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    Rithy Panh: «La France est une de mes deux patries»

    media Le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh au Festival international de programmes audiovisuels (Fipa) à Biarritz. Siegfried Forster / RFI

    Le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh, devenu célèbre avec « S21, La Machine khmère rouge », a présenté au Festival international de programmes audiovisuels (Fipa) à Biarritz son nouveau film : « La France est notre patrie ». Un documentaire monté exclusivement à partir d’images d’archives de l’époque de l’Indochine française. Tournées jadis pour témoigner de la mission civilisatrice de la France et d’une patrie qui « aime tous ses enfants de la même façon », les images reflètent aujourd’hui l’arrogance des colonialistes qui se croyaient supérieurs. Avec son film, Rithy Panh, né en 1964 à Phnom Penh, a détourné l’objectif de la caméra des colonialistes et transformé les images en un outil puissant pour dire qu’«il n’y a pas d’histoire universelle ». Entretien avec le réalisateur sur ce rendez-vous manqué entre ces deux cultures dont il est héritier aujourd’hui.

    RFI : Après la projection de La France est notre patrie au Fipa, il y a beaucoup de jeunes qui vous ont interrogé sur votre film.

    Rithy Panh : Leur réaction était plutôt très positive. Ce n’était pas évident de proposer un film sur un sujet comme la colonisation. C’est un film assez particulier où il n’y a pas de commentaire. J’ai voulu faire un montage et après laisser les gens regarder les images. C’est important de regarder pleinement ces images historiques pour en faire après son propre commentaire. Et les jeunes s’intéressent à cette histoire-là. C’est étonnant. Mais peu importe l’âge ou l’origine des spectateurs – ici il y avait des jeunes métisses de la deuxième génération, des jeunes de l’immigration chinoise, algérienne… dans la salle – chacun s’empare de cette histoire de l’époque coloniale.

    Qu’est-ce qui a le plus intrigué les jeunes ?

    Il y a pas mal de non-dits et finalement, il n’y a pas beaucoup de films sur cette histoire. A un certain moment vous vous posez des questions. Vous sentez que vous avez une double culture. Qu’est-ce qui fait que vous êtes là aujourd’hui ? Et c’est important de répondre à ces questions pour éviter tout malentendu. Parce qu’il y a pas mal de malentendus qui engendrent des rancœurs et des malaises et qui peuvent être dangereux après.

    « La patrie », une expression longtemps plutôt enfouillée, a retrouvé un nouvel écho depuis les attaques contre Charlie Hebdo suivi du sursaut populaire qu’on connaît. Est-ce que tout cela résonne aussi dans votre film ?

    On a fini le film il y a trois mois... Souvent on ne comprend plus l’histoire. On ne comprend plus qui a fait quoi. Pour cela il était bien de pouvoir préciser un peu. Et l’histoire de la colonisation est compliquée et complexe et doit être vue de plusieurs côtés. En même temps, c’est notre histoire : la souffrance est commune, elle est collective. Donc il faut y aller d’une manière franche et sincère pour voir des choses.

    On voit la splendeur de Hanoï, de Saigon, on voit l’Indochine française dotée de cette mission civilisatrice. La première fois où le mot « patrie » apparait dans le film, c’est à un moment ou l’on affiche un tableau avec la phrase presque cynique : « Sur les chantiers, à la briqueterie… le dévouement à la patrie ».

    C’est le langage de l’époque. Mais je pense que la patrie, c’est comme une maison collective, mais on a mal construit cette maison. Est-ce que c’est possible autrement ? Est-ce qu’il aurait pu avoir une colonisation heureuse ? Je ne suis pas certain, parce que la logique n’était pas de construire une maison commune, mais la domination. Et je crois que cette domination persiste encore aujourd’hui, pas sous la forme d’une colonisation, mais sous forme de la mondialisation. C’est inquiétant que 1 pour cent des gens possèdent 50 pour cent de la richesse mondiale. Est-ce qu’une image peut éclaircir la situation ? Je ne pense pas, mais j’ai envie de proposer de réfléchir ensemble.

    « La France est notre patrie », un film de Rithy Panh. Catherine Dussart Productions / Fipa

    Vous montrez des images tournées par les colonisateurs, comment ils construisent des écoles, des théâtres, des routes, des chemins de fer, mais il y a aussi des images féroces, par exemple, quand les Blancs distribuent aux indigènes des cacahouètes comme on jette des miettes aux pigeons ou aux rats. Vous parlez d’ « images belles et empoisonnées ». Est-ce le boomerang de l’histoire coloniale ?

