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    Asie-Pacifique

    Corées: si le Nord et le Sud ne faisaient plus qu’un

    media Sur la route nationale n°1, côté sud-coréen. «La porte de l’unification», peut on lire sur le portique de ce point de contrôle situé à 9,5 km de la «zone commune de sécurité» entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    L’année 2015 marque le 70e anniversaire de la fin de l’occupation japonaise de la Corée mais aussi sept décennies de division de la péninsule en deux blocs : au Nord, un régime communiste opaque, totalitaire, imprévisible et paranoïaque qui menace le monde de son feu nucléaire. Au Sud, un pays capitaliste dynamique, moderne et démocratique. Deux systèmes que tout oppose au niveau idéologique, économique et culturel. Les deux frères ennemis gagneraient pourtant à n’en faire plus qu’un. Même si la réunification demeure une perspective lointaine, elle semble inévitable. Que serait alors une Corée réunifiée ?

    Techniquement, les deux Corées restent toujours en guerre puisqu’aucun traité de paix n’a été signé pour remplacer l’armistice qui a conclu le conflit de 1950-1953. Un conflit fratricide entre le Nord soutenu par la Chine et l’URSS, et le Sud appuyé par les Etats-Unis, et qui a causé la mort de millions de personnes.

    Depuis l’accession au pouvoir de Kim Jong-un en décembre 2011, le Nord a multiplié les actes de provocation en procédant à plusieurs essais balistiques et à un nouvel essai nucléaire. Le 20 mai 2015, Pyongyang a même assuré être désormais en mesure de miniaturiser l'arme atomique, une étape décisive dans la production d'ogives nucléaires. Une information impossible à vérifier et que des experts qualifient de « coup de bluff ».

    Dans ces conditions, comment imaginer que le Nord et le Sud ne puissent faire qu’un à nouveau. Et pourtant, les deux camps ont largement à y gagner sur le plan économique et humanitaire.

    « Un jackpot »

    La réunification de la Corée sera «un jackpot», a estimé Na Kyung-won, présidente de la commission chargée de l’Unification et des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sud-coréenne, le 13 avril 2015 à Séoul. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    « L’unification sera un jackpot », a estimé récemment Na Kyung-won, présidente de la commission chargée de l’Unification et des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sud-coréenne. Une déclaration faite devant une centaine de journalistes du monde entier à l’occasion d’une conférence internationale sur la question, le 13 avril 2015 à Séoul. Et la parlementaire d’insister : « Ce jackpot ne sera pas le fruit du pur hasard. Il résultera de notre propre action. Nous devons tout faire pour que les deux Corées puissent avoir un futur commun via une période de coexistence pacifique ». Notons au passage que Mme Na parlait d’ « unification » et non de « réunification ». Une nuance importante. « C’est parce que nous nions la division de notre pays », expliquent les journalistes sud-coréens, car ce pays était uni avant d’être séparé en deux zones par le 38e parallèle à la fin de la Seconde Guerre mondiale : le Nord sous emprise soviétique, et le Sud sous influence américaine.

    La réunification de la Corée serait ainsi bénéfique à plusieurs titres sur le long terme pour les deux camps, même si a priori elle tournerait à l’avantage du Sud.

    Avec un produit intérieur brut (PIB) de 1 305 milliards de dollars en 2013, selon la Banque mondiale, la Corée du Sud est aujourd’hui la 15e puissance économique de la planète, et la 4e d’Asie. Le Pays du matin calme a connu un développement spectaculaire au cours des trois dernières décennies et affichait un taux de croissance autour de 4% en 2014. Membre de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et du G20 (Groupe des Vingt, un forum créé pour favoriser le dialogue entre les pays avancés et émergents), la Corée du Sud s’est dotée d’une industrie performante dans des secteurs de pointe. Elle excelle dans l’ingénierie et l’électronique grand public, l’automobile et la construction navale.

    Difficile en revanche de connaître les données exactes sur la Corée du Nord en raison de son régime politique. La République populaire démocratique de Corée, l’une des dernières économies planifiées au monde, enregistrait un taux de croissance de 1,1% en 2013 et un revenu par habitant de 1 800 dollars en 2012, indique la Banque de Corée du Sud.

    Mais malgré un PIB plusieurs fois inférieur à celui du Sud, le Nord ne vit plus à l’heure des famines récurrentes et son économie s’améliore avec le développement du marché noir, toléré par les autorités depuis une dizaine d’années. Certains observateurs évoquent même l’apparition d’une classe moyenne. Poursuivant sa difficile reprise commencée en 2011, le pays se dirige graduellement vers une économie capitaliste inspirée du modèle du grand voisin chinois, son premier partenaire commercial, devant la Corée du Sud et la Russie.

