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    Asie-Pacifique

    Thaïlande: sommet régional sur l'immigration des Rohingyas

    media Migrants Rohingyas à Aceh en Indonésie, le 27 mai 2015. REUTERS/Darren Whiteside

    Une quinzaine de pays seront représentés vendredi 29 mai au sommet de Bangkok, après que des milliers de boat-people aient été secourus en mer ces dernières semaines. Des hommes, des femmes et des enfants, pour la plupart en provenance de Birmanie et du Bangladesh, cherchent à fuir les persécutions et la misère. Une odyssée souvent meurtrière dont l’issue ne peut être que régionale et politique.

    Ce n’est pas la première fois que les pays de la région tentent de se concerter pour faire face à l’afflux de migrants, mais cette fois la réunion a été convoquée dans l’urgence. Viendra, viendra pas ? La junte birmane a finalement répondu positivement à l’invitation de Bangkok, même si elle menace de quitter la table des négociations si la question du statut des Rohingyas est évoqué. Présents surtout, la Malaisie et l’Indonésie, les deux pays avec la Thaïlande les plus affectés par les arrivées massives de ces dernières semaines.

    Guerre contre les trafiquants

    Au total, près de 25 000 migrants ont pris la mer dans les trois premiers mois de 2015 rappelle le New York Times. Comme souvent ce n’est pas la cause du problème, mais l’une de ses conséquences qui a d’abord été pointée du doigt. Au sommet de Bangkok la lutte contre les passeurs fait partie des sujets prioritaires, après des années d’inactions voire de complicité de certaines autorités. Car ces départs massifs sont aussi le fait d’une vaste organisation mafieuse, à la fois au début de l’exode en Birmanie et au Bangladesh, mais aussi dans les pays d’arrivées et de transit. « Il ne s’agit pas seulement d’un problème de migrants, il y a aussi un problème de trafic humain, affirme Kothom Arya, professeur à l’Université Mahidol à Bangkok. Les bateaux arrivent souvent dans les eaux territoriales thaïlandaises. Il faut arraisonner ces bateaux, il faut confisquer les bateaux, il faut persécuter les trafiquants. Des Thaï participent à ce trafic, certains sont puissants politiquement et bureaucratiquement et le contrôlent même. » Un problème lié en partie à celui de la pêche. Ces réfugiés sont considérés par certains partons sans scrupule comme de la main d’œuvre bon marché : « La Thaïlande fait beaucoup d’argent avec la pêche notamment dans les eaux internationales, poursuit ce professeur et militant des droits de l’Homme. On manque de gens pour travailler à bord des chalutiers, et ces personnes sont perçues comme une main d’œuvre docile et bon marché, c’est donc facile de les faire travailler sur les bateaux. »

    D’un camp, l’autre…

    Mettre un terme aux trafics, mais d'abord parer à la crise humanitaire : certains voient dans ce mini-sommet une occasion unique de traiter les causes de l'exode, d'autant que la Birmanie a finalement accepté d’y participer. Le problème est connu de tous et depuis longtemps. La plupart de ces migrants sont des Rohingyas, une ethnie de l'état d'Arakan dans l'ouest de la Birmanie. Des musulmans auxquels l'état birman refuse la citoyenneté. Depuis les violences inter-ethniques de 2012, 140 000 d'entre eux vivent dans des camps en Birmanie. Persécutés, ils tentent de fuir le pays coûte que coûte. 100 000 d'entre eux auraient ainsi choisi de mettre les voiles pour la Malaisie, parfois pour la province indonésienne d’Aceh. Ces réfugiés quittent les camps de Birmanie, pour se retrouver dans d’autres camps ; ceux des mafieux dans les jungles thaïlandaise et malaisienne où ils étaient retenus en attendant le paiement d’une rançon par leurs proches ; et aujourd’hui dans les camps provisoires mis en place en Indonésie et en Malaisie avec le soutient des Nations Unies. Mais tous les migrants sont loin d’avoir pu débarquer affirment les ONG de protection des réfugiés. Depuis une semaine, les bateaux ont disparu de l’horizon. Les passeurs ont probablement peur des représailles mais, forcément, mathématiquement, beaucoup restent quelque part en mer : « Il faut absolument qu’une coopération puisse se mettre en place entre les différentes marines de la région à l’occasion de ce sommet confie Chris Lewa, la directrice de l’Arakan Project qui vient en aide aux Rohingyas depuis des années. L’urgence c’est le sauvetage en mer, car nous pensons qu’il y a toujours plusieurs centaines si ce n’est pas plusieurs milliers de Rohingyas et de Bangladais qui se trouvent toujours à la dérive. Nous avons parlé avec des familles dont certains membres sont partis en bateau au mois de mars et avril et qui n’ont pas de nouvelles de leurs proches. Il faut que des recherches soient menées dans les eaux internationales. »

