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    Asie-Pacifique

    Meurtres d'otages par l'EI: le Japon se sent Kenji, inquiétude en Jordanie

    media Une jeune femme photographiée à Tokyo, devant la résidence du Premier ministre, avec un portrait de Kenji Goto dans les mains, le 1er février 2015. REUTERS/Toru Hanai

    « Le Japon ne pardonnera jamais aux terroristes. » Les mots sont signés Shinzo Abe, Premier ministre de l'archipel nippon, après la très probable exécution de Kenji Goto, son deuxième otage retenu par le groupe Etat islamique. De son côté, la Jordanie se dit déterminée à sauver l'un de ses pilotes de chasse, lui aussi aux mains de l'EI.

    Les réactions indignées de Barack Obama, David Cameron ou encore François Hollande, entre autres, ne suffiront probablement pas à consoler le Japon. La nuit dernière, l'annonce de la mort de Kenji Goto, 47 ans, a été un immense choc, explique notre correspondant à Tokyo Philippe Mesmer. Elle a suscité de nombreuses et vives réactions. « Kenji reste vivant dans nos cœurs », a déclaré le réalisateur Taku Nishimae, créateur de la page Facebook « I am Kenji », qui a attiré près de 44 000 personnes. La mère du journaliste assassiné, Junko Ishido, a confié sa grande tristesse et espère que son chagrin n'alimentera pas les sentiments de haine.

    Les journées à attendre des nouvelles de M. Goto ont également permis d’en apprendre plus sur le personnage lui-même. Shoichi Yukawa, le père de l'autre otage japonais Haruna Yukawa, lui aussi tué la semaine dernière par le groupe Etat islamique, a salué le courage et la gentillesse de M. Goto. Rappelons que ce dernier avait été enlevé fin octobre en Syrie, et qu'il s'était précisément rendu sur place pour tenter d'obtenir la libération de Haruna Yukawa, qu'il avait rencontré sur place auparavant. Mais les autorités japonaises, elles, réagissent surtout à l'acte lui-même, l'assassinat. Le Premier ministre Shinzo Abe a exprimé sa colère et son indignation. Loin de pardonner cet acte terroriste « inadmissible », il martèle : « Nous ne cèderons jamais. »

    Junko Ishido, mère de Kenji Moto, en conférence de presse à Tokyo, le 1er février 2015. REUTERS/Yuya Shino

    Une personnalité japonaise très appréciée pour son travail

    Conscientes de la menace terroriste pesant sur le Japon, les autorités ont annoncé le déploiement de policiers pour protéger les lieux sensibles de Tokyo. Mais l'heure est à l'hommage, car Kenji Goto, reporter de guerre reconnu, qualifié partout comme un « aguerri » du milieu, était particulièrement soutenu dans son pays. La mobilisation a été très forte ces derniers jours. Outre la page Facebook, plusieurs rassemblements ont eu lieu dans la capitale pour appeler à la libération du reporter de guerre.

    Ces soutiens traduisent au fond un certain attachement pour cet homme né en 1967 à Sendai, dans le nord-est du Japon, et qui s'était engagé, après des études de droit, à la fois dans la production audiovisuelle et l'humanitaire. Par le passé, Kenji Goto s'est beaucoup investi pour les populations victimes de conflits au Moyen-Orient et en Afrique. Il a notamment dénoncé les abus liés aux trafics de diamants en Afrique, les drames liés au sida. Et ces derniers temps donc, il était très actif en Syrie, comme l'a souligné l'imam de la mosquée (masjid) Otsuka de Tokyo, Haroon Qureshi, qui a fait part de sa grande tristesse et a rappelé que l’un des derniers engagements de Kenji Goto était en faveur des enfants syriens.

    Le procédé de l'Etat islamique toujours aussi macabre

    L'effroi est d'autant plus grand que le procédé, désormais bien connu, est particulièrement macabre. Dans cette vidéo, comme dans d'autres publiées jusqu'ici, on aperçoit l'otage à genoux en tenue orange, comme une vengeance aux traumatismes subis par les prisonniers de Guantanamo. A ses côtés, son bourreau est masqué, habillé de noir et armé d'un couteau. Cet homme à l'accent britannique pourrait bien être le même que celui déjà apparu dans d'autres vidéos de décapitations.

    La vidéo se referme sur l'image d'un corps, avec une tête sur le dos. Entre temps, le bourreau explique que l'exécution de Kenji Goto s'inscrit en représailles à la participation, « irresponsable » dit-il, du Japon à la coalition contre l'EI - les Japonais participent de manière non militaire, à hauteur de 200 millions. En revanche, le film ne dit rien du sort du pilote jordanien Moaz Kasasbeh, lui aussi otage, et dont le sort semblait pourtant lié à des négociations difficiles entre le Japon, la Jordanie et l’EI.

    Jawdat Safi, frère du pilote jordanien capturé par l'EI, à Karak, le 31 janvier 2015. REUTERS/Stringer

    Face aux virevoltes de l'EI, la Jordanie est dans le flou

    Ce dimanche, la Jordanie a condamné l'exécution de Kenji Goto et rejette la responsabilité de l’échec des négociations sur l’organisation Etat islamique. Pour le gouvernement jordanien, l’EI a rejeté tous les efforts pour libérer le ressortissant nippon, relate notre correspondante à Amman Angélique Ferat. La Jordanie a voulu obtenir la libération du Japonais et de son propre pilote de chasse, capturé fin décembre en Syrie après le crash de son avion, contre la libération d'une terroriste irakienne, Sajida el-Rishawi.

    Cette femme, qui purge sa peine en Jordanie, est impliquée dans les attentats d’Amman en 2005. Ces derniers avaient fait 60 morts. Cette semaine, le royaume a refusé de la libérer tant qu'il n’obtenait pas de preuve de vie de son pilote. Il n'y a plus eu de vidéo de Moaz depuis décembre. Dans un message publié il y a quelques jours, le journaliste japonais tenait simplement une photo du militaire. Kenji Goto mettait en garde le royaume arabe : si la prisonnière n’était pas libérée, lui-même et l’otage jordanien seraient exécutés. Alors, la question cruelle qui se pose aujourd'hui, c'est de savoir si le pilote de chasse jordanien, parti combattre l'EI avec l'armée de son pays, est encore en vie.

    → À relire : Le Japon à son tour frappé par les mises en scène macabres de l'EI

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