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    Asie-Pacifique

    Inde: victoire éclatante du nationaliste hindou Narendra Modi

    media Narendra Modi, chef du BJP vainqueur des élections législatives et probable futur Premier ministre, le 16 mai 2014. REUTERS/Anindito Mukherjee

    L'alternance est assurée en Inde avec une large victoire du Parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party aux élections législatives.  Le BIJ et son chef Narendra Modi pourraient obtenir la majorité au Parlement. C’est une page qui se tourne après dix ans de pouvoir du Parti du Congrès et de son candidat, Rahul Gandhi, héritier de la dynastie Gandhi-Nehru, qui a reconnu sa défaite. Gilles Verniers est chercheur, représentant de Sciences Po en Inde. Il revient sur cette victoire sans partage du BJP. Il est l’invité de RFI.

    RFI : Gilles Verniers, cette majorité absolue pour le BJP, est-ce que cela constitue une surprise ?

    Gilles Verniers : Oui, la majorité simple constitue une surprise dans la mesure où de nombreux cadres du BJP s’attendaient eux-mêmes à être assez loin de cette majorité, la conversion des voix en sièges en Inde est d’une matière très complexe. La crainte du Parti hindou c’était d’avoir à composer avec des alliés trop puissants qui disposent d’un droit de veto sur la coalition au pouvoir. Mais là clairement, ils seront en mesure de se passer d’alliés. C’est une première en Inde depuis 1984 !

    Alors, comment l’interpréter ? Est-ce que c’est le Parti du Congrès qui a perdu ou est-ce que c’est vraiment le BJP qui a gagné ?

    C’est un peu les deux. Mais c’est évidemment la conjonction de nombreux facteurs. Il y a une vague pro-Modi, ça ne fait aucun doute. Le BJP fait ses meilleurs scores dans les Etats où il était déjà implanté, dans l’Ouest, le Nord, toute la plaine gangétique. Dans une série d’Etats importants comme le Gujrat, le Rajasthan, Delhi, le BJP mène dans l’ensemble des sièges, ce qui ne s’était jamais vu en Inde. Et, par ailleurs, il progresse dans les Etats où il n’était pas fortement implanté comme en Assam dans le Nord-Est; il a même obtenu deux sièges au Cachemire, ce qui je pense est une première. Par contre, il n’y a pas eu de vagues dans le sud de l'Inde, où le BJP n’a jamais été très présent et même au Karnataka, où il a récemment occupé le pouvoir, son score n’est pas extraordinaire. Alors cette vague a été portée par un battage médiatique, sans précédent, qui en termes d’ampleur et de dépenses était de l’échelle d’une présidentielle américaine.

    Sur la personnalité de ce candidat, Narendra Modi ou sur ses promesses?

    Ça a été une campagne qui était extraordinairement personnalisée. En Inde, on n’avait pas vu ça depuis les campagnes d’Indira Gandhi, qui elle aussi personnalisait terriblement ses campagnes, au détriment d’ailleurs de son parti ce qui était un autre point commun.

    La grande différence entre ces deux figures politiques c’est que Indira Gandhi le faisait au nom d’un discours populiste en faveur des pauvres, alors que Narendra Modi le fait essentiellement en son nom. En termes de promesse de campagne, à part le don de sa personne, il n’a rien formulé de très spécifique. La campagne s’est concentrée sur son aptitude à redresser l’économie indienne, fort de l’expérience qu’il a au Gujrat depuis quinze ans. Mais en termes de propositions très spécifiques ou de réorientations politiques, cela reste encore des questions.

    Malgré tout, les milieux financiers ont plutôt bien accueilli la perspective de cette victoire ?

    En effet, il y a eu un moment d’échauffement ce matin, dès la publication des premières tendances. La Bourse de Bombay a dépassé les 25 000 points et a gagné plus de 4 % au cours de la semaine, et a battu un record historique. Alors ça s’est un peu stabilisé depuis.

    Si on y regarde de plus près, on s’aperçoit sans trop de surprise que les entreprises d’industriels réputés proches de Narendra Modi ont vu leurs cours littéralement exploser, même si ça commence un peu à se stabiliser. Ceci dit, au niveau des marchés financiers, il y a une véritable euphorie.

    On a parlé justement de cette victoire des nationalistes hindous. Il y a donc aussi parallèlement la défaite du parti qui était au pouvoir depuis dix ans. Rahul et Sonia Gandhi viennent d’endosser la responsabilité de leur défaite. Est-ce que c’est justement là aussi, comme ça a pu l’être - vous l’avez dit - une victoire personnalisée, une défaite personnelle ?

    Oui et non. Le leadership du Congrès paie évidemment, pas seulement de sa personne, mais paie également pour toutes les affaires et scandales qui ont marqué le deuxième gouvernement du Congrès de 2009 à 2014. C’est un mandat qui a été marqué par des scandales de corruption d’une ampleur sans précédent, dans un contexte où l’économie indienne s’est assez fortement ralentie, avec un taux de croissance passant de 8 à 5%, avec un contexte de paralysie des institutions publiques qui évidemment n’auront pas facilité la tâche. Donc, c’est un peu la conjonction de ces facteurs qui font en sorte que la défaite du Congrès est impressionnante.

    Par contrecoup également, le BJP ayant personnalisé terriblement sa campagne, par contraste la campagne du Congrès s’est retrouvée sans doute plus personnalisée qu’il ne l’aurait souhaité. Et dans la bataille d’image et dans la bataille médiatique, ils n’étaient pas clairement à armes égales.

    Impossible de ne pas évoquer l’aspect religieux, confessionnel, BJP nationalisme hindou, avec justement cette personnalité du futur Premier ministre, lui que certains ont surnommé le boucher du Gujrat, est-ce que cela risque de rendre encore plus complexes les relations par exemple à l’international ?

    Il y a plusieurs choses. La première c’est que le BJP initialement a tenté de mettre sous le boisseau ses registres de campagne traditionnelle, puisant leur thème dans le registre religieux. Mais le Parti hindou s'est retrouvé dans une situation difficile en milieu de campagne. Les hindouistes sont devenus assez nerveux, et se sont complètement reportés sur ces thèmes-là. Ces thèmes-là ont donc resurgi. Ce qui tend à montrer que tout le discours-, comme quoi le BJP avait mis son ancien agenda derrière et se projetait vers l’avenir avec un agenda économique-, ne tient pas tout à fait la route.

    Alors faut-il craindre un durcissement des fléchissements politiques, des politiques de persécution des minorités? Je ne le pense pas, dans la mesure où l’intérêt de Narendra Modi et du BJP est avant tout de redresser l’économie du pays.

    Propos recueillis par Caroline Paré

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