    Oui, exactement. Ces images sont belles et empoisonnées. Est-ce qu’on construit le théâtre vraiment aussi pour nous ? C’est ça le problème. On a emmené le progrès et nous avons adoré la culture et les idées françaises. On récitait Victor Hugo par cœur, mais après, ce n’est plus pareil. On n’a plus les mêmes traitements, les mêmes partages… Et quand cette réalité sociale est trop chargée de douleur, sur un espace de cinquante ou soixante ans, cela explose. Il faut voir comment ces choses sont arrivées, pourtant les écoles, les théâtres, les routes, le progrès et la médicine étaient là, alors pourquoi cela explose ?

    Les images d’archives que vous montrez sont entrecoupées par des tableaux avec des slogans ou des phrases colonialistes et souvent racistes signés par un certain Dr. Legendre. Qui est ce monsieur ?

    C’est un médecin colonial qui est parti au Cambodge et partout en Indochine. La mission civilisatrice avait besoin de justifications scientifiques. Donc le Dr. Legendre a fait son travail. Alors il explique qu’il y a des races supérieures et des races inférieures. Au départ, la mission civilisatrice, ce n’était pas si mal comme idée, mais dans les faits, cela ne s’est pas déroulé comme ça, cela s’est transformé en domination.

    L’Indochine française existait entre 1887 et 1953/54. Vos images datent de quelle époque et comment avez-vous réussi à les obtenir ?

    Les images datent du début du 20e siècle jusqu’à la chute de Dien Bien Phu. Elles viennent partout : du CPAD, du CMC, des Archives du film français, de la Cinémathèque française, de la Fondation du Musée Albert Kahn, de collections privées, cela vient de partout et je navigue dans ces images et essaie de dire des choses. Je n’ai pas respecté des zones ou des dates. J’ai juste cherché une affinité d’images : des images que je sens, qui me choquent et à partir de là, j’essaie de raconter une histoire que mes parents m’ont racontée ou que j’ai lue dans des livres. J’essaie de me mettre à la place de descendants d’indigènes qui racontent une histoire de leurs grands-parents. Moi-même, je n’ai jamais été colonisé, alors je n’ai pas de problème avec cela. J’ai juste envie que des malentendus disparaissent. Je n’ai plus envie d’entendre des choses comme : « Les hommes africains ne sont pas encore entrés dans l’histoire ».

    C’est un film sans commentaire, mais pas sans musique. Quel est le rôle de cette bande sonore qui donne au film parfois presque un style Jacques Tati ?

    Cela donne un peu de distance. Cela dit aussi que je suis là. Cela donne la liberté d’interpréter soi-même ou de refuser de le faire. Ce film n’est pas la vérité absolue de quelque chose. C’est un film qui raconte une histoire et propose aussi que vous racontiez vous-même aussi une histoire. C’est une manière d’être ensemble, que vous soyez Français, Marocain, Cambodgien, Malien, Vietnamien… on est ensemble, on a une histoire commune.

    Vous avez beaucoup travaillé sur le génocide des Cambodgiens perpétré par les khmers rouges. Est-ce que vous considérez ce film quand même comme une suite de vos films précédents ?

    Je ne suis pas un cinéaste du génocide. Je suis un cinéaste. J’ai raconté l’histoire qui est arrivée à mon père, à mon arrière-grand père, mais je n’ai pas fait que des films sur le génocide. J’ai beaucoup traité le sujet du génocide perpétré par les khmers rouges, parce que je l’avais vécu et ce travail sur la mémoire est important. Il faut lutter contre la disparition.

    Rescapé des camps de travail des khmers rouges, vous êtes arrivé en France en 1980. Aujourd’hui, vous avez la double nationalité. Est-ce que la France est devenue votre patrie ?

    Oui. La France est vraiment une de mes deux patries. On ne peut pas me l’enlever comme on ne peut pas m’enlever le Cambodge. Moi, je n’ai pas choisi de vivre cette histoire-là. Il y avait la guerre et après je me suis retrouvé en France, parce que la France avait des rapports avec mon père, etc. Aujourd’hui, je me sens Français et Cambodgien et personne n’a le droit de m’enlever, ni l’un ni l’autre. Et je suis tout à fait tranquille avec cette double appartenance.

     
    ► La France est notre patrie, documentaire de Rithy Panh, présenté en compétition au Festival international de programmes audiovisuels (Fipa) à Biarritz, jusqu’au 25 janvier.

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