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    Asie-Pacifique

    Pour le dissident Chen Guangcheng, «Pékin ne tient pas ses promesses»

    media Exilé à New York, Chen Guangcheng raconte dans un livre son évasion spectaculaire de la ferme familiale où il était assigné à résidence. AFP PHOTO/MLADEN ANTONOV

    C'est l'une des évasions les plus spectaculaires de ces cinquante dernières années en Chine. Il y a trois ans, dans la nuit du 20 au 21 avril 2012, le dissident le plus célèbre du pays franchissait le mur d'enceinte de sa ferme familiale où il était assigné à résidence depuis deux ans. Avec une cheville cassée et après avoir chuté près de 200 fois, Chen Guangcheng finira par semer ses gardiens et rejoindre des amis. S'en suit une folle équipée depuis la province orientale du Shandong jusqu'à la capitale chinoise où, après une course-poursuite digne des plus grands romans d'espionnage, « l'avocat aux pieds nus » va rejoindre l'ambassade des Etats-Unis. Aujourd'hui en exil à New York, Chen Guangcheng se raconte dans un livre, The Barefoot Lawyer, paru aux éditions Henry Holt. L’ouvrage devrait être traduit cet été en français.

    RFI : Trois ans après, quels souvenirs gardez-vous de votre échappée ?

    Chen Guangcheng : Toute cette période est pour moi impossible à oublier. Le jour qui m'a le plus marqué cela dit, c'est forcément le jour où j'ai décidé de sauter le mur de ma maison [où il était assigné à résidence, ndlr]. J'ai pris cette décision dans l'après-midi du 20 avril, mais en réalité, je préparais mon évasion depuis beaucoup plus longtemps. Cela faisait un mois par exemple que je prenais régulièrement prétexte de mes soucis de santé pour rester alité. C'était une façon d'habituer mes gardiens à mon absence. Cela a en partie fonctionné d'ailleurs, car quand je me suis échappé, ils ont mis plusieurs heures avant de sonner l'alerte.

    Un aveugle qui quitte sa maison, se casse la cheville et échappe quand même à la vigilance de dizaines de gardiens, cela paraît incroyable...

    Cela semble incroyable, mais c'est pourtant bien ce qui s'est passé. Et au départ, je n'ai bénéficié d'aide de personne. Je me suis longuement préparé à cette épreuve. Il faut dire aussi que j'ai passé mon enfance dans la campagne du Shandong. Depuis tout petit, je connais par cœur la campagne de Dongshigu [son village, ndlr] et je suis habitué à m'orienter seul dans la nature. Cela aussi a à voir avec mes longs séjours en détention. Cela forge le caractère. Et on apprend notamment à esquiver les caméras de surveillance.

    Vous avez raconté avoir trébuché près de 200 fois sur le chemin. Il faut une sacrée endurance, vous y avez toujours cru ?

    Non. J'ai même eu des moments de désespoir. Il faut imaginer la scène : je viens de sauter le mur et je me casse la cheville. La douleur est insoutenable, j'arrive à peine à me tenir debout, je ne vois rien mais je sens la présence des gardiens autour de moi. On dit qu'ils étaient une soixantaine cette nuit-là. Je ne savais pas du tout si je pourrai poursuivre ma route dans cet état. C'est pour ça aussi que j'ai voulu écrire ce livre. Pour dire à mes lecteurs qu'il n'y a rien d'insurmontable dans l'existence, on trouve toujours une solution.

    Et ce jour-là, il y avait une solution ?

    C'est d'abord un cousin qui m'a aidé à rejoindre le village de Shishigu, j'ai ensuite été au district de Yinan et mon ami de Pékin Guo Yushan est venu me chercher en voiture, suivi par la voiture de He Peirong qui était là pour surveiller.

    Arrivés à Pékin, nous avons décidé de demander refuge à l'ambassade des Etats-Unis. Nous étions, je m’en souviens, à 5 h du matin près du stade du Nid d'oiseaux et nous avons attendu la réponse américaine plusieurs heures. On a dû tourner en ville. Ce n'est que vers 1 h de l'après-midi que nous avons eu l'accord de l'ambassade. Ma fuite avait été repérée, l'alerte donnée et mon village mis sans dessus-dessous.

