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    Asie-Pacifique

    Pêcher des espèces rares dans un récif philippin conduit à la prison

    media Un garde-côtes philippin tient entre ses mains l'un des pangolins congelés retrouvés à bord de l'embarcation chinoise, échouée sur le récif de Tubbataha en avril 2013. AFP PHOTO /PCG

    Douze pêcheurs chinois, qui avaient été interpellés l'an passé sur le récif corallien de Tubbataha, aux Philippines, ont écopé ce mardi 5 août 2014 de lourdes peines de prison pour pêche illégale. Ils sont par ailleurs toujours poursuivis pour possession d’espèces protégées, les gardes-côtes ayant retrouvé à bord de l’embarcation des centaines de pangolins morts et congelés. Il s'agit d'une espèce menacée.

    Un capitaine de bateau de pêche condamné à douze ans de prison. Les autres membres de l'équipage ? De six à dix ans d’emprisonnement selon les cas. Tout ce petit monde doit verser une amende de 100 000 dollars chacun. Leur navire ? Saisi. C’est le tribunal de Puerto Princesa, dans la province de Palawan, qui rapporte ces condamnations aussi dures qu’exemplaires. Elles ont été prononcées ce mardi.

    Il faut dire que les faits sont accablants (lire notre article illustré lors de l'inculpation). Les douze marins chinois condamnés avaient été attrapés la main dans le sac, en très mauvaise posture, lors du mois d’avril 2013. Leur embarcation, d’une cinquantaine de mètres, avait heurté le fond, au niveau du récif corallien de Tubbataha, dans l’ouest de l’archipel des Philippines. Il s’agit d’un site isolé, réputé pour la plongée sous-marine, mais surtout inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Un sanctuaire marin, en somme, où ils n'avaient absolument rien à faire.

    « Le Parc naturel des récifs de Tubbataha se trouve en situation unique au centre de la mer de Sulu (…). Il protège une superficie de près de 100 000 hectares d’habitats marins de haute qualité contenant trois atolls et une vaste zone de haute mer. (…) Les écosystèmes du récif abritent plus de 350 espèces de coraux et près de 500 espèces de poissons. La réserve protège aussi une des dernières colonies d’oiseaux marins nicheurs de la région », peut-on lire sur le site de l’Unesco.

    Le bateau de pêche chinois, embourbé dans le récif de Tubbataha, en avril 2013. AFP PHOTO /PNFW

    A bord, des centaines de mammifères morts

    Sur le bateau, les gardes-côtes avaient retrouvé des centaines de pangolins congelés, une famille de mammifères rare et protégée. Ces insectivores sont en effet les plus grandes victimes de la pêche illégale au monde, comme le relate la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), dans un rapport paru en juillet. Or, la possession d’espèces protégées est un crime aux Philippines, passible de 20 ans de prison. De quoi alourdir, peut-être encore un peu, les peines prononcées.

    Sur huit espèces de pangolins recensées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), sept sont considérées « en danger » ou « quasi en danger » (voir par exemple la fiche du pangolin philippin sur le site de l'UICN). On prête des vertus aphrodisiaques et médicinales aux écailles de ces animaux méconnus. Dans la médecine traditionnelle chinoise, par exemple, elles sont utilisées contre le psoriasis et pour favoriser la circulation du sang. Elles éloigneraient aussi les mauvais sorts. Quant à la viande de pangolin, elle se mange, les jours de fête, en Chine ou au Vietnam. C’est ce succès commercial, principalement en Asie, qui attire les braconniers.

    Mercredi 2 juillet 2014, près de 250 kg d'écailles de pangolins ont d'ailleurs été saisis par les douanes à l’aéroport de Roissy, près de Paris. Un record en la matière en France, d’autant plus triste qu’il faut trois ou quatre spécimens de pangolins pour parvenir à 1 kg d’écailles, relate le magazine Sciences et avenir sur son site internet. En provenance du Nigeria, ces écailles partaient pour le Laos.

    Un pangolin malaisien photographié à Kuala Lumpur en 2002. Pour se protéger, cet animal se met en boule. Il chasse les insectes à l'aide de sa langue, très longue. AFP PHOTO/Jimin LAI

    Des eaux très convoitées

    Les Philippines sont un acteur-clé de la lutte contre la pêche illégale dans l’océan Pacifique. En juin dernier, la Commission européenne a menacé Manille de sanctions commerciales - pouvant aller jusqu’à la fermeture du marché européen - si un effort supplémentaire n'était pas observé dans les six mois. Le coup de semonce visait à protéger les stocks de thon du Pacifique occidental.

    Comme le relate l’Agence France-Presse (AFP), des dizaines d’autres pêcheurs chinois et vietnamiens attendent actuellement un jugement aux Philippines. En mai 2014, un équipage composé de onze Chinois, dont deux mineurs finalement expulsés du pays, avait été intercepté sur le « récif de la demi-lune » (Banyue Jiao en chinois, Hasa Hasa en philippin), dans les îles Spratleys, situées le long d’autoroutes maritimes en mer de Chine méridionale. Ils sont inculpés de braconnage et pêche d'une espèce protégée. Ils avaient pris des centaines de tortues dans cette zone, revendiquée à la fois par Manille et par Pékin.

    Le sujet est sensible. Le « récif de la demi-lune » se trouve dans la zone économique exclusive des Philippines, à une centaine de kilomètres de l'île de Palawan. Mais plusieurs pays revendiquent le contrôle des lieux. La Chine avait exigé la libération immédiate de ses ressortissants, mettant en avant sa « souveraineté indiscutable » sur le récif, comme sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, zone potentiellement riche en gaz et en pétrole. Pékin avait sommé Manille de « cesser les actes de provocation ».

    Une partie des tortues retrouvées sur le navire chinois intercepté dans la zone du «récif de la demi-lune», photographiées à Puerto Princesa le 11 mai 2014. AFP PHOTO

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