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    Asie-Pacifique

    La société cambodgienne face à un verdict historique

    media Ces bracelets de couleur sont autant d'hommages aux victimes du régime khmer rouge sur la fosse commune de Choeung Ek où sont enterrées des milliers de victimes, près de Phnom Penh.

    Trente-cinq ans après la chute du régime khmer rouge, le tribunal spécial chargé de juger ses crimes rend enfin son verdict jeudi 7 août contre les deux seuls hauts dirigeants encore en vie : Khieu Samphan, ancien chef d’Etat du Kampuchea démocratique, et Nuon Chea, éminence grise du système génocidaire.

    Entre 1975 et 1979, le régime des khmers rouges a fait près de deux millions de morts, soit près du quart de la population, victime de torture, d’exécutions sommaires, de faim ou d’épuisement. La mise en place du tribunal parrainé par l’ONU, en 2006, a eu un impact considérable sur l’ensemble de la société.

    Khieu Samphan, ancien chef d’Etat du Kampuchea démocratique, lors d'une audience du CETC en juillet 2014. REUTERS/Mark Peterson

    Ils ont nié jusqu’au bout. Khieu Samphan et Nuon Chea refusent de porter la responsabilité des atrocités commises alors qu’ils étaient au pouvoir. Ils encourent la réclusion à perpétuité, un verdict que souhaitent entendre les parties civiles. Ces dernières seront nombreuses dans la salle d’audience du tribunal de Phnom Penh jeudi.

    Billon Ung, qui a perdu une centaine de membres de sa famille sous le régime khmer rouge, a fait le voyage depuis Paris où elle vit en exil. Fondatrice d’une association de victimes, elle est accompagnée par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Billon Ung et ses amis veulent montrer leurs visages aux accusés : « Il faut que ces deux chefs khmers rouges voient que nous sommes là. Nous sommes là pour la mémoire de nos morts, et nous sommes là pour les voir condamner », confie t-elle.

    La parole aux victimes

    Se montrer mais aussi se faire entendre : l’une des particularités des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) est justement d’avoir permis aux victimes de se constituer parties civiles. C’est une première dans un procès pour crimes de masse. « Il y a déjà 4.000 parties civiles, qui auront droit à des réparations morales et collectives, explique Dim Sovannarong, porte-parole des CETC. C’est très important, d’autant que parmi elles 22 ont pu venir exprimer à la barre leurs souffrances et les persécutions qu’elles ont subies ; et parler, c’est adoucir un peu le chagrin et la douleur ».

    Trop nombreuses pour être entendues une par une, ces parties civiles sont défendues collectivement. Leurs droits sont loin d’être les mêmes que dans un procès individuel. Mais leur présence a permis des avancées significatives. Anne Heindel, juriste au Centre de Documentation du Cambodge (DC-Cam), se félicite ainsi que les mariages forcés aient été retenus comme chef d’accusation. « Ce n’aurait pas été le cas si les avocats des parties civiles n’avaient pas attiré l’attention des procureurs sur la question. D’ailleurs l’existence des CETC a permis de libérer la parole, poursuit-elle. Pendant longtemps les gens ne parlaient pas, les enfants ne comprenaient pas ou ne pouvait pas croire ce qui s’était passé. Les procès ont encouragé la discussion, les victimes et les criminels se parlent ».

    Se réapproprier son histoire

    Associations et ONG ont fait et font encore un travail pédagogique considérable pour que la population se réapproprie cette page noire de son histoire. Le DC-Cam a par exemple édité un livre destiné aux collèges pour que l’histoire de la période khmer rouge soit enfin enseignée. « Le récit des événements reste controversé, notamment en ce qui concerne les relations avec le Vietnam, explique Anne Heindel. Au départ le gouvernement était assez réticent, mais il s’est finalement saisi de cet outil, le programme a été élargi à des formations au sein des universités, de la police et de l’armée. C’est un progrès majeur. Les gens sentent désormais qu’ils peuvent débattre de leur histoire et qu’ils ne sont pas obligés de laisser le gouvernement dicter sa version officielle. »

    Au-delà de cette mission pédagogique que le porte-parole des CETC revendique également - 240.000 personnes sont venues assister aux audiences ou simplement visiter les lieux – le tribunal participe à la réforme du système judiciaire du pays. « Les juges, les procureurs qui travaillent au sein des CETC sont aussi juges et procureurs dans des juridictions nationales, ajoute Dim Sovannaron. Et certains, sur la base de la méthodologie acquise au tribunal extraordinaire, essayent de mettre en place des réformes pour que la justice fonctionne correctement dans leur localité »

    Le travail du tribunal est loin d’être terminé. Les procédures ont été découpées en plusieurs parties pour qu’un verdict soit prononcé avant la disparition de tous les dirigeants du régime. Le 28 juillet une nouvelle phase du procès contre Nuon Chea et Khieu Samphan a débuté. Les accusés devront répondre de génocide à l’encontre de la minorité vietnamienne et de l’ethnie Cham.
     

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