bout de quatre ans, elle obtient son diplôme et trouve rapidement un travail. « J'ai été la première des femmes vietnamiennes de notre foyer à m'acheter une maison ! », claironne-t-elle fièrement.

    De la colère à l’activisme

    A la fin des années 1980, elle commence à militer au sein d’associations de Vietnamiens exilés. « En 1990, j'avais obtenu la nationalité hollandaise, enfin. J'ai écrit à ma famille pour leur dire que je pouvais rentrer au Vietnam, sans risquer de ne plus pouvoir repartir. » Le voyage est programmé pour le début 1991. Mais en octobre 1990, tout s'effondre. Ca Dao apprend la mort de son père au téléphone. « J'avais attendu onze ans, économisé, travaillé, et il est mort ? Je ne voulais pas le croire. »

    Elle maintient son séjour au Vietnam, où elle retrouve sa famille. Mais lorsqu'elle rentre en Hollande, la colère prend le pas sur la tristesse. « Si je n'ai pas pu revoir mon père avant sa mort, c'est à cause des communistes », s’enflamme-t-elle. Son activisme se renforce alors au fil des années 1990. Sous le pseudonyme Ca Dao, elle écrit des tribunes, réalise des articles pour des blogs, intervient dans des colloques. Elle collabore notamment à Radio Free Asia.

    L'un de ses principaux chevaux de bataille est la défense des droits des travailleurs vietnamiens, notamment migrants. Avec le Free Viet Labor Federation, elle participe à la réalisation d'un « passeport » à destination des travailleurs vietnamiens en Malaisie, pour leur faire connaître leurs droits. « Et chaque année, le 30 avril, on organise des événements pour commémorer l'arrivée des communistes en 1975, avec tout ce que cela a impliqué de souffrances pour les Vietnamiens ».

    Interdite de séjour

    C'est par un ami activiste qu'elle rencontre celui qui est désormais son mari, un Vietnamien installé en France, où elle le rejoint en novembre 2000. Pendant les dix ans qui suivent, Ca Dao est retournée une poignée de fois au Vietnam. Mais son militantisme a fini par la rattraper. En 2011, elle est interpellée à la descente de l'avion, à Hô-Chi-Minh-Ville – elle dit toujours « Saïgon » -, et subit un interrogatoire de plusieurs heures dans les locaux de la police à l'aéroport. « Ils me demandaient pourquoi j'étais membre de ces associations, pourquoi j'avais écrit tel ou tel article. Ça a duré des heures. Je leur disais : ‘’ Dans mon pays – la France – j'ai le droit de penser et de dire ce que je veux ’’ ». Elle est finalement mise manu militari dans l’avion pour Paris, « au nom de la sécurité du pays ».

    L'année suivante, Ca Dao et son époux ont déposé une nouvelle demande de visa, rejetée sans motif officiel. En 2013, elle est allée au Cambodge, où sa famille l'a rejoint pour quelques jours. Une situation qui n'est pas du goût de son conjoint. « C’est difficile d'être une activiste et une femme... En mettant ainsi la pression sur mon mari, le régime fait pression sur moi. Mais je me dois de continuer, pour tous les blogueurs emprisonnés, pour tous ceux qui sont là-bas. Je ne sais pas si je verrai un Vietnam libre de mon vivant, mais j'y crois encore. »

    Notre dossier complet : Femmes d'ici, femmes d'ailleurs: paroles d'exilées

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