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    Asie-Pacifique

    L’Extrême-Orient russe, espace de coopération avec la Chine ?

    media Le président de la Russie Vladimir Poutine (g) et son homologue chinois XI Jinping à Shangai le 21 mai 2014. REUTERS/Aly Song

    Alors que Vladimir Poutine achève ce mercredi 21 mai sa visite en Chine, de nombreux dossiers restent ouverts entre les deux grands voisins russes et chinois. En plus d’un accord dans le secteur énergétique, la coopération russo-chinoise semble se réaliser à l’échelle régionale, dans un Extrême-Orient autrefois contesté.

    L’Extrême-Orient russe est depuis longtemps un facteur de relations difficiles avec la Chine. Zone reculée et peu peuplée de la Fédération de Russie, il s’agit d’une région difficile à mettre en valeur. Au cours de son histoire, la maîtrise de son immense territoire est une difficulté constante pour la Russie, pays à la forte tradition historique de centralisation. Le cas de l’Extrême-Orient, qui représente un tiers de la superficie du pays, en est un exemple éloquent.

    Un territoire historiquement disputé

    L’Extrême-Orient est l’objet d’une « incessante (re)conquête économique », titrait un article de la revue Hérodote. C’est au cours du XVIIe siècle que la Russie tsariste tente ses premières incursions dans la région, où elle se retrouve en confrontation avec les Mandchous. Mais ceux-ci parviennent à repousser les Russes, et obtiennent les territoires du bassin du fleuve Amour. Ce n’est qu’au XIXe siècle que la Russie lance à nouveau son expansion à l’Est, où elle est cette fois-ci victorieuse. Après différents traités, elle parvient à mettre la main sur ces terres, profitant de la découverte de charbon et d’or qui contribuèrent à l’installation de colons russes. La période soviétique fut celle d’un fort développement des infrastructures, dans un contexte militaire très tendu.

    Les risques d’une attaque japonaise, d’autant plus envisagée que le souvenir de la défaite dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905 est présent dans les esprits, puis la menace du voisin communiste chinois entraînent une forte militarisation de la région. Les incitations à l’installation ou les déplacements forcés de population permettent de peupler l’Extrême-Orient, dans un but de contrer les menaces aux frontières orientales de l’URSS. La fin de l’URSS est facteur de déclin, la population diminuant de plus de 4 millions de personnes de 1989 à 1999. La perception de la menace chinoise prend alors d’autres formes.

    Le risque fantasmé du « péril jaune »

    L’existence à la frontière russe d’un pays aussi dynamique et peuplé que la Chine a été source de nombreux fantasmes de la part des médias mais aussi des hommes politiques russes. La présence d’immigrés chinois est un exemple frappant de cette instrumentalisation. Avec une densité de population avoisinant 1 habitant par kilomètre carré, la presse russe a régulièrement titré sur le « péril jaune », c’est-à-dire le risque de voir sa partie orientale colonisée par les migrants chinois qui s’y établissent. De même, la présence d’investissements chinois en Extrême-Orient a été présentée comme un problème pour le pouvoir fédéral russe, accusé de délaisser la région.

    La Chine, quant à elle, considère que les traités établis au XIXe siècle, dans un moment de grande faiblesse pour l’empire chinois, sont des « traités inégaux ». Mais ces contentieux frontaliers ont été progressivement réglés depuis 1991, sans finalement engendrer de véritables litiges entre la Chine et la Russie. La présence chinoise, apparemment loin d’être une volonté délibérée de prendre possession de territoires russes, est une migration temporaire, loin de la représentation classique d’une invasion. Peu de Chinois décident de rester en Russie, même si leur proportion augmente, et la plupart restent seulement quelques mois, expliquait en 2008 une étude sur le sujet. La Russie semble progressivement avoir intégré ces réalités de la présence chinoise.

    Le PDG de Gazprom Alexei Miller (c.), le président du consortium national chinois du pétrole Zhou Jiping (d.) et le président de la Russie Vladimir Poutine (g.) lors de la signature d'un contrat gazier, à Shangai le 21 mai 2014. REUTERS/Alexei Druzhinin/RIA Novosti/Kremlin

    Une coopération future ?

    Depuis le début des années 2000, la Russie essaie d’établir une coopération constructive avec son voisin dans la zone orientale. Après avoir facilité les régimes de visas pour les migrants chinois, elle multiplie les déclarations d’intention pour mettre en valeur ce territoire. Dans la volonté affichée par Dimitri Medvedev comme Vladimir Poutine d’assumer le statut de puissance asiatique de la Russie, il devient nécessaire d’intégrer l’Extrême-Orient russe dans son environnement régional. La visite actuelle de Vladimir Poutine en Chine est une nouvelle preuve de cet intérêt pour l’espace asiatique, d’autant plus que la crise ukrainienne est passée par là.

    →A (RE) LIRE : Russie et Chine réaffirment leur partenariat stratégique

    Au-delà des accords énergétiques, d’autres coopérations semblent se développer entre la Russie et la Chine dans l’Extrême-Orient. La Banque de développement chinoise a annoncé en avril sa volonté d’investir dans la région à hauteur de cinq milliards de dollars, afin de développer des infrastructures régionales. Lors de la visite du président Poutine, la décision a été prise de la construction d’un pont ferré entre les deux pays. Mais cette stratégie de partenariat avec la Chine ne fait pas l’unanimité.

    Un député du parti au pouvoir, Russie Unie, a ainsi cosigné une tribune dans The Moscow Times, dans laquelle il développe les conditions pour permettre un développement de la région. Parmi celles-ci, il souligne la nécessité de mieux relier la partie orientale russe à l’océan Pacifique, en favorisant les investissements de nombreux pays et pas seulement de la Chine. Peut-être une preuve que l’Extrême-Orient n’est plus considéré uniquement comme un risque, mais aussi comme une opportunité pour la Russie.

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