    Une réunification gagnant-gagnant

    Pour pérenniser son « miracle » économique et alimenter son industrie, la Corée du Sud - l’un des quatre « dragons » asiatiques - a besoin de ressources naturelles, qu’elle importe en grande quantité. Dans l’hypothèse d’une Corée réunifiée, elle pourrait se fournir aisément et à bon prix au Nord dont les sous-sols regorgent de matières premières : charbon, uranium, argent, minerai de fer, cuivre, tungstène, nickel, manganèse, magnésite, phosphate, zinc, plomb, etc. Des potentialités jusque-là sous-exploitées faute d’investissements, et qui rapporteraient beaucoup d’argent au Nord.

    Séoul pourrait également compter sur une main-d’œuvre abondante de l’autre côté de la frontière. Une force de travail de surcroît bon marché, éduquée, disciplinée et… parlant la même langue ! De plus, comme l’essor du Nord passe par le développement de ses infrastructures, la réunification créerait des emplois sur place et permettrait aussi aux chômeurs du Sud d’y trouver des opportunités.

    L’industrie contribue pour une part importante à l’économie de la Corée du Nord. Mais une pénurie d’énergie pénalise le secteur, qui pourrait être relancé grâce à l’argent et à la technologie du Sud, à l’instar de ce qui se fait déjà sur le site de Kaesong, en Corée du Nord, à une dizaine de kilomètres de la frontière. Financée par le Sud, cette « zone économique spéciale », développée conjointement par Pyongyang et Séoul, emploie 53 000 Nord-Coréens dans 120 entreprises manufacturières sud-coréennes.

    Peuplée de 50 millions d’habitants, dont près de 12% de plus de 65 ans, la Corée du Sud doit cependant faire face au vieillissement accéléré de sa population. Ce problème est surmontable grâce à une réunification avec le Nord où vivent près de 25 millions d’individus, ce qui donnerait du coup naissance à un marché de près de 75 millions de consommateurs. Ce « remariage » permettrait aussi au Nord de profiter du système éducatif performant au Sud, qui a fait de l’éducation une priorité. Un choix fructueux puisque la Corée du Sud figure parmi les pays en tête du dernier classement PISA de l’OCDE qui évalue tous les trois ans les élèves de 15 ans dans le monde. Loin devant la France, reléguée au 25e rang.

    La zone démilitarisée (DMZ). La Corée du Nord se trouve sur la rive d’en face. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    « Pour la liberté et les droits de l’homme au Nord »

    Autre aspect important de la réunification : elle favoriserait le respect de la démocratie et des droits de l’homme dans toute la péninsule. Au Nord, la situation est toujours préoccupante et l’ONU met en cause régulièrement Pyongyang. Depuis 2005, l’Assemblée générale des Nations unies adopte chaque année une résolution dans laquelle elle exprime ses graves préoccupations au sujet des violations commises par le régime communiste : les arrestations et condamnations arbitraires, les condamnations à mort y compris pour des motifs politiques, les camps de détention de prisonniers politiques, l’usage de la torture, les restrictions en matière de liberté d’expression, etc.

    « Nous devons nous réunifier pour la liberté et les droits de l’homme », s’exclame Kim Eunsun, écrivaine de 29 ans et ancienne transfuge, rencontrée à Séoul. « Au Nord, les gens n’ont aucune idée des droits de l’homme. Ils ne jouissent d’aucune liberté, ils ne peuvent pas aller où ils veulent. Ils n’ont aucun droit et ont de mauvaises conditions de vie », déplore la co-auteure de Corée du Nord, 9 ans pour fuir l'enfer, un livre choc dans lequel elle raconte son voyage périlleux pour quitter son pays natal. « La Corée peut bien sûr rester divisée si, au Nord, les gens vivent dans de bonnes conditions comme au Sud. »(Lire notre entretien)

    Pour la paix dans la péninsule coréenne et au-delà

    Une Corée réunifiée serait bien évidemment plus grande, plus forte, plus prospère et plus influente sur la scène internationale. Déjà en 2009, une étude de la banque d’investissement américaine Goldman Sachs estimait que « le PIB de la Corée unifiée pourrait atteindre 6 000 milliards de dollars vers 2050, ce qui la placerait au 8e rang mondial, juste devant la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon ».

    Cette réunification contribuerait aussi à la paix et la stabilité tant la péninsule que dans la région. Reste maintenant à savoir comment réunir le Nord et le Sud, du fait du blocage du processus et des tensions accrues et récurrentes ces dernières années.

    La zone démilitarisée (DMZ), côté sud-coréen. La DMZ, l’un des derniers vestiges de la guerre froide, sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud. Les soldats des deux camps se regardent en chiens de faïence, séparés parfois à peine d'une dizaine de mètres. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Les scénarios d’une réunification

    Comment se ferait la réunification ? Par les armes ? Une éventualité inconcevable. Les officiels à Séoul préconisent plutôt un rapprochement pacifique. L’instauration d’une confédération, avec la coexistence de deux systèmes dans un même pays, constituerait une première étape.

    Une « réunification de la Corée par le Sud » ? Ce scénario, envisagé par de nombreux spécialistes, couronnerait la « stratégie de la patience » et de la main tendue de Séoul. Le Sud absorberait alors le Nord après l’effondrement du régime de Kim Jong-un. « Le système politique au Nord n’est pas si solide. Mais un effondrement du régime n’est pas forcément un bon signe non plus, car il pourrait laisser place à la confusion, voire au chaos. Cela pourrait finir en tragédie », affirme le journaliste sud-coréen Kim Hongkook.

