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    Asie-Pacifique

    La guerre du Vietnam vue par «Ceux du Nord»

    media 1966. A 19 ans, Nguyen Thi Hien est chef de l’escouade de la milice à Yen Vuc, district de Ham Rong, province de Thanh Hoa. Elle a survécu à plus de 800 raids aériens et a été enterrée vivante à quatre reprises lors des explosions des bombes de B-52. © Maï Nam

    Près de 40 ans après, la guerre du Vietnam aura fait l’évènement au festival de Photojournalisme Visa pour l’Image, à Perpignan. Une exposition présente les clichés de quatre photographes qui travaillaient pour le régime communiste du nord. Une vision inédite du conflit.

    Patrick Chauvel avait 18 ans quand il a commencé à couvrir la guerre du Vietnam, en indépendant. Et souvent il pensait à ceux qu’il ne voyait jamais, ses collègues du nord. « Avec les autres photographes, au moment de l'assaut, en voyant les bombardements au napalm juste devant nous qui étaient très impressionnants, on se demandait comment quelqu'un pouvait survivre à ça ; et si il y a des photographes de l'autre côté, ils doivent vraiment souffrir… Et je me rappelle, de temps à temps à Saigon on levait un verre de bière entre nous en disant " A ceux du Nord ! " »

    Il y a un an, Patrick Chauvel est invité par le Centre culturel français à Hanoï pour faire une conférence, parler de la guerre du Vietnam et de reportage. Les Vietnamiens en profitent pour lui montrer le Centre des archives vietnamiens et un petit musée où il admire de vieux appareils photo, des chaussures dans lesquelles les photographes développaient leurs clichés sur le terrain, et des instruments improbables, comme des vélos sur les selles desquelles étaient installés des pas de vis pour fixer des appareils photo. Il repense à ses collègues du Nord, et demande à les voir - à la grande surprise de la responsable du Centre. La rencontre se fera, avec ces vieux messieurs qui ont aujourd’hui plus de 70 ans. Patrick Chauvel découvre alors leurs photos de guerre, dont la qualité et la valeur historique le stupéfient. Il pense tout de suite à monter une exposition à Visa pour l’Image.

    Une milicienne de 19 ans

    Maï Nam a 83 ans. Il est l'un des quatre photographes exposés, et comme ses anciens collègues il a fait le déplacement à Perpignan. En 1949, il avait quitté sa famille pour rejoindre la région contrôlée par les révolutionnaires communistes. Comme il parlait un peu français, il profite de manuels en langue française pour apprendre la photo. « J’ai plusieurs souvenirs marquants de la guerre », explique-t-il. « J’ai été plusieurs fois dans les tunnels dans la province de Vinh Ling, une zone juste au nord du 17e parallèle. J’ai aussi des souvenirs avec Nguyen Thi Hien, une jeune milicienne. J’ai aussi un souvenir avec la photo où on voit un avion abattu, en feu, et un pilote qui s’éjecte. J’ai beaucoup de souvenirs de guerre ».

    La jeune milicienne dont se souvient Maï Nam, et que l’on voit sur certains de ses clichés, avait 19 ans. Elle était chef d’une section de miliciennes qui protégeaient des pièces antiaériennes qui, elles-mêmes, protégeaient un pont. C’est une de ces photos qui, au-delà de leur rôle évident dans la propagande du régime nord-vietnamien de l’époque, permettent aujourd’hui de récolter des informations précieuses. Le visiteur découvre ainsi le grand rôle des femmes au Nord-Vietnam pendant la guerre ; des femmes qui n’étaient pas cantonnées à l’arrière, mais qui au contraire montaient au front.

    Des photos de propagande

    Les photos exposées à Perpignan sont extrêmement belles : le cadre est parfait, la lumière superbe... Patrick Chauvel explique que certaines ont été refaites ou carrément mises en scène – normal pour des photos de propagande. Chaque fois qu’un Nord-Vietnamien lève un fusil, il semble toucher un avion américain (on ne compte pas le nombre d’appareils américains abattus pris en photo) ; il y a également de nombreux clichés de prisonniers américains, en train de jouer au basket, de donner une conférence de presse ou de discuter avec l’Américaine Jane Fonda, opposée à la guerre du Vietnam et en visite dans le nord du pays.

    Sur les photos, les cadavres sont uniquement ceux des Sud-Vietnamiens et tous les Nord-Vietnamiens ont tous l’air de courir vers le front en souriant ! Ces clichés passaient évidemment à la censure. Hueu Kim, un autre photographe exposé, explique la raison de ces photos très partisanes : « Notre guerre avait un sens. C’est pour ça que nos photos étaient là, pour montrer au peuple notre volonté et la combativité des gens. Nous ne devions pas montrer des photos qui affectent la volonté des combattants et aussi de l’arrière. Le but c’était d’en finir le plus vite possible avec la guerre, pour l’indépendance et la réunification du pays ».

    Une sale guerre

    Si ces photos surprennent, c’est aussi parce que le monde est habitué aux clichés occidentaux de la guerre du Vietnam : des images d’une sale guerre, pleine de souffrance et de cadavres. Si les photographes nord-vietnamiens ont adopté un biais totalement différent, Hueu Kim n’en rend pas moins hommage au travail de ces photographes : « J’ai eu l’occasion de voir le travail de nos collègues occidentaux, et je trouve que leurs photos ont une grande valeur, sur le plan professionnel mais aussi sur le plan journalistique. Parce que de leur côté aussi, ils informaient de ce qui se passait réellement pendant la guerre du Vietnam. Ils apportaient des informations sur l’atrocité, la cruauté de la guerre, ce qui a aussi aidé à mobiliser l’opinion aux Etats-Unis, et aussi pour le peuple qui vivait dans le sud du Vietnam. Ils nous ont servi avec leurs photos pour notre lutte pour l’indépendance du pays ».

    Comme le remarque Patrick Chauvel, tous les photographes, Occidentaux comme Vietnamiens, voulaient que la guerre s’arrête ; ils empruntaient juste des voies très différentes !

    260 photographes nord-vietnamiens ont été tués pendant le conflit.
    Un livre vient de sortir, Ceux du Nord, qui regroupe les photos exposées à Perpignan.

    Hua Kiem, Mai Nam, Chu Chi Thành, Doan Công Tinh, les 4 photographes vietnamiens invités à Visa pour l'image. ©Pierre-René Worms/RFI

     

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