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    Asie-Pacifique

    Japon: pour Shinzo Abe, la priorité est toujours la croissance

    media Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, à Tokyo, le 3 septembre 2014. REUTERS/Yuya Shino

    Le Premier ministre japonais a remanié son gouvernement, mercredi, dans un contexte économique préoccupant. Plus que jamais, la priorité de Shinzo Abe est la relance de la croissance – les fameux 'abenomics'.

    À son arrivée au pouvoir, fin 2012, Shinzo Abe décide de sortir le Japon d’une longue période de déflation. Objectif : atteindre 2% d’inflation d’ici 2015. Sa politique repose sur le tir simultané de trois « flèches » : budgétaire, monétaire et structurelle. La première est l’adoption d’un budget 2013 qui comprend un plan de relance massif de 87 milliards d’euros, et un budget initial en hausse de 2,5% par rapport à l’année précédente.

    « La déflation étouffait la croissance japonaise depuis quinze ans, parce qu’évidemment la perspective de prix plus bas décourage la consommation, décourage les investissements », explique Claude Meyer, spécialiste du Japon et de la Chine à Sciences Po. La tendance est, en effet, d’attendre que les prix baissent davantage pour dépenser.

    Pour mettre fin à la déflation, Shinzo Abe a donc décoché une deuxième flèche : l’arme monétaire. « La banque du Japon a injecté des montants colossaux de liquidités dans l’économie, c'est-à-dire la planche à billets. La troisième flèche, ce sont des réformes structurelles pour augmenter le potentiel de croissance à moyen et long terme de l’économie japonaise. »

    Effet boomerang de la hausse de la TVA

    Les résultats de ces ‘abenomics’ ont été très encourageants la première année. Mais ils n’ont pas duré. « En 2014, compte tenu de la très forte dette publique du Japon, qui est d’environ  240 % du produit intérieur brut, on a décidé d’assainir cette dette et donc de faire passer la TVA de 5 % à 8 % le 1er avril 2014 », indique Evelyne Dourille-Feer, spécialiste du Japon au CEPII, le Centre de recherche de l'économie internationale.

    « Cela a créé un choc extrêmement positif sur le premier trimestre 2014, mais il y a eu un effet boomerang très négatif au second trimestre, avec un recul de près de 7 % de l’économie en annualisé, avec une chute de la consommation importante après la consommation d’achats d’anticipation avant TVA, et un ralentissement des entreprises», poursuit-elle.

    Pour la première fois depuis des années, la déflation a toutefois ralenti et les prix ont commencé à augmenter de 1,5%. Mais la hausse des salaires est restée, elle, trop faible pour encourager le pouvoir d’achat des ménages. Autre problème : l’injection de liquidités a entraîné une forte chute du Yen, de 20%, ce qui aurait dû booster les exportations. Mais elles stagnent, alors que les importations, elles, augmentent. Après la catastrophe de Fukushima, le pays a mis tous ses réacteurs nucléaires à l’arrêt. Il achète désormais du pétrole et du gaz à l’étranger.

    Et pour ne rien arranger, les réformes structurelles tardent à se concrétiser. La réforme du marché du travail, par exemple. « Même si le chômage au Japon est très faible, seulement 4 %, il y a 40 % de précaires avec de bas salaires et donc un faible pouvoir d’achat », analyse Claude Meyer.

    En revanche, avec le vieillissement de la population nipponne, certains secteurs manquent de main-d’œuvre : l’agriculture, la construction, la santé, l’aide aux personnes âgées…Shinzo Abe veut donc encourager le travail des femmes : à titre d’exemple, cinq femmes (sur 19 membres) font leur entrée dans le nouveau gouvernement, dont Yuko Obuchi en tant que ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie.

    On est toutefois loin de la parité, et il faudra du temps pour changer les mentalités.  « Les femmes s’arrêtent de travailler en moyenne lorsqu’elles ont leur premier enfant, entre vingt-sept et trente ans. Pendant une douzaine d’années, elles vont travailler à mi-temps, ou pas du tout. Certaines continuent à travailler mais c’est difficile parce qu’il n’y a pas assez de crèches au Japon, pas assez de baby-sitters, et il existe des pressions familiales pour que la mère s’occupe de l’enfant », souligne Evelyne Dourille-Feer. 