    Guo Yushan nous a rejoints mais il était suivi par quatre véhicules de la sécurité publique. Guo Yusahn est monté dans notre voiture mais il était impossible d’établir le contact avec le véhicule de l'ambassade américaine qui nous a également rejoints. Les véhicules de police se mettaient sans arrêt entre nous pour empêcher la rencontre. C'est le début d'une poursuite infernale.

    Nous avons fait plusieurs tentatives d'approche sans succès. A un moment, nous nous sommes engouffrés par la porte Ouest de l'université d'arboriculture. Notre objectif était de semer nos poursuiveurs à l'intérieur. Manque de chance, la porte Sud était fermée et nous avons dû revenir sur nos pas jusqu'à finir dans une impasse. A ce moment-là, la voiture de l'ambassade américaine a déboulé. Nous formions alors un arc de cercle avec nos poursuiveurs. Impossible de s'échapper.

    Vous êtes encerclés, comment réagit la diplomatie américaine ?

    Un diplomate américain est sorti du véhicule. Guo Yushan est allé lui parler puis je suis descendu. Le diplomate m’a alors dit très distinctement : « Vite, monte ! » Le ministre conseiller à l'ambassade m'a pris les mains pour m'attirer à l'intérieur. Il a ensuite ordonné au chauffeur : « Démarre, fonce ! » Au total, la poursuite infernale a duré 1 h 40 jusqu'à l'ambassade des Etats-Unis.

    Ensuite, vous décidez de quitter la Chine pour les Etats-Unis. Est-ce qu'on peut toujours défendre les libertés individuelles en Chine quand on n'y est plus ?

    C'est marrant, beaucoup de gens me posent cette question, en oubliant que quand j'étais assigné à résidence, je ne pouvais ni voir ni communiquer avec personne. Je ne pouvais même pas téléphoner. Est-ce que j'étais utile ?

    Maintenant que je peux parler librement, téléphoner à tout le monde et même être interviewé par RFI, les gens se posent des questions sur mes capacités à agir. Ce genre de préoccupations sont légitimes mais elles relèvent du passé. Il y a encore dix ans, les communications longue distance coûtaient extrêmement cher, alors que maintenant, on communique gratuitement.

    Avec Internet, je peux agir de Washington aussi bien qu'à Pékin. Il n'y a pas grande différence en dehors du décalage horaire. Il suffit d'avoir de la volonté. « Zai ditou de yibien bozhong zai libien shou huo », autrement dit on peut agir partout là où l'on se trouve, on peut semer d'un côté du globe et récolter de l'autre.

    Quand vous avez quitté la Chine, Pékin a pris des engagements. Ont-ils été tenus ?

    Pas du tout ! C'est d'ailleurs une leçon sur la parole communiste. Non seulement les autorités chinoises n'ont pas tenu leurs promesses, mais aujourd'hui tous les amis qui m'ont aidé à fuir sont en prison. Mon neveu est en prison. Un de mes frères à des pneus de voiture crevés tout le temps.

    Alors qu'il y a trois ans, l'émissaire du gouvernement central m'avait promis que des enquêtes seraient menées et les responsables de la corruption punis. On attend toujours.

    Tous vos amis sont menacés, dites-vous. Que penser de la présidence Xi Jinping dans ce contexte ?

    Xi Jinping veut sauver le Parti communiste chinois, mais je ne pense pas qu'il atteindra son objectif. Regardez la campagne anticorruption ! Elle ne va nulle part, sauf à la ruine du système. Si vraiment vous mettez en prison toutes celles et ceux qui ont perçu 5 000 yuans de pot-de-vin, alors tout le monde sera puni. Si tous les fonctionnaires sont concernés à partir du chef de village, alors il y aura du monde en détention. Le mieux qu'arrivera à faire Xi Jinping, c'est d'appuyer sur la touche pause, ce n'est pas une réforme radicale.

    Ce qu'il faut surtout, c'est libérer la parole, se débarrasser de la censure. Mais la Chine de Xi Jinping n'en prend pas le chemin. En même temps, maintenant que je vis aux Etats-Unis, je vois bien aussi que les élus démocrates ne respectent pas toujours les intérêts du peuple. Pour des raisons électorales ou des intérêts économiques, certains sont prêts à sacrifier les intérêts à long terme de leur pays.

    Dans The Barefoot Lawyer, Chen Guangcheng raconte son évasion DR

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