    Crise des migrants, crise de l’Asean

    Ces images d’embarcations surchargées de migrants ces derniers jours et ces silhouettes émaciées faute de vivres en quantité suffisantes ont fait le tour des télévisions du monde entier. Elles en rappellent d’autres. On se souvient de ces barges de boat-people tirées par la marine thaïlandaise lors de la crise de décembre 2008 et janvier 2009. Les garde-côtes ont rompu les cordes une fois parvenus en haute mer, livrant près d’un millier de réfugiés à leur sort. L’Association des Nations de l’Asie du Sud-est s’en était émue à l’époque, sans prendre de décision. Une nouvelle crise humanitaire risque aujourd’hui de mettre à mal l’organisation, qui comme la plupart des forums régionaux sont déjà remis en cause par l’explosion des accords bilatéraux. Ici encore d’ailleurs, ce sont les pays « d’accueil » qui ont pris les devants. « La mise à l’épreuve de l’Asean dans le cadre de la crise actuelle va bien plus loin que celle des années 2000, explique en effet Mathew Davies cité par Alter Asia. La situation des Rohingyas remet dangereusement en question l’engagement de l’Asean d’être centré sur l’humain. Nous sommes passés d’un test concernant un ensemble de règles diplomatiques à un test sur la finalité morale de l’entité Asean poursuit ce maître de conférence et chercheur sur les droits de l’Homme et l’Asean à la faculté des Affaires d’Asie Pacifique de Coral Bell en Australie. Avec des milliers de vies en danger, ce n’est pas la réprobation mais un silence assourdissant qui caractérise la ‘réponse’ de l’Asean. (…) Les Etats membres semblent plus complices du malheur des Rohingyas que désireux de trouver une solution. »

    Opinions choquées par les charniers

    Les fosses communes de migrants découvertes d’abord dans la jungle thaïlandaise au début du mois, puis plus récemment de l’autre côté de la frontière dans la jungle malaisienne, ont choqué une partie des opinions publiques. En Thaïlande notamment, certains médias ont critiqué ouvertement l’inaction des pouvoirs publics. « Les affirmations des autorités thaïlandaises selon lesquelles le royaume n’est qu’une zone de transit et n’est donc pas directement concerné par la crise des boat-people ne tiennent pas debout, estimait ainsi mercredi l’éditorialiste du Bangkok Post. La Thaïlande est en fait le centre nerveux de la contrebande d’êtres humains dans la région. Et seul un engagement sincère dans une coopération avec les autres pays concernés peut permettre de faire face à cette crise. » « D’un coup, nous avons découvert beaucoup de cadavres dans ces camps illégaux, c’est un scandale, c’est honteux comme tout, explique de son côté le professeur Kothom Arya. On a osé soutirer de l’argent à ces pauvres gens, de l’argent arraché à ceux qui n’en ont pas, les plus pauvres d’entre les pauvres pour payer les trafiquants. Et pendant des années, on a fait semblant de ne pas les voir. Les réfugiés étaient cachés dans des camps clandestins, mais les autorités ont continué à nier leur existence. » Quitte d’ailleurs à instrumentaliser la tragédie et à faire émerger le problème, comme le lapin du chapeau. En Malaisie, cette semaine la ficelle était un peu trop grosse. La police malaisienne a finalement avoué que la découverte des tombes de 139 migrants à la frontière avec la Thaïlande présenté aux journalistes lundi, remontait au 11 mai dernier, comme le rapporte The Strait Times.

    « Ping-pong humain »

    Cette prise de conscience n’empêche pas les Etats de la région de se renvoyer la balle. Si les autorités en Malaisie et en Thaïlande ne ferment plus les yeux sur l’existence des camps de transit dans la jungle, l’expression « ping-pong humain » des ONG reste terriblement réaliste. « Je rentre des camps d’Aceh, raconte Chris Lewa où plusieurs réfugiés nous ont dit avoir été repoussés par les marines thaïlandaises et malaisiennes avant d’arriver en Indonésie. » Outre la pression des ONG de défense des droits humains, ce sont les différents rapports venus des Etats-Unis et d’Europe, critiquant le trafic d’êtres humains en Thaïlande et en Malaisie, qui poussent aujourd’hui les gouvernements à agir. « Il faut impérativement déboucher sur une solution régionale, martèle à son tour Lateefah Koya. La Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande doivent se sentir responsable en tant que membres de l’Asean, mais aussi parce que ce sont les pays vers lesquels ces migrants se tournent pour trouver refuge. Et nous ne parlons pas ici d’une situation nouvelle, ajoute la responsable de l’ONG Liberty for Lawyers à Kuala Lumpur. Les réfugiés Rohingyas viennent en Malaisie depuis la fin des années 70, les repousser aujourd’hui est donc vraiment quelque chose d’inhumain. La Malaisie sait très bien que si ces migrants sont renvoyés en Birmanie, ils risquent d’être torturés ou tués. » Il y a quelques jours, les gardes côtes birmans auraient arraisonné une embarcation de 200 migrants rapporte encore l’ONG l’Arakan Project. Une dizaine d'entre eux auraient été lundi condamnés à des peines de plusieurs années de prison.

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