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    Vol AirAsia: l’avion a probablement perdu le contrôle en plein vol

    media Les équipes de recherches et de secours transportent des débris de l'avion d'AirAsia, à quelque 160 km au sud-ouest de Pangkalan Bun, dans le centre de Kalimantan, le 30 décembre 2014. REUTERS/Antara Foto/Kenarel

    Les autorités indonésiennes ont retrouvé des morceaux de l’Airbus d’AirAsia, disparu après son décollage dimanche et les premiers corps des passagers. Des objets flottants portant les couleurs de la compagnie ont d’abord été identifiés, notamment une porte et un toboggan. Un avion de l’armée de l’air indonésienne aurait repéré une tache sombre au fond de la mer de Java, qui pourrait être l’appareil. Ce mardi, la récupération des corps et des débris a commencé. Entretien avec Gérard Feldzer, ancien commandant de bord, conseiller aéronautique et transport.

    RFI : L’avion a donc sans doute été localisé. A-t-on une idée de ce qui a pu se passer dimanche lorsque le pilote a demandé à la tour de contrôle de changer d’altitude pour éviter une zone de perturbation ?

    Gérard Feldzer : La météo était mauvaise. Perdre un avion dans une météo sévère, c’est rare, mais ça s’est déjà vu. On l’a vu dernièrement avec Air Algérie. Des turbulences extrêmement violentes ont pu faire perdre le contrôle de l’avion. Encore une fois, c’est assez rare, mais on va en savoir plus pour voir s’il n’y avait pas un autre élément qui s’est ajouté à cela, comme la perte d’un élément ou la perte du contrôle de l’avion qui peut s’être retourné sur le dos dans de fortes turbulences, dans le cumulonimbus. Est-ce que c’est ça qui s’est passé ? On en saura plus puisqu’on va retrouver les boites noires d’une façon certaine.

    On parle de perturbations assez fortes. Le vol Rio-Paris a connu ces perturbations, le fameux trou noir. Un avion n’est-il pas fait pour résister à des impacts assez forts de tempête, d’orage ?

    Il est fait pour résister effectivement. Il est excessivement rare qu’un avion puisse casser tout simplement. La seule chose qu’on peut avoir, c’est une perte de contrôle parce qu’on se retrouve avec des vents cisaillants qui peuvent passer par l’arrière et à ce moment-là, il n’y a plus de réponse sur les gouvernes. Et on peut se retrouver soit sur le dos, soit en vrille et il est très difficile de récupérer un avion dans ces conditions. Parce qu’une descente précipitée, ça dure trois ou quatre minutes, pas plus. On a des rabats pour éviter cela. Et c’est vrai qu’il a demandé à dévier et à monter pour pouvoir l’éviter et il n’a peut-être pas pu le faire. Ce qui paraît étonnant, c’est que dans ces cas-là, on ne demande pas l’autorisation, on le fait, même s’il y a d’autres avions aux alentours, quitte à dévier sa route. En tous les cas, on est en situation d’urgence et on n’est pas à attendre l’autorisation d’un contrôle. Evidemment, il y a un risque de collision, mais on prend la décision malgré tout.

    C’est ce qu’avance la tour de contrôle, un risque de collision quand on change d’altitude. Est-ce qu’on peut mettre en cause les équipes du contrôle aérien ?

    Non, parce qu’elles font leur travail et s’il arrive qu’il y ait collision avec un autre avion, les équipes de contrôle seront totalement responsables. Non, elles font leur boulot, mais simplement à ce moment-là, si la situation est vraiment urgente, peut-être le pilote n’a-t-il pas mesuré la violence de cet orage. A ce moment-là, on lance ce qu’on appelle un silence de détresse, « un mayday ». Et c’est alors au contrôle d’écarter les autres avions pour qu’il puisse se mettre dans des zones plus sécurisées.

    Peut-on expliquer qu’il n’y ait pas eu effectivement de signal de détresse après la demande du pilote ?

    Probablement que les pilotes sont entrés dans une forte zone de turbulences et là, ils avaient autre chose à faire pour récupérer l’avion que d’aller parler à la radio. A priori, le contrôle ne peut pas maîtriser l’avion, donc ça vient après. On récupère l’avion et ensuite, on informe les contrôles qu’on a eu un souci.

    Est-ce que les compétences des pilotes peuvent être mises en cause ? Le nombre d’heures de vol ? Ou est-ce qu’on peut totalement innocenter les pilotes sur leur capacité à maîtriser un avion dans des conditions difficiles ?

    Il est vrai que dans ce genre de compagnie, on recrute de plus en plus - parce qu’elles sont dans une progression fulgurante -, on recrute un petit peu partout dans le monde. Et on a tendance quelquefois à recruter les jeunes pilotes. Mais ce n’était pas du tout le cas, puisque le commandant de bord avait une très grande expérience et le copilote, qui était français, également. Ca pourrait poser problème, mais apparemment ce n’était pas le cas pour cet accident-là.

    La récupération des boîtes noires en mer de Java va-t-elle être simple ? Les fonds sont-ils profonds à l’endroit où l’appareil aurait été localisé ?

    Non, on dit qu’il y a 60 mètres de fond. Ça va être relativement facile. En plus, elles sont en pleine émission, donc avec des petits sous-marins de poche ou des scaphandres, on va pouvoir les localiser très facilement et les retirer assez rapidement.

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