    Shinzo Abe parie sur les femmes

    Pour réaliser des réformes structurelles, notamment du marché du travail, Shinzo Abe remanie son gouvernement ce mercredi, rapporte notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles. Il y fait entrer dans son gouvernement plusieurs femmes et l'une d’entre elles, Yuko Obuchi, quarante ans, dirigera le tout puissant METI, le ministère de l’Economie du Commerce et de l’Industrie.

    En 2012, le FMI publiait un rapport intitulé « Les femmes peuvent-elles sauver le Japon ? » Oui, répond Shinzo Abe et il va tirer parti d’une des ressources humaines négligées du pays, les femmes. Elles sont sous-employées bien que plus diplômées que les hommes. Shinzo Abe souhaite en voir plus au travail. Dans son rapport, le FMI souligne la corrélation entre l’emploi des femmes et le potentiel de croissance du Japon mais aussi du taux de fécondité. Celui-ci est plus élevé dans les pays où les femmes travaillent davantage. Or, le Japon est confronté à une dénatalité dramatique alors plutôt que de s’ouvrir à l’immigration, Shinzo Abe mise sur les femmes et il va remédier à une carence qui les éloignent du marché du travail, l’insuffisance de crèches, jusqu’à dans son cabinet.
     

    Production industrielle en berne

    Le Japon souffre également d’une production industrielle très affaiblie. « Il y a une faiblesse de l’investissement et une forme de désindustrialisation au Japon par voie de délocalisation, en raison du coût de l’énergie, des salaires », explique Claude Meyer, « ce qui fait que les voitures produites en Asie vont bientôt dépasser la production propre au Japon, et qu’on a une production en chute libre dans des secteurs qui étaient auparavant les fers de lance de l’industrie japonaise : informatique, écran plat, mobile… Tout cela est passé du côté de la Corée du Sud, et maintenant de la Chine. »

    Les Japonais sont-ils inquiets de cette situation ? Selon Shinji Inada, ancien chef du bureau de Paris du journal japonais Asahi Shinbun, les Japonais comprennent la nécessité de stopper la déflation, mais ils ont des craintes. « Ce qui inquiète les Japonais, c’est que s’il y a une relance au niveau macro-économique, le fruit de cette relance aille aux grandes entreprises et que l’écart social s’aggrave. Ce qui est encore plus important à mon avis, c’est la hausse de la TVA de 8 % à 10 % l’année prochaine. C’est un grand souci pour nous. ». Le gouvernement doit toutefois confirmer l'entrée en vigueur de cette nouvelle taxe sur la consommation.

    Tout est-il si sombre dans les ‘abenomics’ ?

    Même si les résultats prometteurs de 2013 se sont dégradés, il y a du positif. « Le climat des affaires est bien meilleur qu’avant la mise en place des abenomics. Les entreprises ont reconstitué leur trésorerie même si pour l’instant elles n’investissent pas assez, la déflation semble jugulée », confirme Claude Meyer.

    Par ailleurs, le retour – très controversé – de l’énergie nucléaire fin 2014 début 2015 devrait donner un coup de pouce, selon Evelyne Dourille-Feer. « Cela devrait soulager les tensions au niveau de la balance commerciale. Il devrait y avoir moins d’importations énergétiques et cela permettra au Japon d’avoir un peu plus de croissance en exportation nette, pour donner le temps à Shinzo Abe afin que ses réformes structurelles passent peu à peu dans l’économie ».

    Les réformes structurelles sont en effet longues à mettre en place. « On voit une politique qui se construit à la fois sur le court terme, le moyen et le long terme, mais c’est le raccord qui est très difficile à faire, alors que la dette publique continue de monter et qu’il va falloir peu à peu la stabiliser », conclut-elle. Le nouveau gouvernement de Shinzo Abe aura du pain sur la planche pour redonner du lustre aux ‘abenomics’.

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