    L’hypothèse d’une réunification de la Corée par le Sud semble à ce jour la plus plausible, sauf que personne ne sait exactement quand le Nord communiste va s’écrouler, s’il s’écroule un jour.

    L’imprévisibilité du régime totalitaire de la Corée du Nord, l’un des pays les plus fermés au monde, et ses menaces récurrentes proférées à l’encontre de son voisin du Sud et des Etats-Unis compliquent davantage le processus de réunification, déjà parsemé de nombreuses entraves.

    Une multitude d’obstacles à la réunification

    Le coût très élevé d’une éventuelle réunification refroidit bien des ardeurs. Il varie en fonction des sources. On parle en moyenne de la bagatelle somme de 500 milliards de dollars. Une enveloppe nécessaire pour réduire les écarts de niveau de vie entre le Nord et le Sud, qui serait 20 fois plus riche que son voisin en termes de revenus par habitant. Faute d’argent au Nord, l’essentiel sera financé par Séoul, qui a déjà créé un fonds ad hoc. « Je pense que le montant sera en réalité bien plus important, au moins le double, dit Kim Hongkook. Il suffit de voir le cas de l’Allemagne : la réunification a coûté plus cher que prévu. Mais pour l’Allemagne, le fossé économique entre l’Est et l’Ouest était beaucoup moins grand que celui entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. »

    Le coût financier énorme pour réunifier la Corée passe mal au Sud, surtout auprès des jeunes qui ne veulent pas mettre la main à la poche. « Nous ne sommes pas prêts pour cette réunification, car le fossé économique est trop grand. Il faut d’abord que le Nord soit plus développé », juge Lee Woo Jung, 27 ans, étudiant en relations internationales.

    Au Sud, « près de 50% des jeunes ne souhaitent pas cette réunification. Ils se disent déjà satisfaits de leur condition de vie et pensent que la situation serait pire après la réunification. Ils ne songent qu’à se faire de l’argent et à profiter de la vie », commente Kim Eunsun.

    Le fossé entre les deux Corées n’est pas seulement économique mais aussi culturel. Soixante-dix ans de séparation et d’isolement du Nord ont éloigné les deux peuples qui se méfient l’un de l’autre. Entre-temps, la langue coréenne a, elle aussi, évolué différemment au Nord et au Sud de la frontière, accentuant ainsi les contrastes entre les deux blocs.

    A ces obstacles s’ajoute l’interdiction par Pyongyang et Séoul de toute rencontre et tout échange entre leurs citoyens, que ce soit par téléphone, par courrier ou par email.

    Le «Pont du non-retour» relie la Corée du Sud à la Corée du Nord dans la zone démilitarisée (DMZ). En 1953, les prisonniers libérés qui voulaient vivre au Nord devaient emprunter cette jonction et leur choix était définitif, d'où le nom de ce pont. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Quand la géopolitique s’en mêle

    Le processus de réunification de la péninsule évolue aux grés des intérêts politiques des équipes dirigeantes au Nord comme au Sud. Mais pas seulement. Des considérations géopolitiques entrent aussi en jeu. La réunification de la Corée ne peut en effet pas se faire sans l’aval des grandes puissances, qui agissent en fonction de leurs intérêts du moment.

    La Russie, qui a une frontière commune avec la Corée du Nord, n’aimerait pas avoir à sa porte un pays uni et puissant, allié aux Etats-Unis. Idem pour la Chine : Pékin n’accepterait pas une réunification par le Sud, soutenu par Washington.
    Le Japon, déjà relégué au rang de troisième puissance économique au monde au profit de la Chine, accepterait mal la présence d’un autre voisin trop influent. « Les Etats-Unis ne souhaiteraient pas non plus une réunification de la Corée, car la division de notre pays justifie leur présence », déplore le journaliste Kim Hongkook. 28 500 soldats américains stationnent au Pays du matin calme, qui forme une barrière stratégique contre la Chine.

    En conséquence, le maintien du statu quo arrangerait tant Washington, Moscou, Pékin que Tokyo. Aux dépens de la Corée.

    Toutefois, il faudra bien un jour réunifier la Corée « pour la paix, la démocratie et la prospérité », affirme, comme une supplication, le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Tae-yul. « La réunification n’est pas un rêve mais un devoir à accomplir. Le futur, c’est maintenant. Il faut agir dès à présent pour ne pas regretter demain », a-t-il martelé le 13 avril à Séoul devant la presse internationale lors d’une conférence organisée par l’Association des journalistes de Corée (JAK). Un vœu qui, s’il se réalise, permettrait à des millions de familles, séparées durant des décennies par une frontière quasi-infranchissable, de finalement se retrouver.

    A (re)lire aussi :

    Corées: une zone démilitarisée sous tension permanente

    Corée: «La réunification est nécessaire et se fera un jour»

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