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    Asie-Pacifique

    Inde: la droite hindouiste voit arriver son heure de gloire

    media Narendra Modi devant la convention nationale des commerçants, où il vante les mérites du «modèle économique du Gujarat». RFI/Sébastien Farcis

    Narendra Modi, ministre en chef de l'Etat du Gujarat et candidat pour le parti de la droite hindouiste du BJP, est le favori pour devenir Premier ministre indien après les législatives qui se tiennent du 7 avril au 12 mai. Il est perçu comme un administrateur compétent, capable de redresser une économie en crise, mais reste pour beaucoup complice des pogroms anti-musulmans de 2002.

    De notre correspondant en Inde,

    Le calme enveloppe les ruelles de Naroda Patyia, perturbé à l'occasion par le bêlement timide des chèvres. Au loin, un haut-parleur fatigué entame l'appel à la prière depuis la petite mosquée du quartier. Dans une cour à la peinture indigo écaillée, Sarifa Sheikh replace son voile rouge sur les cheveux. Son regard noir devient humide quand elle se remémore le fracas meurtrier de la nuit du 27 février 2002 : « Des centaines d'hommes habillés en orange ont dévalé la ruelle, munis de sabres. Nous avons fui sur la terrasse mais ils ont attrapé l'un de mes enfants. Ils l'ont transpercé et l'ont brûlé vivant, devant mes yeux ».

    Sarifa Sheikh, dans sa petite maison du quartier de Naroda Patyia, à Ahmedabad, où les hordes d’hindouistes ont tué son enfant en 2002. RFI/Sébastien Farcis

    Modi accusé, jamais condamné

    Ce quartier de l'est d'Ahmedabad, au Gujarat, fut le plus violemment frappé par les pogroms anti-musulmans qui enflammèrent cet Etat de l'ouest de l'Inde pendant trois jours et coûtèrent la vie à plus de mille personnes. Ces crimes, initiés en réaction à l'incendie d'un train de pèlerins hindous, « n'auraient pu être commis sans la complicité du gouvernement régional et de son chef, Narendra Modi », affirme Mukul Sinha, le principal avocat des victimes, qui a démontré, à travers la localisation de leurs appels, que les policiers quittaient systématiquement les quartiers musulmans dès que les assaillants arrivaient.

    A ce jour, 218 personnes ont été condamnées pour ces meurtres, dont une ancienne ministre régionale présente dans les pogroms, mais la justice n'a pu prouver la responsabilité de Narendra Modi. Cet adepte du fondamentalisme hindou n'a pourtant jamais regretté ces meurtres de masse perpétrés sous son administration, ce qui ne l'a pas empêché de se faire élire trois fois de suite à la tête du Gujarat. Et aujourd'hui, il veut faire oublier cette période sombre et conquérir le reste du pays, avec un credo : le développement économique.

    « Modi est notre seule chance »

    Habillé de sa traditionnelle kurta blanc cassé, Narendra Modi s'approche du pupitre, devant la convention nationale des commerçants, à New Delhi. Il est venu vendre son « modèle du Gujarat », un mélange d'efficacité administrative et d'ultra-libéralisme économique qui a aidé cet Etat à bénéficier d'une croissance industrielle de près de 10% pendant sept années consécutives, tout en aménageant des infrastructures de qualité.

    Dans un pays où, même dans les grandes villes, les usines souffrent de régulières coupures d'électricité et de routes cabossées, ce programme charme l'auditoire. « Il a démontré qu'il était un bon administrateur, un homme qui avait le courage de prendre des décisions. Et c'est cela qu'il nous faut aujourd'hui », commente Vinay Sharma, qui dirige une entreprise de pièces détachées pour automobiles. « Depuis cinq ans, le gouvernement a annoncé plusieurs réformes, comme l'unification du système de taxes, mais il ne les a jamais appliquées. Modi est notre seule chance », conclut-il. Selon plusieurs sondages, le BJP pourrait obtenir plus d'un tiers des sièges de la Chambre basse, et prendre ainsi la tête d'un gouvernement de coalition dirigé par Narendra Modi.

    Une économie en berne, le Congrès sur la sellette

    L'alliance gouvernementale sortante, menée par le parti de centre-gauche du Congrès, sort décrédibilisée au bout de dix ans de pouvoir. Affaiblie par plusieurs scandales de corruption, dont l'un a envoyé un ministre en prison, la « maison des Gandhi » a été attaquée de toutes parts, particulièrement sur le front meurtri de l'économie : le taux de croissance du PIB a été divisé par deux en deux ans, stagnant en dessous de 5% annuelle et la roupie a perdu 15% de sa valeur face au dollar depuis mai dernier, alimentant une inflation de plus de 8%.

    Pour essayer de renouveler son image, le Congrès a donc projeté Rahul Gandhi, le jeune fils héritier de cette dynastie qui a compté trois premiers ministres indiens, comme le chef de leur campagne. Député depuis 2004, l'homme brun et bien bâti de 43 ans, aux charmantes fossettes, parcourt le pays, entre discours devant les foules et discussions informelles en petits comités choisis pour persuader le public des avancées en faveur des pauvres apportées grâce au « parti de la main » : le méga-plan qui garantit cent jours par an de travail aux agriculteurs ou la loi sur le « droit à l'information » qui permet aux citoyens d'accéder à la plupart des documents administratifs et demander des comptes à l'Etat.

    La surprise de l' « homme du peuple »

    « Rahul n'a rien de plus à apporter, rétorque Raes Sikandar, un étudiant en droit de l'Université de Delhi, âgé de 23 ans. Il appartient à la machine dynastique et corrompue du Congrès. » Il exclut cependant de voter pour le BJP, « un parti d'extrêmistes hindous qui traite les autres communautés comme des citoyens de seconde classe ». Raes, qui fait partie du cinquième des 815 millions d'électeurs âgés de moins de 25 ans, choisira donc le parti du « Aam Admi » (« l'homme du peuple » en hindi).

    Cette formation, créée en novembre 2012 par les militants anti-corruption menés par Arvind Kejriwal, a déjà balayé le Congrès du gouvernement régional de New Delhi en décembre dernier et apparaît comme une troisième force incontournable lors de ces élections, prodiguant une politique de subvention des services de base pour les pauvres et surtout d'intégrité : tous les candidats du Aam Admi ont un casier vierge, alors que dans la chambre sortante, 1/3 des députés étaient poursuivis ou avaient été condamnés par la justice.

    Le miracle économique du Gujarat, un danger social pour l'Inde ?

    Le parti du BJP, grand favori des élections, prévoit de relancer l'économie indienne en appliquant le modèle libéral du Gujarat. Or la forte croissance dans cet Etat s'est faite au profit d'industries très mécanisées et donc sans création nette d'emploi, prévient le professeur Atul Sood, qui a dirigé une étude sur le sujet à partir de données publiques : « Le Gujarat est également l'Etat qui a connu le plus de conflits sociaux, une conséquence de cette politique entièrement favorable au patronat ». Enfin, malgré sa forte croissance, selon l'UNICEF, près d'un enfant sur deux de moins de cinq ans continue à être mal nourri et la mortalité infantile et maternelle n'ont baissé que marginalement depuis dix ans. « Répliquer ce modèle au pays entier risque d'aggraver les inégalités et d'augmenter la misère en Inde », conclut le Pr Sood.

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