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    Asie-Pacifique

    Tseyang: colère et espoir dans l'exil

    media Tseyang Sihle rêve qu’un jour, la culture de ses ancêtres puisse prospérer dans le cœur de ses enfants. Romain Mielcarek/RFI

    A 51 ans, Tseyang Sihle a partagé sa vie entre un exil en Inde et un autre en France. Cette Tibétaine, marquée par la perte de la majorité de ses proches, se raccroche au besoin d’aider les autres.

    Du Tibet, il ne reste que quelques images, quelques odeurs. Des flashbacks. « Quand j’avais 6 mois, ma famille a fui sur un yack, comme dans le film Himalaya ! » A l’évocation de ces maigres souvenirs, Tseyang Sihle rit aux éclats. Sa famille, des éleveurs, quitte son pays pour échapper au joug chinois. Le long de la frontière avec l’Inde, ils survivent quelques années. « Je me souviens d’être tombée d’un yack en poursuivant mon père ! »

    Des bribes de souvenirs et de sourires qui laissent rapidement la place à d’autres, moins heureux. La famille est rattrapée par la situation du Tibet. A la frontière, les Indiens ne savent pas bien quoi en faire. Une partie d’entre eux est envoyée dans le centre de l’Inde, l’autre dans le sud. Le choc est violent. De leurs montagnes, habitués qu’ils sont au beurre de yack et à la rigueur himalayenne, les Tibétains se retrouvent projetés dans une région chaude, où la nourriture est totalement différente. Beaucoup tombent malades. Tseyang perd ainsi sa maman, alors qu’elle est encore toute petite. Moment gravé dans une âme que la tristesse paralyse encore près de cinquante ans plus tard : « Mon père m’a caressé la tête. Son visage était zen : " Ta maman est décédée " ».

    « Toute ma famille est morte sans que je puisse les connaître », résume Tseyang, dont le regard s’est soudain assombri. La voix coupée par des sanglots qu’elle retient difficilement, elle se rappelle une dernière rupture : pour lui permettre d’étudier, son père la laisse partir vers une école de Dharamsala, dans le nord de l’Inde. Là, avec les autres enfants de la communauté tibétaine en exil, elle partage tout dans un village-école financé par les dons de la communauté internationale.

    Prête pour la bagarre

    La petite Tibétaine grandit en observant des militaires indiens, dans une base proche de son école. Alors que tout la destine à devenir secrétaire, elle veut s’engager dans l’armée. « Depuis toute petite, à cause de ce que ma famille a subit, on faisait toujours des manifestations. » Ravalant ses larmes, elle affiche sa fierté de ne jamais avoir raté le jour du soulèvement, le 10 mars, triste anniversaire si cher aux Tibétains en exil.

    « Un jour, se racontait alors la jeune Tseyang, s’il y a une bagarre contre les Chinois, les hommes tibétains ne seront pas assez nombreux. Il faudra que les femmes les aident. Je voulais m’entraîner ! » A 20 ans elle rejoint une compagnie exclusivement composée de Tibétains, au sein d’un régiment de l’armée indienne. Tseyang devient parachutiste. Elle apprend à marcher au pas et à tirer. Elle monte et démonte son fusil, les yeux bandés. Le grand jour arrive où il faut enfin sauter de l’avion. Les Tibétaines sont accompagnées par des officiers indiens. La rumeur suggère alors une hypothèse savoureuse : « ils avaient peur de sauter, alors les mettre avec des femmes comme nous, ça les obligeait à le faire quand même ! », s’amuse Tseyang.

    Pourtant, la routine l’exaspère rapidement. « Etre simple militaire, ce n’est pas utile. Ni pour moi, ni pour les autres. Je voulais être capitaine. Mais ça aurait pris des années. » Tseyang reprend ses études, puis travaille pour différentes administrations. Au cours de sa vie, elle sera secrétaire, comptable, présentatrice à la radio, caissière, interprète, enseignante puis aide-soignante. Autant d’étapes, d’aventures, d’expériences qu’elle raconte en faisant de grands gestes enthousiastes et débordant de l’énergie de cette petite femme que rien ne semble pouvoir abattre : « je suis très émotive, mais je suis aussi très forte ! »

    De la colère à l’espoir

    A 26 ans, elle rejoint la France pour suivre son premier époux. Elle craint de quitter l’Inde vers l’inconnu, mais a le sentiment de ne pas avoir le choix. Arrivée à Paris, elle s’accroche. « Je dois m’intégrer dans la société française, se dit-elle alors. Mais comment faire ? » Elle y parviendra à force d’efforts pour fréquenter toujours plus de Français, sans jamais arrêter d’aider sa communauté, au sein de laquelle elle restera une militante fervente et active. Elle parviendra même à faire venir son père, quelques années plus tard. Progressivement, elle se reconstruit une vie. Elle épouse un Français. Elle élève ses deux enfants, un garçon et une fille.

    En 2003, tous les quatre se rendent au Tibet. Ils passent deux mois à Lamdo, un lieu proche de la région autonome, où vivent des populations tibétaines. Tseyang ne pourra pas aller jusque sur les terres de sa famille : il faudrait des autorisations impossibles à obtenir. Elle effleure pourtant le rêve de renouer avec ses origines : « Je n’arrivais pas à parler librement avec mon propre peuple. Il faut faire très attention à ce qu’on dit ! Alors on échange sans les mots. »

    De ces discussions muettes avec ceux qui sont encore là-bas et pour lesquels elle s’inquiète en permanence, elle a tiré une force nouvelle. « Ce n’est pas si facile pour les Chinois de tout détruire. Il y a un petit espoir. Ca m’a encouragé, je vais continuer, à ma façon. » Pour participer à la survie du Tibet, elle transmet toute sa culture. « Mes deux enfants, je les ai nourris de culture tibétaine. Je leur ai parlé tibétain dès tout petit. Même s’ils sont à 99% entourés de Français, je crois que tout au fond d’eux, ils font partie du Tibet. » Elle reste pourtant inquiète et ne peut que se poser la question : « Est-ce que ma fille, lorsqu’elle sera femme, aura un enfant qui sera encore tibétain ? » C’est en tout cas ce qu’elle espère.

    Notre dossier complet : Femmes d'ici, femmes d'ailleurs: paroles d'exilées

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